Trois camisoles qui font violence sur le vivant humain

Sans chronologie ni suprématie, la première « camisole » devrait être la vision physicaliste du vivant réduisant l’être humain à des lois physiques et chimiques. Ce terme de « physicaliste » créé par Rudolf Carnap est la thèse, ou doctrine, selon laquelle toutes les connaissances sont réductibles, au moins théoriquement, aux énoncés de la physique. Les sciences humaines et sociales, tout comme les sciences de la nature, chacune ayant son vocabulaire et ses concepts spécifiques, pourraient être retranscrites dans la physique. Carnap est nommé professeur de Naturphilosophie (philosophie des sciences) à l'université allemande de Prague où il reste jusqu’à son exil pour les États-Unis à la veille de la deuxième Guerre mondiale. Là, il rencontre un contexte propice à des rationalisations que l’on qualifierait de nos jours de « scientistes ».
C’est le neurobiologiste Alain Prochiantz, Professeur du Collège de France et neurobiologiste, qui qualifie de « camisole de force » cette vision réductible du vivant aux sciences physiques, par « les idéologues », (dont Carnap), qu’il qualifie de « physicalistes » et de « mécanicistes ». « Ceux-ci ont en effet, jusqu’à récemment, imposé une telle camisole de force aux sciences du vivant », dit-il p. 140 in « Qu’est-ce que le vivant ? », Seuil, 2012.
Il est peut-être significatif de noter que dans l’ouvrage en français, « L’âge d’or de l’empirisme logique » nrf, Gallimard, 2002, regroupant les travaux des philosophes où Carnap est affilié (au sein du « Cercle dit de Vienne », en Autriche, Cercle qui disparu en 1936 avec la montée du nazisme) le terme de « subjectivité » ne figure pas dans l’index des notions, ouvrage sous la direction de Christian Bonnet et Pierre Wagner. La subjectivité avec les sciences physiques ne feraient pas bon ménage. Les termes de « sensation » ou de « qualia » figurent parcimonieusement, sans doute du fait de l’approche de l’humain impersonnellement (à la troisième personne) suivant les critères de scientificité de l’époque.
Jugeant l’expression de « camisole », pertinente, nous l’élargissons à la critique de la vision du « tout génétique ».
C’est le livre, en France, d’Henri Atlan, « La fin du tout génétique », (1999), qui déstabilisa le dogme comme système unique d'explication du vivant. Ce dogme repose sur l'emploi abusif d'expressions telles que « programme » génétique. H. Atlan aura montré en quoi le dogme central de la biologie moléculaire est faux et il soutient que l'importance des réseaux épigénétiques a été largement sous-estimée. Il jette ainsi les bases d'un nouveau paradigme des sciences de la vie de plus en plus accepté de nos jours. Aujourd’hui, de surcroît, avec la découverte des cellules souches dans la peau, le cerveau, le sein, l’intestin, le poumon, le muscle squelettique ou la prostate, cette camisole devrait être levée.
Jean-Pascal Capp, par exemple, développe, avec Jean-Jacques Kupiec, l’alternative qu'entre réductionnisme génétique et holisme fort, ils suggèrent un rôle stabilisateur des interactions cellulaires. « comme une alternative théorique entre facteurs génétiques et expression aléatoire des gènes et de l'influence tissulaire », le contexte tissulaire étant sous l’influence de l’environnement.
Pour Capp, « Cette théorie ne privilégie aucun niveau d'organisation car il résisterait à l'enchevêtrement des relations permanentes entre eux ».
En fonction de cette théorie hypothétique, toujours actuellement débattue par les sceptiques, nos interventions CEVOI en promotion de la santé (ou d’une nouvelle éducation fondée sur les sensations) devraient se présenter comme influence possible dans l'expression des gènes au niveau des interactions cellulaires. C'est ce que nous postulons lorsque nous observons le plaisir d'agir d'un bébé, la joie qui émane de lui lors de ses prouesses sensori-motrices, accompagné par des parents bienveillants. Nous renvoyons aux deux liens ci-dessous.
« L’enfant qui s’auto-applaudit »,
[https://www.zinfos974.com/%E2%80%8BL-enfant-qui-s-auto-applaudit_a160051.html]url:https://www.zinfos974.com/%E2%80%8BL-enfant-qui-s-auto-applaudit_a160051.html
et : « Dans un contexte de joie de vivre, le développement de l’enfant entraîne son développement ».
https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/dans-un-contexte-de-joie-de-vivre-le-developpement-de-l-enfant-entraine-son-developpement,92958?page=type_urls
Jean Jacques Kupiec et Jean Pascal Capp, dont on ne sait lequel influence l’autre, lèvent ce second verrou de « camisole de force » avec le livre de Kupiec : « Et si le vivant était anarchique ? », avec comme sous-titre : « La génétique est-elle une gigantesque arnaque ? », aux Éditions « Les liens qui libèrent », (2019).On peut aussi se reporter au lien ci-dessous.
La troisième camisole a été relevée dans les années post 1968 par le sociologue Gérard Mendel (1930-2004) qui avançait dans les années 1970 qu'il était urgent de « décoloniser l'enfant », s’attaquant au fondement de ce que Freud nomma le « Surmoi ».
Nous sollicitons Wikipédia pour rappeler l’apport de cet homme et l’actualité de ses travaux en 2021. On remarquera que les parents sont oubliés ou peut-être occultés du fait d’un contexte idéologique qui avait érigé la famille comme le « sanctuaire » d’une société libérale.
Depuis « Pour décoloniser l’enfant », (1971), Gérard Mendel a toujours été préoccupé par le vide laissé par la fin de la relation d’autorité comme modèle des rapports sociaux et par l’impossible retour de cette forme, aujourd’hui plus infantilisante que préparatoire à l’autonomie et à la responsabilité. Il a privilégié l’école, de la maternelle à la terminale, comme un des lieux d’application de sa méthode afin d’y installer l’apprentissage de la démocratie par le développement de la socialisation des jeunes, aussi bien entre eux qu’avec leurs partenaires enseignants. C’est à partir d’un dispositif aménagé pour ce lieu éducatif - le dispositif d’expression collective des élèves (DECE) sur leur propre vie scolaire - que se construit pour tous les élèves d’une même classe (et non plus pour les seuls délégués) une socialisation différente, « non-identificatoire » dans la mesure où elle se construit aussi dans les relations entre pairs : non plus seulement compétitive, individualiste et élitiste, mais davantage collective, égalitaire et solidaire.
Comme témoignage, nous avons récemment animé, Madame Danielle Amussat (Présidente du CEVOI) et nous-mêmes, des groupes de parole de parents migrants des îles proches désirant s’établir à La Réunion. Accueillis dans une préparation à l’adaptation à l’univers réunionnais, dans ces groupes il était fréquent de rencontrer des parents qui valorisaient les frappes et sévices corporels afin d'imposer aux enfants de « bonnes manières le plus tôt possible ». Ce fut l'occasion, en groupe, sans culpabiliser quiconque, d'évoquer progressivement d'autres références en suscitant des débats contradictoires tout en acceptant des avis divergents.
Oui le vivant humain peut souffrir d’un enchevêtrement d’inhibitions, de stases énergétiques de conflits épigénétiques à traduction physiologiques ou psychiques, de complexes psychologiques et stress multiples pouvant générer une morbidité qui affaiblit progressivement la vitalité innée, et cela sans qu’une pathologie apparaisse sur le court terme.
A l’heure où des scientifiques de laboratoire affirment que « les bébés sont de petits savants en herbe qui très tôt sont capables d’hypothèses et de les tester », nous sommes en mesure de proposer une alternative nouvelle, (avec la levée préalable de ces camisoles), pour promouvoir une autre éducation et une autre santé des enfants dès leur conception par la prise en toute conscience des parents eux-mêmes sollicitant leur intelligence émotionnelle et relationnelle à leur enfant.
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Danielle Amussat et Frédéric Paulus, CEVOI, (Centre d’Études du Vivant de l’Océan Indien), le 08/10/2021.


