Revenir à la rubrique : Faits divers

"Un régime de torture" : deux détenus de Domenjod lourdement condamnés pour s’être acharnés sur leurs compagnons de cellule

Ecrit par Sébastien Gignoux – le samedi 30 mai 2026 à 06H46
Le centre pénitentiaire de Saint-Denis

Accusés d’être des « balances », deux jeunes détenus ont subi un invraisemblable déchainement de violence de la part de leurs voisins de cellule du centre pénitentiaire de Saint-Denis dans la nuit du 26 au 27 février dernier. Le tribunal a condamné ces derniers à cinq et trois ans de prison ferme.

La liste des violences infligées à ces deux jeunes détenus du centre pénitentiaire de Domenjod a de quoi faire frémir. Pendant près de quatre heures, dans la nuit du 26 au 27 février dernier, ils ont tour à tour été victimes d’un véritable acharnement de la part de leurs compagnons de cellule, énervés après qu’un surveillant a saisi le téléphone portable reçu le matin même dans un colis jeté par-dessus le mur d’enceinte.

Lire aussi : Situation "apocalyptique"à Domenjod, les syndicats pénitentiaires déplorent un manque de moyens

Détenus pour meurtre et tentative de meurtre

Les deux jeunes étaient tellement terrorisés que, lorsque les agents les découvrent le visage tuméfié et partiellement brûlé le lendemain matin, ils expliquent dans un premier temps s’être battus tous les deux.

Mais l’enquête de l’administration pénitentiaire va leur permettre, quelques jours plus tard, de faire le récit glaçant de cette nuit cauchemardesque passée dans le huis-clos de la cellule qu’ils partagent avec Dayan Ramassamy Virassamy, 20 ans, et Damien Ranguin, 21 ans.

Le premier est en détention provisoire pour avoir tué d’un coup de katana un père de famille de 25 ans en octobre 2025 à Sainte-Suzanne. Le second est, lui, mis en examen pour tentative de meurtre sur conjoint en juin 2025.

"Visage déformé"

« Ils pensaient qu’on avait balancé pour le téléphone, mais c’était pas vrai », raconte une des victimes, rouée à coups de pieds, de poings et de genou. « Mâchoire fracturée », « visage déformé », décrit le président Bernard Molié effaré.

« A force de me donner des coups de genou, Dayan s’est même blessé. Comme je me suis évanoui, ils me mettaient les bras en l’air pour me réveiller et me taper à nouveau. Ils ont menacé de me tuer avec une bouteille en verre cassée si j’appelais à l’aide. C’est injuste » décrit encore le détenu, extrait de prison vendredi 29 mai pour venir témoigner au procès.

Chaussette lestée et eau bouillante

Ce que son camarade, absent à l’audience, a subi, est encore pire. « L’un m’étranglait pendant que l’autre me frappait. Ils m’ont assis sur la chaise pour me donner des baffes. Puis après, ils m'ont cogné avec une chaussette lestée avec un bol en verre » raconte dans sa déposition celui qui a eu des dents cassées sous les coups. Mais ce n’est pas tout.

A deux reprises, ses tourmenteurs vont lui verser une bouilloire d’eau bouillante sur le visage. Le jeune homme aura le côté droit de la face et l’oreille brûlés aux 2e et 3e degrés. « Le lendemain, ils nous ont dit d’aller ramasser les colis pour eux, sinon ils nous tueraient », conclut-il.

La radio à fond pour cacher le bruit

Pour cacher le bruit et les cris de douleur, les deux agresseurs penseront à pousser le volume de la radio à fond. Et iront jusqu’à forcer leurs victimes à nettoyer les traces de sang sur le sol de la cellule.

« Un régime de torture, de la barbarie, de la sauvagerie ? Comment vous appelez cela ? » demande le président aux prévenus. « Ils racontent des bobards », rétorque Dayan Ramassamy Virassamy, l’air goguenard.

« C’est eux qui ont voulu me « fisher » avec une bouteille de siave, ça m’a blessé au genou. Et quand l’un d’eux m’a poussé, je suis tombé sur la bouilloire qui s’est renversée sur l’autre » affirme-t-il sans ciller. Damien Ranguin, plus en retrait, dit juste avoir voulu « défendre (s)on codétenu qui se faisait attaquer », édulcorant sa propre participation.

"Arracheurs de dents"

Sentant le vent tourner dans les jours suivant les faits, Dayan Ramassamy Virassamy va insulter et cracher sur un surveillant sans raison apparente. « C’était bien sûr calculé pour qu’il parte au quartier disciplinaire et soit changé de cellule par la suite », décrypte Me Estelle Gangate, partie civile.

« Je n’ai pas fait exprès, je voulais cracher sur le portail » justifie encore le prévenu. « Vous mentez comme des arracheurs de dents », renvoie le président.

Déjà sous la menace de longues années de prison pour les crimes qui leur valent la détention provisoire, Dayan Ramassamy Virassamy et Damien Ranguin vont écoper de lourdes condamnations pour ce déchainement de violences derrière les barreaux : cinq ans ferme pour le premier, trois pour le second.

Etiquettes : Domenjod | Justice | Prisons | Violences

Dans la même rubrique

0💬
Tri :