Un éleveur condamné après avoir abattu un chien sur fond de tensions liées à l’errance animale

Confronté depuis plusieurs années aux attaques répétées de chiens errants sur son troupeau, un éleveur de cerfs des hauts de Saint-Leu a abattu un chien en septembre 2024. Jugé ce mardi 3 mars devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre, il a été condamné à une amende avec sursis et envisage de faire appel.
Malgré le stress, il attendait avec impatience de pouvoir porter le débat devant la justice. Laurent Ferrère, éleveur de cerfs dans les hauts de Saint-Leu, comparaissait devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre pour avoir abattu un chien qui se trouvait sur une route de son exploitation en septembre dernier.
Lire aussi : Errance animale : "on va droit dans le mur", alertent des éleveurs
Installé depuis dix ans, il comptait jusqu’à 200 bêtes avant que les attaques de chiens ne viennent régulièrement décimer son troupeau. Douze animaux perdus en 2017, huit en 2020 et jusqu’à 25 en 2024. “C'est un jeu de chasse pour le chien qui ne va pas manger le cerf. Il va lui courir derrière, le fatiguer, le mettre à terre et l'égorger”, explique Laurent Ferrère, décrivant comment il a perdu ses bêtes une à une. “Je me soucie du bien-être de mes animaux. J'ai investi et il faut trouver une solution.”
L’éleveur a clôturé les 12 kilomètres de son exploitation. Malgré les alertes lancées auprès du TCO, institution en charge de la lutte contre l’errance animale, Laurent Ferrère assure n’avoir reçu aucune solution, ni ronde de surveillance, ni cage. Il a lui-même fait l’acquisition d’une cage à ses frais et avoue avoir déjà fait appel à des amis chasseurs pour abattre des chiens qui se trouvaient sur son exploitation.
C’est dans ce contexte qu’il ouvre le feu sur un chien qui se trouvait sur une route de son exploitation. Ce jour-là, il voit un chien, ne distingue pas son collier et croise deux dames qui se promènent. Il leur demande si le chien est à elles. Elles répondent qu’il s’agit d’un chien du quartier, qui les suit souvent durant leur promenade. Face à cette réponse, Laurent Ferrère va chercher son fusil et tire.
Un constat partagé sur l’errance animale
La propriétaire du chien est présente sur le banc des victimes ce mardi. Elle raconte que c’est un voisin qui lui apprend que son animal s’est fait tirer dessus. Roxy était un jeune chien qui aimait se promener avec son mari, adepte de trail. Pour autant, Roxy n’était pas pucé et ses propriétaires le laissaient divaguer. “Mon chien était connu à La Chaloupe. On ne l'attache pas parce que sinon, il fait pitié”, explique la propriétaire, qui demande 200 euros au titre du préjudice moral.
Pour le parquet, le débat juridique est simple.“Il y a eu mise à mort de sang-froid puisqu'il part et va chercher son fusil.” L’animal était bien domestique puisqu’il portait un collier et les témoins ont averti le prévenu que le chien appartenait à quelqu’un, fait-il valoir. Il n’y a ni “légitime défense ni état de nécessité”, tance la représentante du ministère public, qui “rejoint” en revanche la défense “sur le constat de l'errance animale, une problématique majeure à La Réunion”.
“En tant que ministère public, je ne peux nier mais je réprouve l'abattage d'un chien.” Elle insiste également sur les“copils (comités de pilotage, ndlr) et plans de prévention de lutte départementale contre l'errance animale” organisés par les services de l’État, qui n’ont en revanche “pas de baguette magique” pour enrayer la problématique. Puisque "la justice ne peut pas cautionner de commettre des infractions pénales", 1.000 euros dont 600 euros avec sursis, à titre d'avertissement, sont requis à l'encontre de Laurent Ferrère qui a un casier vierge.
La partie civile en cause ?
Pour la défense, assurée par Me Brigitte Hoarau, la présence d’un collier sur le chien tué ne constitue pas un élément probant. “Certaines associations pucent, stérilisent et mettent un collier aux chiens errants avant de les relâcher”, pointe-t-elle. “Il aurait fallu qu'il fasse quoi ? Qu'il attende jour et nuit sur son exploitation de 12 kilomètres pour agir ?”
“Quant au comité de pilotage et au financement, lui n'en a pas vu un euro”, pique la robe noire, qui indique qu’un recours devant le tribunal administratif va être lancé pour les manquements qu’elle impute à l’intercommunalité. “Ce n'est pas un acte gratuit de barbarie. Il n'a fait que protéger son troupeau.” Me Brigitte Hoarau questionne également la responsabilité de la propriétaire qui, par ailleurs, “n'établit pas qu'elle en est propriétaire puisque l'animal n'était pas pucé”, le laissait divaguait alors que c'est interdit à plus de 7 km de là où est censée resider sa propriétaire.
Puisqu’il n’a pas été en “mesure de démontrer l'état de nécessité de l'abattage du chien”, a estimé le tribunal, l’éleveur a été condamné à 500 euros d’amende avec sursis. La partie civile a en revanche été jugée irrecevable en raison du défaut d’identification de l’animal.
Insatisfait de la réponse de la justice, Laurent Ferrère envisage de faire appel.


