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Une nièce trop mignonne... et le démon de midi (enfin, mettons 16h30) dans le coin

Correctionnelle Champ-Fleuri, vendredi 8 mars 2019 :
Ecrit par zinfos974 – le samedi 9 mars 2019 à 12H12
Eusèbe, 66 ans aux jamblons, marche en s'appuyant ostensiblement sur une canne. Il inspire tant la compassion que le président Molié lui fait apporter une chaise à la barre des prévenus. On lui rapproche le micro ; il fait semblant de ne rien saisir de ce qu'on lui dit, de ne pas savoir s'exprimer. Bon, en français, on veut bien ; mais en créole, sacré nom de Grandiab' ?

La théorie du complot

On verra, ainsi que le montrera Me Rémy Folio, avocat de la victime, que ce tonton à la main leste est un sacré comédien. Dans une déclaration préliminaire, avant que le président ne lise l'acte d'accusation, il a déjà éclaté en sanglots et proclamé (très distinctement) que "mi connais pas akoz bande-na i accuse à mwin, akoz mwin la pas fé rien".

Les faits sont d'une simplicité de film XXX. Un jour de novembre 2014 à Saint-Paul, sur le coup des 14 heures, sa nièce Pépita (nom d'emprunt), qui habite deux maisons plus loin, vient voir sa tatie. Ne trouvant pas cette dernière, elle grimpe à l'étage solliciter une cigarette auprès de ce tonton que jusque-là elle aimait bien. Tout va alors très vite :

"Tonton est sorti de la salle-de-bains, m'a jetée sur le lit, s'est appesanti sur moi. D'une main, il m'a maintenu les deux poignets et, de l'autre, a fait glisser mon short puis a essayé de sortir son..." La suite au prochain numéro. Il ne l'a pas violée mais la pas passe loin !

Ah bon ? Il n'est donc pas si handicapé que ça alors ?

La jeune fille (15 ans au moment des faits), dans un ultime geste de défense, parvient à repousser l'odieux personnage, lequel tombe du lit et se ramasse sur la commode. Elle parvient à s'enfuir. Mais c'est pour entendre, dans son dos, une voix rageuse lui hurlant : "À ou, ou veux pas mais out' grande soeur, elle, elle la fé, et pas rien qu'in' fois encore !"

On apprendra vite qu'il n'en est rien. Mais que le pervers tonton n'en est pas à son coup d'essai.

Des monstruosités aux enquêteurs

Les réponses de l'accusé vont toutes dans le même sens, à savoir la traditionnelle théorie du complot. Réponses qui ne tiennent pas la route : il n'y a jamais eu de râlé-poussé d'aucune sorte dans cette famille. Il y avait longtemps qu'on ne nous l'avait pas faite, celle-là. Puis viennent les dénégations, farouches, entrecoupées de chauds sanglots, la tête dans les bras. On appelle le Samu là ?

Les dires de la victime sont corroborés par l'examen psychiatrique : peur, colère, sentiment d'impuissance, syndrome post-traumatique évident, sincérité indiscutable...

Depuis qu'elle a osé porter plainte contre lui, le gentil tonton l'abreuve d'insultes quand par hasard ils se croisent.

Aux gendarmes chargés de l'enquête, pour tenter lâchement de se justifier, Eusèbe raconte des monstruosités du genre (excusez-moi, j'édulcore) : "Elle na in joli ti corps de famm'... D'ailleurs elle la fine avorte trois fois..." Assertions aussi gratuites que fausses concernant les avortements en question.

Puis bonhomme prétend que c'est elle qui l'a provoqué : "Mwin la sorte la salle-de-bains ; elle té qui assise su mon lit, le jambe té carté, elle la mette son deux cuisses su la mienne..."

Encore deux secondes et c'est lu la crie "tir'" !

Le président Molié l'a sèchement recadré quand il a persisté à répondre à côté, à des questions pourtant très précises du tribunal.

Faisant remarquer que l'accusé avait fourni beaucoup de versions divergentes aux enquêteurs : "Vous n'êtes pas très bon comédien, en fin de compte".

« Ce Brad Pitt... »

Un fait reste incompris de tous, y compris de l'avocat de la jeune fille. Lorsque cette dernière a porté plainte, c'est elle qui a été placée en famille d'accueil, soi-disant pour l'éloigner du pervers. N'importe qui aurait imaginé que, protection bien comprise, ce n'était pas elle qui aurait dû être éloignée des siens, mais le vieux tonton égrillard collé au trou. Ben non ! Les voies des services sociaux sont du genre abscons.

"Il faudrait qu'il reconnaisse sa faute, a plaidé Me Boniface ; mais voilà, il ne fait qu'accuser tous les autres. Il est handicapé, certes, mais pas du cerveau ou de... (Car des traces de fluide corporel ont bel et bien été retrouvées sur le t-shirt de la victime, NDLR). Au lieu de quoi, ce Brad Pitt des bas-quartiers prétend que c'est elle qui l'a caressé ! Et ensuite de s'agiter comme un diable dans le bénitier pour s'ériger en misérable victime..."

Me Ropars a essayé d'attendrir le tribunal avec "son handicap physique et aussi sexuel, même s'il ne le dit pas".

Tonton Eusèbe en prend pour 4 ans dont deux fermes. Plus obligation de soins, plus obligation d'indemniser sa victime.

Il reste à souhaiter que la reconnaissance de son statut de victime mette un peu de baume au coeur et aux plaies de la jeune fille.

 

 

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