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Ti Guy mortellement poignardé au Bas de la Rivière: "Je ne l'ai pas vu et je ne me souviens de rien"

Les versions divergent sur les raisons qui ont poussé Jordan Delaisser à sortir les deux poignards dont il ne se séparait pas et donner des coups, dont un à Guillaume Cuvelier touché en plein coeur alors qu'il tentait de s'interposer. Légitime défense avant un passage à tabac ou réaction disproportionnée dans un contexte d'alcoolisation massive des protagonistes ? C'est ce que les juges de la cour criminelle vont devoir déterminer avant de rendre leur verdict ce mardi en fin de journée.
Ecrit par Isabelle Serre – le lundi 3 juillet 2023 à 20H39

Vêtu d’une ample chemise bleu ciel boutonnée jusqu’en haut, Jordan Delaisser assis dans le box des accusés fait preuve d’un grand calme. Jugé pour avoir mortellement poignardé Guillaume Cuvelier,  dit Ti Guy, le 6 juin 2020 dans le quartier dionysien du Bas de la rivière, il encourt 20 ans de réclusion criminelle. Ce lundi et jusqu’à ce mardi, cinq magistrats professionnels vont tenter de comprendre ce qu'il s'est passé avant de rendre leur verdict.

Interrogé sur les raisons qui l'ont poussé à commettre ce geste mortel, Jordan Delaisser, 33 ans, n’a aucune explication. "Je ne l’ai pas vu. Je ne me souviens pas lui avoir porté de coups" déclare-t-il après avoir demandé pardon à la famille. Une famille en souffrance qui a perdu un enfant de 25 ans et qui ne se contentera pas de ces maigres explications. "Depuis petit j’ai pas de père, j’ai pas de frère, j’ai appris à me défendre. Je vendais de la drogue et j’ai déjà été agressé. C’est pourquoi j'avais toujours mes couteaux sur moi" détaille le trentenaire. 

"J'ai pas d'explications"

A l'aube ce matin-là, des groupes s'étaient formés devant la boutique de la Place de la Tortue. Plusieurs couples revenaient d'une soirée au Chaudron et tous étaient alcoolisés. De son côté, Jordan Delaisser sortait de l'immeuble d'en face avec deux amis. "En traversant la place, Ti Guy m'a demandé si j'avais quelque chose à lui vendre. On a échangé un cachet d'ecstasy contre quelques euros et j'ai repris ma route" raconte l'accusé déjà condamné en 2018 pour des violences avec arme. C'est ici que les versions divergent. Sur la vidéo surveillance de la municipalité, on voit nettement Jordan Delaisser se diriger vers les rampes Ozoux. Soudain, il se retourne  et revient sur ses pas. 

"C'est à cause d'une cigarette que ça a dégénéré" confie à la barre Kevin S., une des victimes ayant reçu un premier coup de poignard qui le blessera légèrement. "J'ai pas le souvenir de la cigarette. Kevin a insulté Jordan qui s'est approché, a sorti ses couteaux et donné des coups dans tous les sens. J'ai essayé de le désarmer pour pas qu'il continue à poignarder Kevin" avance Samuel L. alors touché par la lame à l'abdomen et dont le pronostic vital a été un temps engagé après une opération chirurgicale en urgence au CHU de Bellepierre.

"Le quartier me rend responsable de ce qui s'est passé"

La présidente de la cour insiste auprès de Kevin. "Jordan vous avait publiquement insulté au Barachois quelques jours plus tôt. C'était quoi le problème entre vous ?". Le jeune de 29 ans se frotte les yeux et ne répond pas à la question. "Le quartier me rend responsable de la mort de Ti Guy". Ce dernier avait voulu s'interposer dans le déchaînement de violence. "J'étais au sol , j'avais reçu plusieurs coups au visage. Je saignais. Ils étaient tous autour de moi. J'ai frappé pour me défendre mais je n'avais l'intention de tuer personne" reprend Jordan Delaisser.

Le mis en cause s'était immédiatement rendu de lui-même au commissariat de Malartic pour éviter les représailles. C'est en garde à vue qu'il avait appris le décès de Ti Guy. "Quand on le lui a appris, il était très abattu" a témoigné la directrice de l'enquête.

A de nombreuses reprises pendant l'audience, la cour a projeté une partie de la scène immortalisée par caméras vidéo. Mais malheureusement, l'arbre très imposant situé au milieu de la place masque les moments clés qui auraient dû mettre tout le monde d'accord. Dans un contexte de rancoeur, Jordan Delaisser, insulté et frappé, a-t-il agi en légitime défense pour ne pas être passé à tabac ? Ou bien sous l'effet d'alcool et de substances a-t-il réagi de façon disproportionnée à un mauvais regard ou une remarque désobligeante ? C'est ce que les magistrats de la cour criminelle vont s'efforcer de déterminer.

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