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Faut-il craindre une augmentation de la population de tangues ?

Ecrit par T.L. – le vendredi 9 janvier 2026 à 06H31
Crédit photo : FDC 974

Des portées pouvant atteindre jusqu’à 32 petits, des effets néfastes sur l’écosystème du sol et la transmission potentielle de maladies comme la leptospirose : dans le cadre de sa consultation du public concernant la période 2026 de chasse au tangue, la préfecture insiste sur la nécessité de maîtriser la population de ce petit mammifère que beaucoup de Réunionnais apprécient cuisinés en civet.

Les amateurs de tangue ont déjà noté sur leurs tablettes les dates probables de la future période d’ouverture de la chasse. Selon un projet d’arrêté préfectoral, celle-ci pourrait être autorisée à partir du dimanche 15 février, en deux phases distinctes : durant la première, qui s’achèvera le 11 mars 2026, il sera « strictement interdit de prélever les femelles et les jeunes non sevrés identifiables par la présence de 5 bandes claires longitudinales. »

Une interdiction qui sera levée pour la seconde période d’ouverture de la chasse, du samedi 14 mars au mercredi 15 avril 2026. Point commun à ces deux périodes : la chasse ne pourra se dérouler que le mercredi, le samedi, le dimanche et les jours fériés.

Tout à chacun est libre de se prononcer sur ce projet d’arrêté sur la saison cynégétique 2026 en laissant un commentaire sur le site de la DEAL. Il faut dire que le sujet est sensible : si la consommation du tangue demeure une tradition pour de nombreuses familles réunionnaises, la pratique de la chasse au hérisson malgache, pratiquée avec des chiens, offusque aussi une partie de la population.

« Capacité de dispersion illimitée »

Le projet d‘arrêté de la préfecture s‘accompagne d’une note à destination du public visant à le convaincre du bien-fondé de la pratique de la chasse aux tangues. En s’appuyant à cet effet sur de nombreuses publications présentant le petit mammifère comme une espèce envahissante à la « capacité de dispersion illimitée ».

L’enjeu est important, alors que les services de l’État ont été sévèrement épinglés le 18 novembre dernier par le tribunal administratif de La Réunion. « Le préfet a autorisé la chasse au tangue entre le 17 février et le 14 avril 2024, c’est-à-dire à une période au cours de laquelle les femelles sont encore, pour certaines, gestantes, et pour de nombreuses, allaitantes, les petits étant encore dépendants de leur mère en l’absence de sevrage », relève notamment le jugement des magistrats, lesquels concluent à l’annulation de deux arrêtés préfectoraux réglementant la chasse au tangue.

Si les dates retenues pour la saison 2026 sont sensiblement identiques à celles récemment rejetées par le tribunal, la préfecture prend soin de justifier sa proposition d’arrêté en développant un long argumentaire centré sur la nécessité de contrôler une population à forte capacité de croissance.

Le tangue introduit en 1801 pour nourrir les esclaves

« S’agissant de la dynamique de population, le tangue est une espèce extrêmement prolifique, c’est le mammifère présentant les plus grandes portées au monde. Par de brefs calculs de bon père de famille, l’absence totale de chasse durant une seule année entraînerait plus d’un million d’individus en plus à N+3 », lit-on ainsi sur la note de la préfecture, sans qu’aucun élément ne vienne expliquer cette équation à plusieurs inconnues.

En préambule, la note d’accompagnement explique que « le tangue et principalement sa chasse, font partie du patrimoine culturel réunionnais. Cela se vérifie dans l’intention même de son introduction dans les différentes îles des Mascareignes, dont La Réunion en 1801, qui avait pour but de nourrir les esclaves dans les plantations. »

Mais « malgré son attrait culturel, le tangue n’en reste pas moins une espèce exotique et le mammifère présentant les plus grandes portées au monde, jusqu’à 32 petits observés à Madagascar (Nicoll, 1982 ; Nicoll and Racey, 1985) », apprend-on ensuite. Le document mentionne qu’aux Seychelles, le tangue est classé comme une espèce exotique envahissante et qu’à La Réunion, « il est suspecté d’entrer en compétition pour l’habitat avec les oiseaux marins qui nichent dans des terriers et d’exercer de la prédation sur les œufs et les poussins du Puffin du pacifique, espèce indigène de La Réunion, et du Pétrel noir de Bourbon, espèce endémique de l’île et en danger critique d’extinction (Faulquier et al., 2009 ; IUCN, 2024 b; Virion et al., 2021). »

« Un ravageur des zones agricoles et des zones maraîchères »

Autre grief porté au Tenrec ecaudatus, son nom scientifique, sa propension à perturber l’écosystème supérieur du sol en mangeant les fruits tombés à terre et en interrompant de ce fait le cycle de germination. « Cette action de fouille perturbe également la banque de graines et la faune invertébrée du sol », assure la note, qui ajoute que « le tangue est considéré comme un ravageur des zones agricoles et des zones maraîchères. »

Sur le plan sanitaire, le hérisson malgache serait potentiellement vecteur de graves maladies. « Le rôle du tangue dans la transmission de la bactérie Leptospira mayottensis, responsable de la leptospirose chez l'homme, a été établi (Gomard et al., 2022). Il existe quelques preuves de transmission de la rage par la morsure de cette espèce (Andriamandimby et al., 2013) », prévient la note de la préfecture.

De quoi changer l’opinion du public sur la chasse aux Tangues ? Pour partager son avis, la consultation sur le site de la DEAL est ouverte jusqu’au 20 janvier inclus.

Etiquettes : Tangue

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