"Dérapages indignes" : la FDSEA réclame la démission de Philippe Labro

La polémique continue d'enfler autour des déclarations de Philippe Labro sur l'ouverture du capital de Tereos aux planteurs. Après les critiques de la Chambre d'agriculture puis du député Perceval Gaillard, la FDSEA franchit un cap en réclamant officiellement le départ du directeur général de Tereos Océan Indien.
La polémique continue de gagner du terrain. Après la Chambre d'agriculture, dont le président Olivier Fontaine avait dénoncé des propos "déplacés, incompréhensibles voire insultants", puis le député Perceval Gaillard, c'est désormais la FDSEA Réunion qui monte au créneau.
Et le syndicat ne fait pas dans la dentelle. Dans la foulée de son conseil d'administration, ce dernier a diffusé un communiqué particulièrement offensif dans lequel il demande le départ de Philippe Labro de la direction de Tereos Océan Indien dénonçant des "dérapages verbaux indignes".
À l'origine, les déclarations du dirigeant de Tereos tenues dans un supplément agricole du Quotidien, paru ce vendredi, concernant la revendication portée par plusieurs organisations agricoles en faveur d'une entrée des planteurs au capital du groupe sucrier.
L'ouverture du capital au cœur du différend
Dans son entretien, Philippe Labro a estimé que cette perspective ne faisait pas consensus parmi les agriculteurs et qu'elle risquait de brouiller la répartition des rôles entre les différents acteurs de la filière, mettant en garde contre une forme de "consanguinité capitalistique" susceptible, selon lui, d'"affaiblir l’interprofession" et d’introduire de "l’opacité, alors que nous avons besoin de transparence".
Le président de Tereos considère que l'avenir de la filière se joue avant tout dans la défense du POSEI et des aides publiques plutôt que dans la gouvernance de l'industriel : "l'avenir de la filière ne se joue pas au conseil d'administration de l'industriel mais au CPCS".
Des propos qui ont rapidement provoqué du syndicat.
"Un mépris colonial et institutionnel"
Dans son communiqué, la FDSEA estime que l'utilisation du terme "consanguinité" constitue une attaque directe contre les planteurs réunionnais.
"Utiliser de sang-froid le terme de "consanguinité" pour disqualifier les planteurs réunionnais et justifier leur exclusion de l'ouverture du capital de l'entreprise est une insulte publique inacceptable", écrit le conseil d'administration. "Parler de consanguinité pour balayer d’un revers de manche l’ancrage historique, local et paritaire des agriculteurs relève d’une rhétorique féodale et d’un autre âge", poursuit le syndicat.
Le syndicat évoque "une faute lourde", "une provocation calculée" et accuse le dirigeant de manifester un "mépris colonial et institutionnel" envers les producteurs de canne.
Pour les responsables syndicaux, Philippe Labro est aujourd'hui "totalement déconnecté de la réalité du terrain" et ne comprend plus les attentes du monde agricole réunionnais.
"Participer financièrement à l’avenir de notre filière"
Au-delà de la polémique sur les mots employés, la FDSEA dénonce ce qu'elle considère comme une volonté d'écarter les planteurs des décisions stratégiques concernant l'avenir de la filière.
« Aujourd'hui, Tereos orchestre une démonstration de force à travers les grands quotidiens pour imposer son diktat : "J'ouvre mon capital, mais vous, planteurs, vous n'y participerez pas" », affirme le syndicat.
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L'organisation estime au contraire légitime que les producteurs puissent participer à l'outil industriel dont dépend une partie de leur avenir économique : "Nous demandons légitimement à participer financièrement à l’avenir de notre filière".
"Si Tereos refuse les planteurs à sa table en les insultant, c'est le signe clair que ce dirigeant ne considère plus le monde agricole comme un partenaire, mais comme des sujets corvéables à merci", tacle la FDSEA.
La FDSEA s'interroge également sur le silence des pouvoirs publics dans ce dossier, rappelant que la filière bénéficie d'importants soutiens financiers publics et que les planteurs constituent, selon elle, le premier maillon indispensable de l'économie cannière réunionnaise.
« Le dialogue est définitivement rompu »
Le ton monte encore d'un cran dans la conclusion du communiqué.
"Pour le Conseil d'administration de la FDSEA, la ligne rouge a été franchie. Le dialogue est définitivement rompu. On ne peut pas co-partager le travail avec quelqu'un qui nous insulte dans les journaux."
Le syndicat en appelle désormais aux instances dirigeantes nationales et internationales de Tereos : "Le départ de Philippe Labro est désormais un préalable non négociable pour que nous puissions reprendre le chemin d'un travail partagé, sain et respectueux au sein d'une CPCS qui doit retrouver sa vocation première."
Une crise ouverte entre une partie du monde agricole réunionnais et la direction locale de l'industriel, qui surgit à quelques jours désormais du lancement de la campagne sucrière.


