Et si le Tour de France débarquait à La Réunion, rêve fou ou projet crédible ?

Le Tour de France s'élancera d'Édimbourg en 2027 après avoir pris son envol du Danemark, ou encore d'Italie ces dernières années et d'Espagne, de Barcelone, ce samedi 4 juillet. Les frontières n'effraient plus ASO, organisateur de la course par étapes, la plus grande certainement au monde à l'heure actuelle. Mais qu'en est-il des quelque 10.000 kilomètres qui séparent l'Hexagone de La Réunion ? Derrière une idée qui ressemble d'abord à un fantasme se cache une vraie question. Nous avons confronté le rêve à la réalité.
La petite musique revient à chaque début de Grande Boucle. Au premier regard, la réponse paraît évidente. Non, le Tour de France ne viendra jamais à La Réunion, bien que département français. Puis, en creusant, les certitudes s'effritent.
Depuis une quinzaine d'années, la Grande Boucle a profondément changé. Le Tour n'est plus uniquement une course française qui s'autorise quelques incursions chez ses voisins.
Sous l'impulsion de Christian Prudhomme, les Grands Départs à l'étranger sont devenus une vitrine internationale. Bruxelles, Copenhague, Bilbao, Florence... En 2027, c'est même Édimbourg qui ouvrira le bal avant un retour vers la France. Alors que la Grande Boucle s'élance samedi 4 juillet depuis la Catalogne et Barcelone. Le Tour s'exporte plus que jamais.
Décor idéal
Alors pourquoi pas La Réunion ? Il y a bien eu des îles : la Corse, le Royaume-Uni...
Sur le plan sportif, l'île aurait peu de concurrents du même calibre.
Le Maïdo culmine à plus de 2.200 mètres. La route du Volcan déroule près de trente kilomètres d'ascension au départ de l'est, au milieu d'un paysage végétal puis minéral unique. Les 400 virages de Cilaos offriraient un décor digne des Dolomites (le coureur français Warren Barguil s'y est déjà illustré sur une édition 0-3000), tandis que les routes des Hauts permettraient de dessiner plusieurs étapes de montagne sans jamais lasser.
Sans parler de l'ascension vers La Montagne et de son mur à plus 15% vers le Colorado, sur lequel même certains véhicules s'y cassent les freins. Mais là où on verrait bien aussi un Tadej Pogacar mettre la mobylette en marche.
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Sans compter aussi que voir un peloton composé des meilleurs coureurs au monde roulait sur la NRL aurait "de la gueule". Bon, il faudrait aussi prendre ses précautions si on parle purement circulation...
À cela s'ajoutent le vent sur le littoral, les routes étroites, les reliefs cassants et un hiver austral idéal pour courir et provoquer des "bordures". Sur le papier, les ingrédients d'une édition mémorable sont réunis.
Mais le Tour de France ne se résume pas à 184 coureurs. C'est une véritable ville itinérante.
Une histoire de logistique
Chaque matin, des centaines de véhicules prennent la route. La caravane publicitaire distribue des millions de cadeaux tout au long de l'épreuve. Les équipes techniques, les médias, les motos, les voitures des formations, les infrastructures d'arrivée, les plateaux télévisés, les barrières, les arches et les équipements de sécurité se déplacent quasiment au quotidien. La seule caravane rassemble traditionnellement plusieurs dizaines de marques et plus d'une centaine de véhicules.
Or La Réunion se situe à près de 9.300 kilomètres de Paris. Le véritable obstacle ? Le véritable obstacle ! Ce que nous a confirmé d'ailleurs une source proche de d'ASO récemment. En plus des coûts associés à ce périple.
Acheminer l'ensemble de cette organisation demanderait un pont aérien colossal, des vols cargo supplémentaires, un transport anticipé du matériel et une réorganisation complète du calendrier. Contrairement aux Grands Départs européens, où le Tour rejoint rapidement l'Hexagone, un passage par l'océan Indien imposerait plusieurs jours de transfert.
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Le défi n'est donc pas sportif. Il est logistique. Le paradoxe est que le Tour a déjà regardé bien plus loin que les frontières métropolitaines.
À la fin des années 1990, un Grand Départ en Guadeloupe poussé par le Président Chirac lui-même a bel et bien été étudié avant d'être abandonné. L'idée était donc soutenue au plus haut niveau de l'État, mais les contraintes de transport et les coûts avaient finalement eu raison du projet.
Si les Antilles, pourtant plus proches de la métropole, n'ont jamais franchi cette dernière marche, La Réunion représente un défi encore plus ambitieux.
260 candidatures
Autre élément qui joue contre une candidature réunionnaise, le Tour de France est devenu une compétition très convoitée. L'organisation revendique chaque année plus de 260 candidatures de collectivités souhaitant accueillir une étape. Villes, départements et régions se disputent déjà une place dans le calendrier.
Pour autant, l'idée n'a rien d'absurde. Loin de là.
Les Jeux olympiques ont traversé les océans. La Coupe du monde de rugby également. Celle de foot se joue même aujourd'hui sur plusieurs continents à la fois. Le Vendée Globe fait le tour de la planète. Les grandes compétitions sportives n'ont jamais autant misé sur leur rayonnement mondial et sur des déplacements. Quitte, et l'argument est de poids, à s'attirer les foudres des écologistes.
Le Tour de France lui-même ne cesse d'étendre son influence, diffusé dans près de 190 pays et suivi chaque année par des centaines de millions de téléspectateurs cumulés selon ASO (Amaury Sport Organisation), organisateur du Tour. Pour La Réunion, accueillir ne serait-ce que trois étapes offrirait une exposition touristique incomparable. En a-t-elle vraiment besoin ?
Reste une question, finalement plus politique que sportive. Combien la France est-elle prête à investir pour que son plus grand événement populaire traverse, pour la première fois de son histoire, l'océan Indien ? Car ça serait bien à hauteur de dizaines de millions d'euros qu'il faudrait débourser pour pousser le peloton hors du continent.
La belle échappée
Aujourd'hui, la réponse est probablement négative. Le coût, la logistique et l'empreinte environnementale rendent un tel projet extrêmement improbable.
Impossible, en revanche, serait aller trop vite. Il y a vingt ans, imaginer le Tour partir trois jours du Danemark ou s'élancer d'Écosse relevait déjà de la science-fiction. Alors pourquoi pas ? L'idée fait régulièrement son chemin et revient par-ci par-là dans les débats, comme cette fois en 2003 où le sénateur Louis Virapoullé avait posée publiquement l'idée.
Le cyclisme aime les échappées. Celle qui mènerait un jour le peloton jusqu'à La Réunion serait simplement la plus longue de son histoire.


