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Stop ou encore ? La période de chasse au tangue contestée au tribunal

Ecrit par Thierry Lauret – le lundi 23 février 2026 à 18H45
Crédit photo : FDC 974

Après deux jugements et une ordonnance en sa faveur, l’association One Voice demande à nouveau la suspension de l’arrêté préfectoral fixant la période de chasse au tangue. La Fédération des chasseurs et la préfecture assurent pourtant avoir tenu compte des précédentes décisions de justice.

À peine lancée le 15 février dernier, la période autorisée de la chasse au tangue va-t-elle être suspendue par le tribunal administratif de La Réunion ? Ce lundi 23 février, les services de la préfecture et la Fédération départementale des chasseurs ont tenté de défendre le bien-fondé de la pratique de la chasse au tangue. Laquelle permettrait, selon la DEAL, de lutter contre le braconnage mais aussi de protéger les espèces indigènes et endémiques, comme le pétrel de Barau, contre les méfaits supposés du hérisson malgache.

L’association de défense de l’environnement One Voice, qui a engagé une procédure en référé pour demander la suspension de l’arrêté préfectoral du 9 février fixant les dates et les modalités de la chasse, fait valoir qu’aucune étude scientifique ne vient corroborer les affirmations des services de l’État, pour qui le tangue est une espèce nuisible, porteuse de maladies et à la capacité de dispersion illimitée.

L’avocat de One Voice, Me Younous Karjania, souligne que le tribunal a déjà délibéré en faveur de l’association lors d’une ordonnance en référé puis dans deux jugements sur le fond datant de novembre 2025, des décisions qui n’ont pas été contestées en appel. Au regard du principe de « l’autorité absolue de la chose jugée », la préfecture ne pouvait donc pas renouveler une période de chasse similaire à celle de 2024 (et de 2025) allant du 15 février au 15 avril, sans garantir par ailleurs la protection des femelles gestantes ou allaitantes et celle des jeunes spécimens.

« C’est la Fédération des chasseurs qui commande les services de l’État »

En novembre 2025, le tribunal avait jugé que la consultation publique précédant l’arrêté préfectoral était irrégulière au motif, notamment, que la préfecture avait repris à son compte les éléments fournis par un avocat de la Fédération des chasseurs et par sa directrice départementale Jane Cozette « sans les avoir révisés ni modifiés ». Produisant une copie certifiée d’une publication Facebook datant de novembre dernier, dans laquelle la Fédération départementale des chasseurs semble outrepasser ses prérogatives, ou encore un autre document, interne celui-là à la DEAL, dans lequel la présence de Jane Cozette prête à interrogation, Me Younous Karjania affirme que « c’est la Fédération des chasseurs qui commande les services de l’État ».

Lire aussi : Les arrêtés préfectoraux de chasse au tangue annulés par le tribunal

Le représentant de la DEAL explique avoir tenu compte des jugements du tribunal, puisque l’interdiction de prélèvement (jusqu’au 15 mars) des femelles gestantes ou allaitantes et des jeunes est spécifiée dans l’arrêté. Il ajoute que son intérêt premier porte sur la préservation de la biodiversité et la lutte contre les espèces exotiques envahissantes, dont le tangue fait partie.

« Le tangue peut avoir une trentaine de petits par portée, c’est une espèce qui ne creuse pas son propre terrier, mais qui va se nicher un peu partout. Il n’y a pas d’étude formalisée permettant de dire qu’il y a un déclin de la population », assure le représentant de la DEAL à la juge des référés. « Si l'espèce n'est pas menacée, comment est-on passé de 100.000 tangues prélevés en 2016 à 34.000 en 2024 ? », interroge l’avocat de One Voice, en se basant sur les chiffres fournis par les relevés des carnets de chasse.

« Une aberration » pour la Fédération des chasseurs

Me Romain Loubersac, avocat de la Fédération départementale, évoque « une aberration » pour décrire la position de One Voice face à la chasse au tangue, et notamment l’argument selon lequel les chiens, qui ne sont pas tenus de porter une muselière, ne sont pas capables de faire la différence entre une femelle allaitante ou pas. « Il n'y a pas de chien courant, c'est un chien d'arrêt qui est utilisé : son rôle est de sentir, il mène le chasseur au terrier et ensuite la sélection est faite par le chasseur. Les chasseurs ne sont pas les braconniers et on a du mal à comprendre que One Voice ne l'ait pas compris. Les braconniers sont les ennemis des chasseurs », clame la robe noire.

Celui-ci ajoute que le « caractère néfaste du tangue » est avéré par un arrêté ministériel de 2018 qui interdit son introduction dans le milieu naturel. La juge des référés devrait rendre son ordonnance d’ici mercredi 25 février, une journée censée être la cinquième autorisée à la chasse au tangue depuis l’ouverture de la période. Pour rappel, la chasse n’est possible que le mercredi, le samedi, le dimanche et les jours fériés.

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