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Yaël Braun-Pivet au Port : Le jour de gloire de Lofis la lang kréol La Rényon

L'association portoise qui œuvre pour l'officialisation du bilinguisme français-créole dans la société réunionnaise a reçu ce matin la visite de la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet. Une forme de reconnaissance de la République pour l'engagement de Lofis la lang kréol La Rényon, dont la charte bilingue a été signée par onze communes de l'île.

Ecrit par Thierry Lauret – le mardi 09 janvier 2024 à 15H50
Axel Gauvin, Olivier Hoareau et Yaël Braun-Pivet dans les locaux de Lofis la lang kréol La Rényon.

Des décennies de combats incarnés par des artistes, bien souvent soutenus par des enseignants et des militants politiques, ont permis l’acceptation par une majeure partie de la société réunionnaise de la légitimité du créole comme langue parlée dans l’espace public.

« Le partage intelligent de notre espace républicain, que d’aucuns intitulent volontiers le vivre-ensemble, vient du respect mutuel que nous nous portons en témoignage de nos aires de civilisation d’origine. Nous nous sommes ainsi imprégnés des caractéristiques linguistiques des apports de notre peuplement, réalisant de fait une symbiose sociologique et linguistique inédite », a estimé le maire du Port Olivier Hoarau dans son discours d’accueil à l’attention de Yaël Braun-Pivet.

Fidèle à sa volonté de descendre régulièrement de son perchoir pour faire le tour de France des circonscriptions, la présidente de l’Assemblée nationale s’est arrêtée dans les locaux de Lofis la lang kréol La Rényon, sur le boulevard Léon de Lepervanche, à deux pas de la place des Cheminots. La symbolique est grande et certains élus réunionnais présents n’ont pas manqué de rappeler que cette reconnaissance du créole avait été arrachée de haute lutte par la gauche réunionnaise.

Sourires aux lèvres, la députée Karine Lebon et son homologue Frédéric Maillot ont porté à la connaisssance de Yaël Braun-Pivet les noms de certains militants anticolonialistes, chanteurs ou auteurs, qui ont essuyé les foudres des autorités pour avoir simplement revendiqué le droit de parler créole. Les mentalités ont évolué, certains verrous ont fini par sauter et Lofis la lang kréol La Rényon a ainsi convaincu onze communes sur vingt-quatre de signer sa charte du bilinguisme, qui permet notamment un accueil en créole dans les services, ou encore les mariages bilingues en mairie. La Région, le Département, la Cirest et la Cinor ont aussi paraphé le document.

« Je vois aussi et je m’en réjouis que les pouvoirs publics accompagnent résolument ce mouvement, loin des craintes qui pouvaient apparaître dans le passé. C’est un enrichissement, ce sont des ajouts, des atouts, et non pas un rétrécissement ou une concurrence », s’est félicitée Yaël Braun-Pivet, qui considère elle aussi que la confrontation entre le français et le créole n’est plus de ce temps.

« On a eu déjà de nombreux débats sur les langues régionales, notamment lors de révisions constitutionnelles lors de l’adoption de la proposition de loi portée par le député breton Paul Molac. Ce sont des sujets qui intéressent la représentation nationale, qui interpellent tout le monde. Il faut une pleine reconnaissance de ces langues régionales, tout en rappelant que la langue de la République est le français, mais je crois que plus personne ne le conteste », a poursuivi la présidente de l’Assemblée.

« Lé importan, i vé dir ke lé problèm de lang i intérès aèl, i v dir ke lé problèm kréol i intérès aèl. Mi pans ko nivo do lasanblé laba, kan nout bann député va komans koz kréol, mi pans kel sera plu ouvèr », a réagi Axel Gauvin, le président de Lofis la lang kréol La Rényon.

Selon l’institut Sagis, qui mène de longue date des consultations pour le compte de l’association, 3 jeunes sur 4 âgés de plus de 15 ans et plus déclarent le créole comme étant leur langue maternelle. Tandis que 70% des parents interrogés donnent un accord sans réserve pour l’enseignement de l’histoire et de la culture réunionnaise dans les écoles.

Pour les défenseurs de la langue créole et du bilinguisme, la prochaine étape consiste en la reconnaissance officielle du créole réunionnais comme langue maternelle. Car contrairement à d’autres langues régionales comme le Breton ou l’Occitan, le créole réunionnais n’est pas en voie de disparition. Il est utilisé tous les jours, dans toutes les strates de la société. Un combat notamment porté par Frédéric Maillot à l’Assemblée nationale.

« Lobjektif Larényon biling lé ankor loin. Mé déza si in zour i giny fèr pass in loi su la lang maternèl, ke lé marmay ke lé dann lé zonn défavorizé i resoi azot vréman dan zot lang, apré i fé progrès azot dan zot lang et fé progrès azot osi en fransé… C’est un problème d’estime de soi. I fo ke domoun zo lé fyèr dèt zot minm, é zot i pé pa èt fyèr dèt zot minm si ou i ékraz zot lang », a souligné Axel Gauvin.

Pour celles et ceux qui veulent parfaire leur créole, Lofis la lang a notamment publié un ouvrage de grammaire pédagogique. L’association enrichit actuellement un dictionnaire français-créole en ligne qui comptera, à terme, 45.000 entrées.

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