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300 millions d’euros d'investissements programmés d'ici 2029 : Saint-Denis affiche ses ambitions

Ecrit par S.I. – le vendredi 10 avril 2026 à 10H47

Entre volonté affichée de soutenir le pouvoir d’achat, d'investissements massifs et de critiques sur le manque de réponses concrètes, le débat d’orientations budgétaires de la Ville de Saint-Denis a donné lieu à des échanges nourris ce jeudi 9 avril. La séance a notamment été marquée par une réponse ferme de la maire Ericka Bareigts face aux attaques de l’opposition.

Dans un environnement marqué par l’inflation, la hausse des prix de l’énergie et les tensions internationales, la municipalité dionysienne revendique sa ligne : amortir les effets de la crise et protéger les habitants. "Se déplacer coûte plus cher, se nourrir coûte plus cher, vivre coûte plus cher", a insisté Ericka Bareigts, rappelant que ces réalités pèsent particulièrement sur La Réunion.

Pour y répondre, la ville annonce notamment une aide exceptionnelle de 40 euros destinée aux travailleurs modestes afin de compenser la hausse des carburants. Une mesure présentée comme un soutien immédiat, même si la maire reconnaît qu’elle ne peut, à elle seule, répondre à l’ampleur des difficultés. 

Lire aussi : Flambée des prix des carburants : Saint-Denis débloque une aide exceptionnelle de 40 euros pour les travailleurs précaires

Cette action s’inscrit dans la continuité d’une politique engagée"depuis 2020", tient à rappeler Ericka Bareigts, avec plusieurs dispositifs visant à réduire les dépenses contraintes, comme la gratuité des transports pour les moins de 25 ans, le Plan Seniors en action ou encore la cantine à 1 euro pour une grande majorité des familles.

Une stratégie d’investissement et de gestion revendiquée

Sur le plan financier, la majorité met en avant une situation jugée solide, permettant de maintenir un niveau élevé d’investissements sans augmenter la fiscalité. Plus de 300 millions d’euros sont programmés pour les années à venir, dans la continuité du précédent mandat. L’adjoint aux finances, Gérard Françoise, a défendu une ligne claire : "Plus de 300 millions d’euros d’investissement sont programmés entre 2026 et 2029. Ce sont des actes, pas des slogans (…) Notre capacité de désendettement est inférieure à 4 années, loin des seuils d’alerte. Cela signifie que notre ville est solide et qu’elle peut investir sans compromettre son avenir".

Il a insisté également sur une gestion rigoureuse et sur le rôle de la commande publique comme levier en faveur des entreprises locales. "Il ne s’agit pas de dépenser, mais de bien dépenser, en préservant la santé financière de Saint-Denis pour préparer l’avenir. Nous maîtrisons les dépenses et refusons les dérives, car chaque euro mal orienté est un euro perdu pour les Dionysiens", a souligné Gérard Françoise.

Sécurité, proximité et cadre de vie : des actions immédiates annoncées

Au-delà des équilibres financiers, la municipalité entend marquer le début du mandat par des actions visibles et rapides dans les quartiers. Plusieurs dispositifs sont annoncés pour renforcer la tranquillité publique et améliorer les conditions de vie.

Quatre Maisons locales de la tranquillité publique doivent ainsi voir le jour. Elles regrouperont police nationale, police municipale, acteurs du droit, médiateurs et services d’accompagnement afin de prévenir les tensions et traiter les conflits du quotidien. Une police du logement sera également mise en place pour lutter contre l’habitat indigne et faire respecter les droits des locataires. Au-delà de l’urgence sociale, la Ville affiche également une ambition de transformation durable. À travers la Fabrique des solutions locales et le Prêt Solidaire Jeune, elle entend soutenir l’entrepreneuriat et favoriser l’émergence d’activités pérennes.

La municipalité prévoit aussi le déploiement d’AlloKartyé, un numéro vert permettant aux habitants de signaler les problèmes du quotidien et d’en suivre le traitement en temps réel, avec l’objectif d’améliorer la réactivité des services municipaux.

Parallèlement, Saint-Denis poursuit ses investissements à la fois sur des projets structurants — rénovation urbaine PRUNEL et RUCH, Grand Marché, DionyPark, Parc Littoral Nord ou encore gares multi-transports — et sur le quotidien des habitants, avec la rénovation des écoles, des voiries, des équipements sportifs ou encore la végétalisation des espaces publics. La gratuité des transports chaque troisième dimanche du mois est également maintenue. 

Une opposition critique sur le fond et la méthode

Ces orientations ont toutefois suscité de vives critiques sur les bancs de l’opposition. Gaëlle Lebon a dénoncé un manque de clarté dans les choix politiques et une réponse insuffisante face aux difficultés des habitants."Sur la fiscalité, vous mettez en avant la stabilité de la taxe foncière depuis plusieurs années, mais dans les faits, les Dionysiens constatent une augmentation de leur imposition. Dire que les impôts n'augmentent pas ne suffit pas quand la pression fiscale, elle, augmente concrètement", a-t-elle déclaré. "Il y a beaucoup d’intentions, mais peu de choix clairs et assumés", a-t-elle ajouté, pointant notamment les enjeux de sécurité, de logement et de pouvoir d’achat. 

De son côté, Lynda Ringuin alerte sur les réalités du terrain, entre chômage élevé et difficultés économiques locales. Elle s’interroge sur la pertinence des priorités budgétaires et sur un manque de mesures concrètes pour soutenir les acteurs économiques : "Les initiatives présentées sont ambitieuses, mais souvent théoriques (…) laissant de côté les besoins immédiats des habitants", a-t-elle déclaré.

"Arrêter de faire croire aux Dionysiens qu’une commune est un État"

Face à ces attaques, Ericka Bareigts a réagi avec fermeté, visant particulièrement les propos de Gaëlle Lebon. La maire a dénoncé une vision qu’elle juge irréaliste du rôle d’une commune, rappelant les limites des compétences municipales. "Il faut arrêter de faire croire aux Dionysiens qu’une commune est un État", a-t-elle lancé, appelant à un débat "responsable". Elle a également réfuté toute logique d’"incantation", mettant en avant des mesures concrètes déjà mises en œuvre, comme la cantine gratuite ou les dispositifs d’accompagnement pour les jeunes et les familles modestes."Et il y a eu une inflation extraordinaire, nous ne sommes pas revenus sur nos mesures sociales que nous portons depuis des années, vous trouvez que c'est une incantation ? Je trouve que c'est une réalité, moi", a-t-elle répondu directement à Gaëlle Lebon.

Sur la fiscalité, la maire a été catégorique, dénonçant des "mensonges" de l’opposition en rappelant que le taux de taxe foncière n’a pas augmenté depuis 2016. Elle a également insisté sur les efforts réalisés en matière d’investissements, de rénovation urbaine et d’amélioration du cadre de vie.

Enfin, sur des sujets sensibles comme les expulsions ou la sécurité, Ericka Bareigts a rappelé le cadre légal et le partage des compétences avec l’État, accusant certains discours de "créer de l’espérance par le mensonge"

Au-delà des orientations budgétaires, ce conseil municipal a mis en lumière des divergences profondes sur la manière de répondre aux défis du territoire. La majorité a défendu une action progressive, structurée et financièrement maîtrisée, tandis que l’opposition a réclamé des réponses plus immédiates et concrètes face aux urgences sociales.

Le vote du budget, attendu dans les prochaines semaines, viendra traduire ces choix et confirmer le cap fixé par l’exécutif municipal.

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