Une crise, une naissance
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La crise du PCR ne fera sourire que les esprits légers. Et seuls des esprits plus légers encore s’escrimeront à la nier. Minuscule au regard des problèmes du monde, elle porte pourtant quelque chose de décisif, et même d’universel, que ni la sympathie ni l’antipathie qu’on porte à ce parti ne parviennent à masquer.
C’est de bonne foi, en effet, que des hommes soucieux de justice s’en sont d’abord remis à un leader que légitimaient son intelligence et son courage, et à qui La Réunion doit indiscutablement beaucoup.
C’est encore relativement de bonne foi qu’ils ont cru que l’efficacité de l’action supposait une unité de pensée sans faille et imposait une cohésion de surface qui, grandissant aux dépens de la cohérence intérieure des militants, exigeait d’eux qu’ils compensent l’angoisse de leur soumission par une confiance toujours plus aveuglément renouvelée dans le leader.
Puis s’écroula, avec le mur de Berlin, le mythe de la liberté communiste : sur ses décombres, le mythe non moins détestable de la mondialisation prospéra comme jamais. Le temps des banquiers était arrivé, et de leurs propagandistes vulgaires.
L’horreur nouvelle était une excuse toute trouvée pour oublier l’horreur passée. Pour ne pas s’avouer que les démons de tous les partis communistes s’étaient parfaitement acclimatés à La Réunion. Pour ne pas voir que le PCR, lui aussi, se confiait chaque jour un peu plus aux trois perversions qui défigurent l’action politique : le silence, le secret, le mensonge. Qu’il puisait de moins en moins son inspiration dans le peuple et de plus en plus dans les passions d’un petit groupe, d’une coterie, d’une famille. Au point de se lancer dans toutes sortes d’alliances qu’il fallait beaucoup de rhétorique pour justifier, et beaucoup de docilité pour accepter.
Mais, pendant ce temps-là, dans l’île comme ailleurs, d’autres aspirations fleurissaient dans les cœurs et, avec elles, une ironie toujours plus impitoyable à l’égard de ces sujets supposés savoir que Lacan résumait en leurs trois initiales : SSS.
Venues d’où ces aspirations ? D’où ce doute ? Dieu seul le sait, ou personne. Mais qu’un avenir existe qui ne soit inscrit dans aucun programme, les révolutions arabes, nées de nulle part et de partout, en témoignent très haut en ce moment même.
Plus tenable, le statu quo de la peur ! Ces deux heures furieuses dont les échos emplirent l’autre jour le Palais de la Source, il serait criminel d’en avoir honte. Qui oserait regretter un cri de naissance ? Qui serait assez enfantin pour tenter de l’effacer ?
Quelque chose se déploie irrésistiblement dans les consciences que personne ne sait nommer, que personne ne peut nommer. Mais que tout le monde sent, tout le monde, surtout ceux qui veulent l’étouffer. Il n’est pas de politique possible contre ce sentiment-là. Ni, tout simplement, d’existence humaine.
Louis de Ruti


