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Vidéo - L'avocat du policier accusé : "C'est humiliant d'être jugé comme ça"

Ce lundi matin, le procès du policier accusé d'avoir tiré au LBD sur un individu durant une nuit d'émeutes au Port a été suspendu. Un des assesseurs du tribunal est positif au Covid. Le procès reprendra le 2 mai par la plaidoirie de l'avocat de Steeve qui a perdu son œil droit en recevant un tir de lanceur de balle de défense en 2014 puis la procureure générale donnera ses réquisitions à l'encontre du policier qui se trouve dans le box des accusés.
Ecrit par Isabelle Serre – le lundi 25 avril 2022 à 08H35

Au troisième jour du procès d'un ancien policier de la brigade anti-criminalité du Port, accusé d'avoir volontairement tiré sur un mineur en marge des violences urbaines qui avaient secoué la ville du Port en février 2014, la matinée devait débuter à 10h avec la plaidoirie de la partie civile. Une plaidoirie assurée par Me Jacques Hoarau. Mais un événement imprévu est venu interrompre le déroulement de cette dernière journée d'audience car un des assesseurs a le Covid. L'audience est suspendue jusqu’au 2 mai

Dans le box des accusés, le fonctionnaire de police est défendu par Me Laurent Franck Lienard qui évoquait, ce matin avant l'interruption du troisième et dernière journée de procès, l'état d'esprit de son client (notre vidéo plus bas). Un client qui se sent "humilié" par l'ensemble de sa personnalité qui est passée au crible alors qu'"il n'a jamais démérité" en quatorze ans de service. 

Des émeutiers et des spectateurs

Cette nuit du 1er au 2 février 2014, le lycéen de 16 ans avait, comme beaucoup de Portois, décidé d'aller voir ce qui se passait avenue Rico Carpaye. Car depuis trois jours et deux nuits, des émeutiers protestaient contre la hausse du prix des carburants. La tension était retombée mais vers 1h du matin, les échauffourées entre protestataires et forces de l'ordre avaient repris. Plusieurs équipages de la brigade anti-criminalité étaient engagés afin de faire revenir le calme. 

Philippe P., élément de la BAC de jour du Port depuis 2007, se trouvait avec son équipe. Le quatuor de policiers avait l'habitude de collaborer et se connaissait parfaitement. L'ambiance était électrique, il était tard. Des tirs de LBD avaient fusé pour riposter face aux jets de galets.

Encerclés, ils décident de rentrer chez eux

Soudain, Steeve et ses dalons, qui n'étaient que spectateurs des affrontements, s'étaient retrouvés encerclés et avaient préféré partir en courant vers chez eux.

À l'angle des rues Berlioz et Ajaccio, le lycéen raconte avoir perdu une savate et trébuché. Une 308 foncée, celle de la BAC du Port, se trouvait alors sur ses talons. Le véhicule avait stoppé sa route et un des occupants avait tiré alors que Steeve était au sol. Les autres auraient donné des coups de pied et proféré des insultes avant de repartir en marche arrière pour regagner l'avenue principale. Steeve avait ressenti une immense douleur à l'œil. Il était parvenu à se relever et à trouver, un peu plus loin, des riveraines qui avaient appelé les secours. Malgré une opération chirurgicale, Steeve a perdu son œil droit.

Philippe P. et ses co-équipiers n'ont pas livré la même version des faits  aux cinq magistrats professionnels de la cour criminelle. Son équipage suivait de près les émeutiers et œuvrait à leur dispersion. Arrivée à l'angle d'une rue adjacente à Rico Carpaye, la voiture s'était arrêtée. Deux officiers étaient descendus afin de suivre en courant des récalcitrants. Au moment de sortir à son tour, l'accusé raconte avoir vu surgir des buissons une silhouette athlétique sur sa gauche. Au même moment, un de ses collègues lui signalait la même chose. "J'ai eu peur, je me suis senti menacé. Il pouvait être dangereux. Je lui ai fait face et j'ai tiré sans viser car l'individu était en mouvement". Mais le jeune avait semblé en bonne santé et l'équipage était reparti.

Ils cachent les faits jusqu'à l'enquête de l'IGPN

C'est en lisant la presse et en voyant la photo des lieux que le quatuor de la BAC avait compris que tout n'allait pas si bien. Ils s'étaient alors mis d'accord pour ne pas évoquer l'incident à leur hiérarchie et pour ne pas déclarer le tir. Cependant, une enquête de l'IGPN, l'Inspection générale de la Police nationale, avait été déclenchée et avait mis le doigt sur leur responsabilité.

Les quatre officiers avaient été mis en examen  mais la procédure avait écarté leur culpabilité. Sauf pour Philippe P., poursuivi pour des violences volontaires ayant provoqué une infirmité permanente. Des faits criminels passibles de 15 ans de réclusion.

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