ZAC Renaissance III : dialogue de sourds entre la mairie et le collectif

Pas question d’arrêter les travaux, pas question de revoir le chantier à la baisse. Voilà en substance les réponses que la ville de Saint-Paul a apportées aux membres du collectif “Protege nout savane” ce mercredi matin. Pour défendre son projet, Emmanuel Séraphin avait décidé de mouiller le maillot, après une première rencontre avec la Sedre et des élus [le maire était hors-département au moment de la manifestation, ndlr].
Après une première série de rencontres avec des associations du quartier et des représentants des habitants, le maire, et une bonne partie de son conseil municipal, avait rendez-vous avec une délégation du collectif en fin de matinée. Si quelques opposants avaient aussi fait le déplacement pour soutenir le collectif, d’autres, en faveur du projet, étaient aussi bien décidés à se faire entendre. “Des nervis”, lâche une opposante, “juste des habitants de Plateau Caillou ou de Fleurimont”, se défendent les intéressés. On n'en saura pas plus.

Une bonne vingtaine de personnes s'étaient réunies sur le parvis de la mairie annexe pour soutenir ou s'opposer au projet.
Droit de la nature contre droit au logement ?
Quelques quolibets fusent entre opposants et défenseurs du chantier quand le collectif rentre enfin dans la mairie annexe de Plateau Caillou où doit se dérouler la réunion. Toutefois, la présence des gendarmes de la brigade du secteur et d’un équipage du PSIG calment les esprits.
Après deux heures de réunion, et de dialogue de sourds sur le trottoir, le collectif sort enfin de la salle des mariages de la mairie annexe. Hélas, la réunion n’a pas débouché sur une union heureuse. “Ils refusent tout. On s’est encore fait expliquer le projet, en nous disant qu’on n'a pas le choix. Le maire nous a clairement dit, 'vos arguments ne sont pas suffisants pour arrêter les travaux'. Ils n’entendent pas la voix des scientifiques, des habitants et des 20.000 Réunionnais qui ont dit leur opposition au chantier, lâche Elie Payet, porte-parole du collectif, on était clairement dans une impasse. Chacun donnait son point-de-vue, mais on n’a pas avancé”.
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"La crise que l’on vit en ce moment est sans précédent"
“Je veux bien entendre qu’on veuille construire ailleurs, mais où ?”, rétorque Emmanuel Séraphin. Face aux demandes des opposants, la mairie renvoie aux 5.000 demandes de logements en attente de traitement sur son territoire. “Ce projet date de 1975, il a été de nombreuses fois remodelé, et il doit nous permettre de répondre à des questions préoccupantes pour l’ensemble de la population. Le projet de l’Ecocité à Cambaie va permettre de sortir de terre des logements, mais la livraison est prévue en 2027/2028. La ZAC III sera déjà livrée à ce moment-là et pourra proposer des solutions aux habitants avant cet horizon. On ne construit pas sur des espaces protégés, mais sur des zones qu’on a défini comme urbanisables. Si on ne peut pas construire sur des terrains constructibles, où peut-on le faire ?”, continue l’élu.
Une position que défend aussi Jean-Yves Sinémalé, président du DAL 974 (comité Droit Au Logement). “On a livré que 1.500 logements à La Réunion en 2023, et ce sera sans doute moins cette année. La crise que l’on vit en ce moment est sans précédent. Tous les jours, nous accueillons une dizaine de personnes qui demande de l’aide. On tente de les accompagner, mais comment on peut faire. Les gens demandent un toit avant un travail désormais, alors que ce n'était pas le cas il y a quelques années”.
Finalement, les deux groupes ont fini par se disperser dans le calme, toujours sous le regard attentif des militaires qui veillent au grain. Déçus, mais pas abattus, les membres de “Protege nout savane” promettent de nouvelles actions, voir des recours en justice pour faire entendre leur point-de-vue.


