Université : Le recteur refuse d'avaliser le budget

Des prévisions de trésorerie divisées par trois et qui fondent de presque 11 millions en moins de trois mois, des incohérences à faire bondir un étudiant de première année de comptabilité, des retards de paiement de factures et de rémunérations pour près de 2 millions... Le recteur, qui est également chancelier des universités, a clairement attribué un zéro pointé au président de l'université Dominique Morau (qui a remplacé Frédéric Miranville) et à ses équipes à l'occasion de la présentation du budget de l'établissement lors d'un pré-conseil d'administration.
On savait déjà que certains enseignants étaient parfois contraints d'attendre un an avant de pouvoir se faire payer, mais là on dépasse toutes les bornes de l'amateurisme. Inquiétant quand même pour un établissement qui gère plus de 160 millions d'euros de budget.
Vivement la mise sous tutelle !
Mais plutôt que de longs discours, je vous laisse découvrir par vous-même le mail du recteur. Il se passe de commentaires...
En ma qualité de recteur de la région académique, chancelier des universités, et considérant la demande de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche d’accompagner l’université formulée à la suite de la décision prise le 6 octobre, je tiens à porter à votre connaissance les observations et réserves faites lors du pré-CA budgétaire qui s’est tenu le 5 décembre 2023 et a réuni les représentants de l’université, les services du rectorat et le contrôleur budgétaire en région.
Le département de l’analyse financière des établissements du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a également été saisi pour analyse complémentaire à l’issue de ce pré-CA.
En premier lieu, le niveau de trésorerie, qui fait l’objet d’une attention particulière, est à cette date incertain.
Par courrier n°21-2023/2024 en date du 06 novembre 2023, le Vice-président du CA en charge des affaires générales, président par intérim, indiquait un "atterrissage" prévisionnel de la trésorerie à hauteur de 4,2 M€ en fin d’exercice 2023, au lieu des 15,3 M€ inscrits au budget rectificatif N°1 (voté au CA du 14 septembre 2023).
Par courriel en date du 29 novembre, le Directeur financier et comptable, notant une absence de réponse officielle des autorités de gestion relative au non reversement des opérations pluriannuelles indiquait que la trajectoire prévue au BR1 était désormais maintenue.
Lors du pré-CA, aucune projection soutenable et objectivée n’a été présentée.
Par ailleurs, la liasse du budget initial 2024 présente des discordances, notamment entre les charges de fonctionnement décaissables du tableau 6 (situation patrimoniale) et les dépenses de fonctionnement du tableau 2 des autorisations budgétaires.
Bien que le périmètre ne soit pas le même, il est effectivement incohérent que les charges de fonctionnement soient deux fois moins importantes que les dépenses de fonctionnement.
Cette sous-évaluation impacte donc le résultat, la capacité d’autofinancement et le fonds de roulement.
Cette observation a fait l’objet d’une analyse partagée avec le contrôleur budgétaire en région et confirmée par le département de l’analyse financière des établissements du ministère.
Enfin, des montants importants de report de factures et de paiement des heures complémentaires, ainsi que des retards de prise en charge de la rémunération de certains CEV, ont été évoqués et estimés à près de deux millions d’euros.
Sur la base des éléments ci-dessus présentés et d’une position commune du contrôleur budgétaire en région, des services académiques et du département ministériel de l’analyse financière, et dans l’attente des corrections et explications sollicitées à cette date, je ne suis pas en mesure de me prononcer définitivement sur le budget initial de l’exercice 2024, faute d’une trajectoire d’atterrissage claire pour l’exercice 2023.
(NDLR : Les surlignages sont de la rédaction)


