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Volcan, émeutes, Tresta Star, zamal... Le préfet répond sans filtres aux journalistes

Jérôme Filippini maintient son approche directe et moins protocolaire que ses prédécesseurs en rencontrant les médias hors de tout événement brûlant. Un échange durant lequel le préfet est allé à peine plus loin que ce que ne l’autorise la charge préfectorale, évidemment. Sa responsabilité, et celle de l’Etat qu’il représente sur ce bout de terre, lui impose une impartialité. Ce qui ne l'empêche pas de parcourir les sujets d'actualité.
Ecrit par Ludovic Grondin – le mardi 11 juillet 2023 à 13H08

La Réunion et ses points chauds…

C’est l’actualité brûlante de ces derniers jours. Un volcan qui se réveille après 10 mois d’un relatif sommeil et ce sont toutes les questions sur l’accès au spectacle qui refont immanquablement surface. Ses prédécesseurs avaient sorti le parapluie et rien ne laisse présager un desserrement de l’étau autour du principe de précaution. Un principe exacerbé, reconnaît Jérôme Filippini, par le risque de plus en plus fréquent de "judiciarisation" en cas de drame.

"Il faut trouver l’équilibre entre deux risques", avoue-t-il en s'appuyant à titre d'exemple sur un fait-divers qui a marqué les esprits en août 2003. Un jeune homme avait été complètement brûlé en tombant dans une crevasse dans l’enclos, de nuit. Un choc à l’époque et qui s’est reproduit il y a deux ans sous une forme que même les randonneurs locaux ont sans doute oublié, celui de l’émanation de soufre. Deux jeunes explorateurs ont ainsi perdu la vie en 2021 en voulant s'approcher du cône éruptif.

La semaine dernière, lundi précisément, le préfet s’est rendu sur la route des Laves. L’occasion pour lui de mieux appréhender la gestion de l’affluence à laquelle doivent faire face les gendarmes de l’Est. A la manière des mesures de prudence qui ont été émises dès les premières heures de l’éruption par ses propres services, Jérôme Filippini ne s’est pas risqué à fouler les "gratons" de lave comme beaucoup de spectateurs sont tentés de le faire. Face aux discours de ceux qui appellent à desserrer l’étau, le préfet confirme le statu quo en évoquant un aspect souvent peu présent dans l'esprit des randonneurs qui s’y risquent : "personne ne pense aux secouristes !", affirme-t-il en évoquant cette réalité qui occupe déjà beaucoup les hommes du PGHM. Qu’en adviendrait-il "si c’était des milliers de personnes" qui venaient à s’élancer sur les roches ciselées… Il promet toutefois de nouvelles mesures sur ce dossier d'ici la fin de l'année, après avoir fini de rencontrer l'ensemble des protagonistes de ce dossier... brûlant.

… dans les quartiers 

Un autre point chaud a secoué La Réunion quelques jours avant le réveil volcanique. C’est une nouvelle fois le malaise social dans les quartiers - le Chaudron, le Port notamment et toujours - qui s’est exprimé dans les rues. Le phénomène d’imitation par rapport aux banlieues métropolitaines frappe La Réunion de façon régulière lorsque ce ne sont pas des sujets strictement locaux qui mettent le feu aux poudres, comme celui de la vie chère. "Au Port, ça été extrêmement violent", confirme-t-il, reprenant les mots utilisés lors d’un bilan adressé aux rédactions début juillet. "Surtout lorsque l’on commence à utiliser des cocktails molotov" contre les policiers, souligne-t-il. Un nouveau seuil atteint dans la gravité, et dans la bêtise assurément, qui demeure toutefois sans commune mesure avec ce que l’Hexagone a traversé, confirme-t-il sa lecture des dégradations envers les biens publics, privés et des hostilités vis-à-vis des forces de l’ordre. 

Pas de banalisation des drogues dites douces

"Le trafic de drogue commence par la consommation. Je fais le continuum", y compris de zamal, considère Jérôme Filippini qui relate d’ailleurs une situation vécue par un proche. Concernant le zamal, considéré à tort comme une drogue douce, elle peut amener ses consommateurs à des réactions très disparates. Chez certains elle ne va rien provoquer lorsque chez d’autres, elle peut les conduire "en psychiatrie", relève-t-il. Le préfet martèle ainsi le message qu’il ne faut à aucun moment banaliser la consommation et il suffit de voir les affaires audiencées devant les deux tribunaux de correctionnelle pour se convaincre que La Réunion a entamé un virage inquiétant depuis environ deux ans avec l’introduction des drogues dures. Le préfet renouvelle aussi son souhait de porter l’accent sur les amendes forfaitaires délictuelles lorsqu’une personne est contrôlée positive aux stupéfiants. Un discours suivi d’effets, sans jeu de mots : "on est passé de 300 à 600 amendes (par an) depuis 2021", déclare-t-il. Et il souhaite encore plus de répression.

Le square et sa statue

Jérôme Filippini estime ne pas avoir été berné par la maire de Saint-Denis. Interrogé sur l’éventuelle naïveté de l’Etat face à la demande de la mairie de déplacer la statue de Mahé de Labourdonnais, le haut fonctionnaire dit avoir agi sous l’oeil averti des experts. "J’ai interrogé froidement le ministère de la Culture", dévoile-t-il, bien avant l’annonce de fin avril. "Après, je ne suis pas naïf", ajoute-t-il en regrettant une lecture plus polémique poussée par des militants.

Une fois le feu vert parisien donné, plus rien n’empêchait la mairie de dérouler son plan en faisant coïncider le déboulonnage avec un lifting du square. Devant cette guerre de tranchée dans laquelle même les historiens s’affrontent, il retient l’aspect positif de cette démarche car "ce sera un déplacement sur un site magnifique" (la caserne Lambert, ndlr), lance-t-il. Sans évidemment se risquer à faire un pas de côté, fonction oblige, Jérôme Filippini convoque Albert Camus en guise d’aperçu sur sa réflexion. "Nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison", cite-t-il en appelant à "faire preuve d’intelligence sur les sujets de mémoire".

La star continue de briller

Ce n’est pas l'impatience du maire de Saint-Philippe qui fera changer d’avis le représentant de l’Etat. Lorsqu’Olivier Rivière appelle l’Etat à couler le navire échoué par une centaine de mètres de fond, le préfet répond qu’il n’en sera rien. "Le scénario que l’on a prévu va se produire. L’épave est très abimée. Ça va peut-être prendre trois ou quatre ans", avant que l’épave du Tresta Star ne serve d’abris aux poissons. Le démantèlement tel qu’espéré par le maire de Saint-Philippe demeure inenvisageable, à commencer par la cicatrice environnementale que générerait une percée de la route jusqu’au site. Enfin, le préfet annonce la création d’une "zone à éviter" pour justement éviter qu’un tel échouement ne se reproduise. A ce titre, une réunion a eu lieu en juin avec les autorités mauriciennes qui n’en ont pas encore accepté le principe. D'où la nécessité d’équiper l’île d’un remorqueur d’assistance, une idée qui suit son chemin selon le préfet. 

La transformation agricole, un exercice d’équilibriste sur un territoire contraint

Si le préfet se félicite que le territoire s’engage sur la voie de la transformation de son agriculture en la diversifiant, avec notamment le plan d’autonomie alimentaire sur lequel travaille le Département, il a naturellement confirmé qu’il était "de ceux qui privilégient l’avis conforme de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF)", comme la Première ministre l’avait réaffirmé récemment ici.

Les maires de l’île n’ont eu de cesse, ces dernières années, de militer pour obtenir qu’un avis simple suffise comme cela est le cas dans l'Hexagone. Il faut ainsi comprendre que, avec cet avis conforme, les maires sont totalement dépossédés de leur possibilité d’autoriser à un agriculteur de construire sur sa parcelle en fonction de l’évolution du plan local d’urbanisme évidemment.

Le 1er juin dernier, au cours d’une table ronde sur le foncier agricole menée à Paris, Serge Hoareau, vice-président du Conseil départemental, en charge des affaires agricoles, avait pris acte de la position de la chambre d'Agriculture qui avait réaffirmé être favorable au maintien de l'avis conforme. "En revanche, les maires demandent une révision de la composition et de la doctrine de la CDPENAF. Il importe en effet d'éviter une mainmise de la chambre d'Agriculture et de préserver l'indépendance des agriculteurs dans le dépôt des demandes de permis de construction en zone agricole. À défaut, les maires demanderont à l'État, c'est-à-dire à la direction de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt (DAAF), d'instruire et de délivrer les autorisations d'urbanisme en zone agricole", avait lancé Serge Hoareau. 

"Sur un territoire contraint", reconnait le préfet, où la surface agricole utile (SAU) a perdu 4 000 hectares en dix ans, l’équation demeure difficile. "On a 400m2 de surface utile agricole pour chaque habitant", image le préfet afin de donner la mesure de l’enjeu et de se déclarer favorable au maintien de l'avis conforme. 

Frémissement sur le front de la lutte contre l’errance animale avec enfin un pilote

La stratégie de lutte contre l’errance animale par la suppression de milliers de chiens et de chats à La Réunion n’a pas endigué le phénomène. Si les chiens sont sensiblement moins visibles sur la voie publique qu’il y a quelques années, La Réunion le doit surtout aux bénévoles qui oeuvrent dans l’ombre sans grands moyens.

Là où les intercommunalités ont fait le minimum légal, l’Etat a remis la main au pot à la sortie du Covid grâce au plan de relance destiné à soutenir les projets ficelés par des acteurs associatifs.

Interrogé sur le sujet, Jérôme Filippini confirme avoir confié au sous-préfet de Saint-Pierre le pilotage d’un "Plan d’action renforcé". L’annonce d’avril dernier a été suivie "il y a quelques semaines d'une réunion" durant laquelle "le déploiement d’actions coordonnées" ont été discutées. Elles viendront en réaction à des attaques sur des élevages en vue "d’euthanasies ciblées".

"Si vous êtes un amoureux des animaux - et j'en fais partie - le meilleur moyen de ne pas les tuer c’est de les stériliser", réitère-t-il le message qui n’a d’effet malheureusement que sur les personnes déjà averties.

La Réunion détient le record du nombre d’euthanasies sur le plan national, rapporté à sa population, soit 19% du total national selon les propres chiffres d’une étude menée justement au profit de la préfecture en 2020.

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