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Un employé manque de perdre son bras au Port Est : une expertise judiciaire ordonnée par le tribunal

Ecrit par Thierry Lauret – le samedi 17 janvier 2026 à 17H26
Photo : Grand Port Maritime

Lauréate d’un appel d’offres de 2,6 millions d’euros pour l’installation d’une vingtaine de mâts lumineux sur les quais de Port Est, la société Testoni Réunion pourrait être mise en cause après la chute d’une couronne d’éclairage de près 300 kg sur un employé du Grand Port Maritime. Le tribunal administratif a ordonné une expertise judiciaire.

Nous sommes le 26 février 2025, quarante-huit heures avant que La Réunion ne soit frappée de plein fouet par le cyclone tropical intense Garance. Des employés du Grand Port Maritime s’affairent sur les quais afin de sécuriser les mâts d’éclairage à lampes LED qui permettent, en temps normal, aux dockers de travailler de nuit dans des conditions optimales.

Ces mâts de 35 mètres de hauteur, une vingtaine au total, sont surmontés d’une couronne de lampes dont le poids avoisine les 300 kg. Le matériel a été installé en 2023 par la société Testoni Réunion, lauréate d’un appel d’offres d’un montant de 2,6 millions d’euros hors taxes.

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Mais ce jour-là, l’opération de sécurisation, qui consiste à faire descendre les couronnes d’éclairage à l'aide d'un système de câbles, a failli virer au drame. Une couronne s’écrase sur le sol, alors même que les mâts disposent d’un système de sécurité censé empêcher tout accident, à l’image des freins sur les câbles d’un ascenseur.

Un autre collègue réussit à plonger pour éviter la masse de métal tombée du ciel

Un employé du Gand Port Maritime est sérieusement blessé, son bras manquant d’être arraché, tandis que son collègue réussit à plonger pour éviter la masse de métal tombée du ciel. Un troisième assiste à toute la scène et, selon la direction de l’établissement public en charge de la gestion du port, en sort indemne mais durement éprouvé psychologiquement.

Le Grand Port Maritime interrompt immédiatement la sécurisation des mâts d’éclairage et fait appel à la société Socotec, spécialiste du contrôle technique dans l’éclairage et l’électricité, pour expertiser les mâts et coucher au sol les dernières couronnes de lampes. L’opération serait achevée quelques instants avant le passage en alerte rouge de La Réunion, le 28 février.

« Socotec a analysé un certain nombre de défaillances, notamment sur le système de freins. Ayant constaté le même désordre sur d’autres mâts, nous avons mis en demeure le fournisseur de réparer tous les systèmes, juste après Garance. Nous avons exigé que Testoni soit accompagné par Socotec. Je ne vous cache pas que nous n'avions plus du tout confiance en Testoni. Nous avons exigé un certain nombre de garanties et les rapports ont été accablants, avec un enchaînement de dysfonctionnements, comme des vis qui manquaient », explique Gilles Ham Chou Chong, directeur général adjoint du Grand Port Maritime.

Une expertise judiciaire pour déterminer les responsabilités

En avril dernier, l’autorité de gestion portuaire a lancé une procédure en référé au tribunal administratif de La Réunion afin d’obtenir la prescription d‘une « expertise judiciaire en présence des sociétés Testoni, Allianz, Artelia, Socotec et Valmont, à l’égard des désordres affectant les nouveaux mâts d’éclairage édifiés au Port Est ».

Dans ses mémoires versés à la procédure, le Grand Port Maritime expose que les désordres observés « sont de nature à engager la responsabilité des constructeurs au titre de la garantie décennale, ainsi que celle de leurs assureurs et de l’entreprise étant intervenue en tant que fournisseur ».

Le 7 janvier, le juge des référés a considéré que l’expertise réclamée présentait un caractère utile, désignant au passage un ingénieur en génie industriel spécialiste des installations portuaires. Ses missions consisteront notamment à « recueillir les contrats d’assurance souscrits par les sociétés ayant pris part à l’opération » ou à « porter une appréciation sur la qualité du travail accompli au regard des prescriptions contractuelles et des règles de l’art, ainsi que sur les causes et origines des désordres en déterminant le rôle joué à cet égard par les entreprises, le maître d’œuvre et le contrôleur technique. »

Testoni Réunion dans la tourmente

En janvier 2024, lors du passage du cyclone Belal sur notre île, les rampes de lampes de Port Est avaient été descendues de leurs mâts pour la première fois, quelques mois après leur installation. À l’époque, c’est la société Testoni Réunion qui avait procédé à la sécurisation, dans le cadre de l’assurance du marché public, sans qu’aucun incident ne survienne. Contactée, l’entreprise lourdement condamnée dans l’affaire des marchés truqués du Sidélec (700 000 euros d’amende et exclusion des marchés publics durant trois ans) n’a pas donné suite à notre demande.

L’expertise judicaire doit permettre d’obtenir des certitudes sur la pérennité des mâts de Port Est, « un enjeu stratégique » puisque les installations portuaires doivent être en mesure de fonctionner 24 heures sur 24 pour être viables économiquement. L’enquête devra déterminer s’il s’agit d’une défaillance du constructeur Valmont, ou de manquements dans l’installation du matériel.

Les conclusions du rapport d’expertise guideront les procédures pénales que le Grand Port Maritime et l’inspection du Travail envisagent d’ores et déjà d‘engager.

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