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Terre de Verdun, obus allemands… L’histoire méconnue de la “Colonne de la Victoire” à Saint-Denis

Ecrit par P.M. – le mardi 11 novembre 2025 à 06H11
La "Colonne de la victoire" rend hommage depuis 1923 à tous les poilus de La Réunion.

On croit à tort qu’il s’agit du Monument aux morts de la ville de Saint-Denis. inaugurée en 1923, au cœur du chef-lieu, la “Colonne de la Victoire” rend hommage à tous les poilus réunionnais morts pour la France et porte sur elle des témoignages réels de la Grande Guerre.

Dès 1919, la France choisit de commémorer chaque année l’armistice. Le 11 novembre devient jour férié en 1922. 

La date s'est depuis enrichie d'une dimension plus large : elle ne rend plus seulement hommage aux morts de 1914-1918, mais à tous ceux tombés pour la France. Cérémonies au pied des monuments aux morts, gerbes de fleurs, minute de silence, Marseillaise, lecture de messages officiels… Dans chaque commune, même la plus petite, le rituel est immuable et tisse un fil entre les générations.
Au-delà des drapeaux et des uniformes, la journée est aussi un rappel en cette période trouble : la paix n’est jamais un acquis, mais une œuvre fragile, patiemment construite.


Un message que rappellera ce matin le préfet de La Réunion en posant une gerbe au pied de la “Colonne de la Victoire”, qui rend hommage depuis 102 ans aux poilus réunionnais de 14-18.

Collection de cartes postales réunies par J.-F. Hibon de Frohen (1947- )/Iconothèque de La Réunion.

Un monument souvent confondu

Le monument, inscrit au titre des monuments historiques depuis 2007, n’est pas comme on le croit à tort le monument aux morts de la ville de Saint-Denis, « c’est le Monument aux morts de la Première Guerre mondiale de La Réunion, celui de Saint-Denis est situé dans le quartier de la Petite Île », précise l’historien Jacques Dumora, spécialiste des poilus Réunionnais.

L’un des plus beaux de France à ses yeux et dont l’histoire est méconnue par bon nombre de Réunionnais alors que nous sommes des milliers à passer devant chaque jour.

De vrais obus allemands et un fragment de Verdun

Tout autour, les obus sont de vrais obus allemands ramenés du front, nous apprend l’historien. L’un aurait d’ailleurs disparu : « Dans les archives on apprend que l’on a fait entrer 9 obus mais il y en a 8 autour du monument ». Selon le passionné, les casques que l’on voit tout autour seraient également de « vrais casques Adrian, ensuite travaillés par le sculpteur ». Ceux portés par les soldats de la Grande Guerre.


Autre point méconnu : une urne en pierre, située côté mairie, contient « une parcelle de terre sacrée de France ». En l'occurrence un peu de la terre de Verdun, « la mère de toutes les batailles », glisse l’historien.

Les obus sont des obus allemands nous apprend Jacques Dumora.

Un monument “digne de tous”

Inauguré en 1923 au croisement de la rue de La Victoire (ancienne rue Royale, rebaptisée en 1918) et de la rue de La Compagnie des Indes, son rôle est d’honorer la mémoire de l'ensemble des poilus réunionnais de la Grande Guerre.

Comme le souligne le gouverneur de l’île de l'époque, le but est d’édifier un monument à la mémoire de l’ensemble des poilus de l’île, « un Monument colossal, digne de nous, à tous les Dionysiens, à tous les Saint-Paulois, les Saint-Mariens, à tous ceux qui ont quitté leur demeure, leurs petites cultures de manioc et de patates, pour aller au loin, dans des pays ignorés, dont ils n’avaient même jamais entendu parler, mourir ou défendre notre droit de vivre ».

Une urne contient un peu de terre de Verdun, "mère sacrée des batailles".

Choisi sur catalogue

Le Conseil général et les conseillers municipaux de toute l’île sont invités à participer au financement. Dans l’urgence, le Conseil général vote un crédit de 50.000 francs. Le Gouverneur de La Réunion demande dès avril des subventions et souligne « qu’il serait délicat que le budget de la Colonie doive s’en charger ».


Un concours est lancé par le Comité du Monument Commémoratif de la Grande Guerre dont le siège social se situe à l’Hôtel de ville de Saint-Denis. Initialement le projet était prévu plus proche du Barachois. La commande a donc été établie sur catalogue : « Les formes, les matériaux et les couleurs ont été précisément définis en des termes contractuels ».

Marbre de Carrare et granit

La colonne, haute de 15 mètres, est en granit blanc de Bécon-les-Granits dans le Maine-et-Loire et la figure symbolique de la Victoire ailée qui la couronne en marbre blanc de Carrare. Des bas-reliefs en bronze complètent le décor.

La dédicace reprend le modèle de la plupart des autres cénotaphes français de cette période : « 1914-1918. La Réunion à ses enfants héros de la Grande Guerre. Ils ont bien mérité de la Patrie ».


Exécuté en France à la fin du mois d’avril 1922 pour le prix de 86.000 francs, il fut transporté et remonté sur l’île en juillet 1923. « C’est au cours de la célébration du 14 juillet que la première pierre de l’édifice est posée en grande pompe. Les pierres sont bénies par Monseigneur l’Évêque ».


On rappelle alors que ce monument « doit bien être celui de l’ensemble de la population de l’île ».

Une symbolique antique et nationale

Le monument reprend la symbolique antique de l’obélisque : « La croix de guerre renvoie au caractère épique des soldats, à la bravoure, au courage ou à l’ardeur guerrière. Le coq gaulois est également présent pour incarner la patrie et ses vertus. Les palmes revêtent un caractère antique, symbole militaire de la victoire puisque les couronnes de lauriers évoquent la gloire du vainqueur ».

L’inauguration du Monument de la Victoire à Saint-Denis aura lieu le 23 décembre 1923 « le monument [est] inauguré, il [est] remis non pas à la ville de Saint-Denis, mais à la colonie, car ce n’est pas le monument de la ville de Saint-Denis ».

Sources : Revue Historique de l’Océan Indien n° 11, « Le Monument de la Victoire à Saint-Denis : enjeux mémoriel et politique », Pierre-Eric Fageol PRAG, Docteur en Histoire contemporaine CRESOI – OIES Université de La Réunion, Le Patrimoine de La Réunion (édition Hervé Chopin).

Etiquettes : 11 novembre | Histoire | Saint-Denis

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