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Trafic d'ecstasy : Beaucoup d'argent, du luxe, et finalement, beaucoup de prison

Ce ne sont pas moins de 12 prévenus qui étaient à la barre du tribunal correctionnel pendant deux jours pour répondre de faits en lien avec un trafic de stupéfiants. Fait rarissime à La Réunion, celui qui était surnommé le « boss », avait mis en place un atelier de fabrication d’ecstasy. La période de prévention s’étale du 1 janvier 2019 au 1er octobre 2020.
Ecrit par Régis Labrousse – le samedi 18 novembre 2023 à 06H25

Tout part d’un renseignement anonyme en 2019 qui est mis à profit par les policiers de Saint-Denis. On leur rapporte que Willy M., né en 1988, est à la tête d’un vaste réseau de stupéfiants depuis 2017. Il s’agirait d’ecstasy et de cocaïne. Une enquête est ouverte mais le début de la pandémie du Covid-19 ralentit considérablement le dossier. Après le confinement, les investigations reprennent. Les opérations d’écoute et de surveillance mettent en exergue l’existence d’un « bras doit » en la personne de Laurent P., né en 1993, et qui s’avère être le cousin de Willy M.
 
Le fait marquant de cette affaire se passe le 1er octobre 2020. En effet, l’info défraie la chronique de l’île. Une mule est interpellée sur le parking de l’aéroport de Gillot. Fait rarissime, elle est cueillie par les équipes de commissariat du Chaudron sous la direction du commissaire Jérôme Besse qui avait mis en place un dispositif particulier hors de sa zone de compétence. Trois personnes étaient interpellées dont une mule avec 180 grammes de cocaïne dissimulés dans une meule de fromage.
 
On sait aujourd’hui, qu’il s’agissait de Willy M., Laurent P., et Mathieu B., dans le rôle de la mule. Ce jour-là, Willy M., dit le « boss » était au volant d’une Audi S7, et Laurent P. au volant d’une Audi Q5. La mule était sortie de l’aérogare, avait placé la valise avec la drogue dans le Q5, puis était montée dans la S7 avec le « boss ». À peine avaient-ils eu le temps de démarrer, qu’ils étaient interpellés en flagrant délit par le commissaire Besse et ses équipes.

Ces interpellations vont ensuite permettre de mettre à jour le réseau 

Placées en garde à vue pendant 96 heures, les deux têtes de réseau étaient mises en examen puis placées en détention provisoire. La mule était sous contrôle judiciaire dans un premier temps avant de se retrouver placée en détention par la chambre de l’instruction. Ces interpellations vont ensuite permettre la mise à jour du réseau qui se compose, sous les deux principaux dirigeants, de distributeurs et de collecteurs.
 
Des perquisitions sont ordonnées durant lesquelles les policiers découvrent de nombreux indices laissant à penser à un trafic d'ampleur. Dans les deux logements de Willy M., sont trouvés 63 grammes de cachets d'ecstasy, une compteuse de billets, 350 sachets de conditionnement, des paquets de lactose, plus de 150 boîtes de Doliprane, de la poudre blanche en forte quantité, du colorant alimentaire et un pistolet Mauser 7.63 semi-automatique ainsi que des cartouches. Une troisième perquisition aura lieu à une troisième adresse qui s’avèrera « visitée » en pleine nuit avant l’arrivée des policiers, comme le montre la vidéosurveillance du voisin.
 
Les dernières interpellations se font en 2022, le dossier est bouclé puis renvoyé devant le tribunal correctionnel pour 12 personnes. L’audience s’est tenue ces 16 et 17 novembre 2023. À la barre, il n’y a pas moins de quatre prévenus de la famille des deux têtes de réseau en charge de la collecte des recettes. Les six autres font partie du réseau de distribution, selon le rôle qui leur est attribué par les enquêteurs. Tous comparaissent libres.

"Quand on achète du Doliprane à ce prix les clients ne restent pas longtemps"

Dans cette affaire, tout tourne autour d’un point crucial. En effet, le « boss » et son second, reconnaissent la fabrication d’ecstasy mais affirment qu’il s’agit de faux cachets à base de Doliprane, vendus 7 à 15 euros, soit bien en dessous des 15 euros habituels sur le marché réunionnais. À ce sujet, le président se montre plus que dubitatif : "Quand on achète du Doliprane à ce prix, les clients ne restent pas longtemps", souligne-t-il.
 
Quand les deux principaux protagonistes minimisent l’ampleur du trafic et surtout, les sommes générées par celui-ci, il finit par s’agacer et lance : "Vous ne pouvez pas nous prendre pour des lapins de six semaines pendant deux jours".
 
L’enquête met en avant des sommes générées par ce trafic comprises entre 750.000 et 1,150 million d’euros pour le « boss ». Alors qu’il percevait le RSA, il menait grand train : deux Audi, des voyages dans l'Hexagone, la réalisation d’un baptême estimé à 80.000 euros et 30.000 euros prévus pour assurer la présence de « Lacrim » à son mariage. Une somme de 16.000 euros de MDMA par mois achetés sur le continent ressort aussi de l’enquête.
 
Les gains de son cousin, selon une conversation interceptée, seraient de 4.000 à 5.000 euros par mois. Les petites mains, elles, étaient beaucoup moins bien payées. Quelques centaines d’euros par-ci par-là pour les collecteurs et jusqu’à 2.000 euros par voyage pour les mules. Les distributeurs se payaient vraisemblablement à la revente compte tenu des quantités astronomiques produites, ou par leurs consommations personnelles, plus quelques centaines d'euros pour le transport.  

Toujours est-il que l’argent s’est volatilisé

Pour la petite histoire, le pharmacien qui fournissait les Doliprane rapporte une livraison de 25.000 cachets. Il indique également que le « boss », s’était fait passer pour le président d’une association caritative afin de pouvoir les obtenir. Toujours est-il que l’argent s’est volatilisé, il n’a jamais été retrouvé par les enquêteurs.
 
Lors de ses réquisitions, la procureure n’hésite pas à parler de « production industrielle ». Elle définit « un réseau organisé où chacun a sa place avec un objectif purement financier, ou agissent des personnes chargées du transport, de la revente et de la collecte de l’argent ». Pour les trois prévenus « collecteurs », elle requiert des peines d'un an de prison ferme aménagé sous bracelet électronique. Pour les sept prévenus en charge du transport et de la revente, des peines allant de deux ans à quatre ans de prison sont requises assorties de quatre mandats de dépôt à l’audience. Pour Laurent P., et Willy M., cinq ans de prison et huit ans sont requis avec mandat de dépôt.
 
Il a noté que seuls cinq prévenus avaient fait le choix d’être défendus par des avocats. Les deux principaux protagonistes de ce réseau, se défendaient par eux-mêmes. Ils ont déjà purgé deux ans de détention provisoire. Après délibération, les trois collecteurs écopent d'un an de prison avec sursis simple. Les sept revendeurs écopent de deux à quatre ans de prison dont deux avec mandat de dépôt, certains ont déjà effectué de la détention provisoire. Laurent P., et Willy M. écopent de cinq et huit ans de prison. Ils repartent en détention trois ans et demi après les faits.

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