Un couple franco-mauricien condamné pour proxénétisme aggravé

"Le proxénétisme est plus grave que le trafic de stupéfiants, car il s'agit de trafic d'êtres humains", sont les mots forts employés par le procureur de la République lors de l'audience de ce mardi. Tout part d'un appel à la gendarmerie par une jeune femme mauricienne qui se plaignait d'avoir été privée de son passeport. Elle explique qu'une certaine Anastasia, une Mauricienne rencontrée à l'île Maurice, l'a fait venir à la Réunion pour effectuer des prestations de massages avec relations sexuelles tarifées en échange d'un retour de 50 euros pour elle. Cette femme est mariée à un Réunionnais. Les gendarmes se rendent sur les lieux à Boucan Canot et découvrent une deuxième femme d'origine mauricienne dans un appartement de location. Un homme est aussi présent. Il s'agit d'un client venu pour une prestation tarifée. Il s'agit bien de prostitution. Le couple se chargeait de la logistique, selon les deux femmes.
Par la suite, les investigations menées démontrent qu'il s'agit d'un couple franco-mauricien à la manœuvre. Les clients contactent les filles via un site de rencontre puis par téléphone. L'examen des factures révèle près de 500 appels reçus en quelques semaines. Les époux sont alors placés en garde à vue pour s'expliquer. Dans un premier temps, ils ne reconnaissent pas les faits. En revanche, l'homme apprend, lors d'une confrontation, que sa propre épouse se prostituait également avec les deux filles. Ils sont finalement jugés devant le tribunal correctionnel ce mardi pour proxénétisme aggravé. Julien B., 32 ans, présent à l'audience, est déjà incarcéré dans le cadre d'une condamnation pour violence conjugale. Son épouse, Séverine L., 32 ans, s'est enfuie à Maurice depuis deux ans. Ils sont en instance de divorce.
À la barre, il prétend qu'il ne savait rien de tout cela : "Je ne savais rien jusqu'à l'arrivée des gendarmes", assure-t-il à la présidente. "C'est elle qui s'occupait de ça, je ne savais pas qu'elles venaient pour ça", insiste-t-il. "Vous avez pourtant accompagné ces filles à l'aéroport et les avez installées. Vous avez aussi pris des lignes de téléphone pour elles", répond la présidente. Pour le procureur, le prévenu fait preuve de "mauvaise foi". "Je tiens à dire que le traitement de ce dossier n'est pas à la hauteur de la gravité des faits. On parle de marchander des corps de jeunes femmes retenues à l'étranger sous la contrainte", fustige le magistrat qui requiert 4 ans de prison à l'encontre de l'épouse, assortis d'un mandat d'arrêt ainsi que 2 ans de prison pour lui avec un mandat de dépôt.
Déjà détenu, le prévenu n'a pas choisi d'être défendu par un avocat. Après délibération, le tribunal déclare les deux proxénètes coupables. Les époux sont tous deux condamnés à 18 mois de prison. Le tribunal émet un mandat d'arrêt à l'encontre de madame et estime que le parquet pourra mettre ultérieurement la peine à exécution pour monsieur.


