"Je ne serai jamais le partenaire de Tereos" : Jean-François Sababady élu co-président du CPCS

Sans surprise, le planteur de Saint-André a été élu co-président, côté planteurs, du CPCS (Comité paritaire interprofessionnel de la canne et du sucre), organe paritaire décisionnel au sein de l'interprofession et dont les membres iront porter sa voix lors de la prochaine convention canne. À la sortie, le cap et le ton étaient donnés par le nouveau président, qui souhaite rapidement obtenir un accord de "principe" autour d'un prix plancher de la canne.
La fumée qui se dégageait dès le milieu de la matinée d'un barbecue improvisé sur le parking de la DEAL, situé en face des bureaux du CTICS (Centre technique interprofessionnel de la canne et du sucre), à la Providence, par des partisans de l'UPNA et de la CGPER ne laissait échapper que peu de doutes quant à l'issue du vote.
Depuis la validation de la nouvelle répartition des sièges au sein du CPCS, à l'issue des élections des CMU, Jean-François Sababady faisait figure de grand favori, soutenu par l'union victorieuse CGPER - UPNA, désormais majoritaire, côté planteurs, au sein du comité paritaire avec quatre sièges contre deux pour l'union FDSEA - JA. C'est d'ailleurs avec quatre voix que le nouveau co-président a été élu.
Aux côtés du bouillonnant planteur de l'Est et président du MPSR (Mouvement des Paysans Solidaires de La Réunion), on retrouve un ancien co-président du CPCS, Sylvestre Lamoly (CGPER/Piton Saint-Leu), qui avait succédé en 2008 à André Minatchy, Henry Prugnières (CGPER, Le Tampon) et Mathias Benard (UPNA, Saint-Joseph). Les deux sièges de la FDSEA et des JA sont occupés par Cédric Mérault et le co-président sortant, Pierre-Emmanuel Thonon, par ailleurs président de la CMU de Bois-Rouge.
Côté industriel, le directeur agricole de Tereos Océan Indien, Florent Thibault, a été reconduit co-président. Il sera accompagné au sein du bureau par Sylvie Le Maire, la déléguée générale du Syndicat du sucre (Sylvestre Lamoly et Jean-François Sababady côté planteurs).

Un prix plancher comme priorité
À la sortie, l'industriel se voulait confiant quant au maintien d'un dialogue au sein de l'instance interprofessionnelle : « Cela fait longtemps que M. Sababady est dans la filière, il a une bonne connaissance des mécanismes, l'essentiel maintenant est de se concentrer sur les sujets essentiels pour la filière, c'est-à-dire 95 % d'intérêts partagés et il restera toujours les 5 % de divergence qui ne doivent pas faire oublier que l'essentiel se construit sur les 95 % restants », a commenté Florent Thibault, en précisant que « tout le monde a salué le travail effectué par Pierre-Emmanuel Thonon ».
Lors de sa prise de parole, le cap et le ton de cette nouvelle mandature ont rapidement été donnés par le planteur de Saint-André, âgé de 58 ans.
Promesse de campagne et leitmotiv de l'UPNA depuis des années, la mise en place d'un prix plancher est érigée en totem par le nouveau co-président. Il veut d'ailleurs rapidement un accord de "principe" sur le sujet.
« Le montant est secondaire pour l'instant, dans six mois, dans un an, je veux un accord de principe, ce n'est pas compliqué. S'il n'y a pas de prix plancher, on ira sur le terrain, ce n'est pas un souci pour nous et si ce n'est pas le point numéro un il n'y aura pas de convention canne avec moi. Sans ce prix plancher il n'y a pas d'avenir pour la filière, c'est simple", lance t-il à la cinquantaine de planteurs présents. La prochaine négociation de la convention canne aura lieu en 2028.
Il enfonce le clou : "Dans quelle corporation au monde on amène la matière première et où l'on est redevable à l'usine en fin d'année ? Quel jour Tereos n'a pas fait de bénéfices ? Ce sont des conquistadors. »

« Les grands combats se gagnent souvent sur le terrain »
L'occasion de marteler son positionnement : « Je ne serai jamais un partenaire de Tereos, moi je produis de la canne du lundi au dimanche », rappelle le planteur, notamment condamné dans le passé pour des dégradations de matériel sur des plateformes.
Une étiquette de président de "combats" qu'il assume : « À la case j'ai cinq référés et 30 000 euros d'amendes (...) J'ai traversé toutes les tempêtes, on m'a traité de terroriste en 2008, de délinquant, mais je n'en veux à personne, je suis toujours resté droit dans mes bottes et j'ai toujours travaillé pour l'intérêt général. », recadre le planteur.
Le rapport de force ne lui fait pas peur : « S'il est fait à bon escient, comme je le dis depuis 2017, il y a le plan A, le dialogue, le plan B, la pression et le plan C c'est le plan à éviter ! Je serai le président des 2 200 planteurs, au côté de la Chambre d'agriculture, le but est de sauver la canne et de changer l'image de la filière. Si la canne coule, en deux ans on sera en surproduction dans toutes les autres filières."
Aucune hésitation au moment d'endosser le costume : « Sans prétention, cela fait 20 ans que je suis prêt, quand on a tort il faut fermer sa bouche mais quand on a raison il faut aller dans l'argumentation et parfois ça déborde mais les grands combats se gagnent souvent sur le terrain. »
Les regards déjà tournés vers le Département
Président de la CGPER, Jean-Michel Moutama se félicite de l'élection alors que la filière se retrouve dans un état « lamentable » selon lui.
« Le travail des nouveaux élus sera de mettre un coup de pied dans la fourmilière, le modèle ne peut plus continuer, il faut en trouver un nouveau (...) Le problème majeur est celui du revenu dégagé par les planteurs pour faire vivre leurs familles : un prix minimum qui couvre nos charges sociales, nos coûts de production et permet de dégager un revenu. » Sa définition d'un "prix minimum" ou plancher de la canne.
Première des priorités pour le nouveau co-président : prendre rendez-vous avec le Département pour aborder le sujet des retards de paiement des dossiers de replantation dans la canne. Selon la CGPER, un millier de dossiers seraient en souffrance depuis 2023.


