"Une première sanction contre ceux qui se croient au-dessus des lois" : Urcoopa réagit à la décision

La décision du juge des référés suspendant la prise de contrôle de l’Urcoopa a immédiatement ravivé les tensions. Tandis que la direction en place se dit confortée, Terracoop et Sicalait contestent et maintiennent leur stratégie.
La décision du juge des référés du tribunal judiciaire de Saint-Denis, suspendant les effets du conseil d’administration du 20 mars à l’Urcoopa, a immédiatement suscité des réactions opposées au sein de la filière agricole. Le magistrat a ordonné « la suspension provisoire des effets susceptibles d’être attachés au conseil d’administration du 20 mars 2026 à 10h10, jusqu’au prononcé de la décision du juge du fond », gelant ainsi les changements de gouvernance intervenus ce jour-là.
À l’Urcoopa, soulagement et dénonciation d’un “putsch”
Du côté de l’Urcoopa, le président Henri Lebon évoque « une décision accueillie avec joie et soulagement », se disant « encore plus confiant dans la justice de notre pays ». À ses yeux, il s’agit déjà d’un signal fort, « une première sanction contre ceux qui se croient au-dessus des lois ».
S’il reconnaît qu’il ne s’agit que d’une décision en référé, il estime néanmoins qu’elle met en lumière plusieurs irrégularités, affirmant qu’elle « met en évidence les dysfonctionnements de Terracoop et de Sicalait ». Il dénonce un « putsch » mené « à un moment où on était tous ailleurs », avec un conseil d’administration « hors normes, sans parties adverses et sans CSE », concluant que « le droit les a remis à leur place ».
La fracture semble toutefois profonde. Henri Lebon s’interroge sur la possibilité de renouer le dialogue après « un tel coup de couteau dans le dos », reconnaissant que « ce sera difficile ». « Je ne suis ni Jésus, ni un apôtre », ajoute-t-il, évoquant une confiance rompue : « on nous a trahis et salis dans la presse et les réseaux sociaux. Une ligne rouge a été franchie ».
Il n’exclut pas pour autant toute discussion, mentionnant la médiation proposée par la LCA : « j’irai, et je pense qu’on peut y arriver pour ne plus subir l’avenir », tout en appelant à « mettre en place un vrai plan directeur pour l’avenir de la coopérative ».
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“Un coup d’arrêt à cette folie”
Le directeur général de l’Urcoopa, Christian Dijoux, voit dans cette décision judiciaire « un coup d’arrêt à cette folie ». Il dénonce « une tentative d’accaparement de l’outil de la coopérative pour le remettre à une poignée d’acteurs privés ».
Concernant les appels au dialogue lancés par Terracoop, il pointe « un gros problème de neutralité », estimant que « le cabinet parisien mandaté les conseille depuis le début de cette histoire ».
Sur le terrain, le secrétaire du CSE, William Gangama, décrit une situation vécue comme brutale. Il raconte que « tout d’un coup, on apprend que M. Dijoux doit partir, et que M. Lebon n’est plus président. Les gendarmes arrivent… », ajoutant qu'« on a vraiment cru à un coup d’État comme on en voyait au XIXe siècle ».
Il souligne également que « dans leur conseil d’administration improvisé, ils n’ont pas convoqué le CSE », ce qui, selon lui, « peut constituer un délit d’entrave ».
Terracoop et Sicalait contestent et maintiennent leur stratégie
Quelques heures plus tard, Terracoop et Sicalait ont réagi dans un communiqué commun, indiquant « prendre acte de la décision temporaire », tout en annonçant faire appel et saisir le juge du fond. Elles estiment que « les enjeux demeurent entiers, notamment en matière de gouvernance, de transparence et de respect des statuts », et affirment que « notre plan de sauvetage de Soficoop est maintenu ».
Les deux structures considèrent même que la crise a permis de révéler certains dysfonctionnements, affirmant que « ces épisodes ont démontré leur utilité : celle de mettre en lumière les dérives de fonctionnement et de gestion au sein de l’Urcoopa ».
Un appel à des “États généraux” de la filière
Dans ce contexte, elles relancent leur proposition d’organiser des « États généraux de la filière », afin d’aboutir à « une solution globale, fédérative et pacificatrice ». Elles demandent aux pouvoirs publics de « désigner un médiateur et d’organiser cette discussion globale indispensable », en insistant sur la nécessité de choisir « une personne reconnue pour son parcours, dans un souci de neutralité absolue et d’intérêt général ».
Elles assurent enfin rester « pleinement mobilisées dans l’intérêt collectif » et appellent « l’ensemble des parties à faire preuve de responsabilité et d’apaisement ».


