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​St-Pierre : Ils séquestrent, violentent et laissent nu le mineur qui les vole

Ce jeudi, une dizaine de personnes ont été jugées dans une affaire de séquestration. En juillet 2020, un adolescent a été déshabillé et jeté dans le coffre d'une voiture lors d'un règlement de compte pour une histoire de vol de portefeuille. Après une longue audience, le délibéré a été renvoyé au 22 juin.
Ecrit par Gaetan Dumuids – le vendredi 12 mai 2023 à 08H17

Ce jeudi 11 mai 2023, dix prévenus comparaissent devant la barre du tribunal de Saint-Pierre. Albany et Emmanuel font face à des accusations d'enlèvement et de séquestration, Dimitri est jugé pour avoir commis des violences en réunion, Dorine est accusée de complicité d'enlèvement, Expédite est poursuivie pour avoir diffusé la vidéo de l'enlèvement, et cinq autres personnes sont également mises en cause pour n'avoir rien fait pour empêcher ces actes.

Tout commence le 6 juin, Emmanuel se rend à la gendarmerie pour déclarer un vol de portefeuille. Le colosse est dans un état de colère car il sait qui est l'auteur : un jeune mineur placé dans une famille d'accueil. Les gendarmes restent en alerte, car ils pressentent des représailles.

Les militaires interpellent Luc (prénom d'emprunt), le voleur, quelques jours après. Celui-ci reconnaît les faits et avoue une forme d'addiction au vol. Il assure regretter et vouloir rembourser celui qu'il a volé.

Le 10 juin 2020, Emmanuel a réuni un cortège de 3 voitures à la recherche de Luc. Ils le retrouvent dans une cité saint-pierroise. Emmanuel, de son impressionnant gabarit, attrape Luc pour le ramener dans la voiture. Au passage, Dimitri lui donne un coup de poing.

Une fois dans la voiture, c'est Emmanuel qui va avoir la main leste, d'autant plus que Luc ne va pas cesser de le provoquer. Ils ramènent ensuite l'otage devant un bar pour qu'il s'excuse à la propriétaire de l'avoir volé, ce qu'il fait. Mais le calvaire est loin d'être terminé.

Essence, gomme-cogne et réseaux sociaux

L'équipée sauvage s'arrête ensuite chez Albany, pourtant pas victime des vols de Luc. Mais lorsqu'il apprend que l'adolescent a volé sa soeur, qui est la compagne d'Emmanuel, il vrille totalement. Le mineur est forcé à rentrer par Albany dans le coffre de sa voiture. Il l'asperge d'essence et annonce aller chercher des allumettes. Finalement, il le sort du coffre. 

Luc est ensuite amené sur le parking d'une entreprise à Saint-Pierre. Le groupe est rejoint par Elvine. Elle n'a pas de compte à régler avec Luc, mais ne va pas se priver de lui faire du mal. Elle se saisit d'un gomme-cogne et lui tire dessus à trois reprises, dont un coup va lui toucher le ventre. L'otage est ramené à la cité de départ où il est déshabillé et frappé devant tout le monde, présenté aux témoins comme un voleur qui doit être puni. 

La scène est filmée sous les rires des participants. Certains racontent les coups qu'ils ont donnés à la victime. Emmanuel va alors appeler la famille d'accueil de Luc pour exiger 200 euros de dédommagements, sous peine de diffuser les vidéos et de s'en prendre à eux. Ils le ramènent devant chez lui, nu et le visage meurtri. Il déposera plainte quelques jours plus tard.

Chacun se déresponsabilise comme il peut

Face aux juges, Emmanuel déclare : "C'est pas bien ce qu'on a fait. Je regrette". Il jure ne pas savoir que Luc était mineur, même lorsqu'il a appelé sa famille d'accueil pour exiger de l'argent. Il assure n'avoir donné que quelques claques et avoir seulement voulu récupérer ses affaires volées.

Pourtant, les différents témoignages et les vidéos démontrent le contraire. Notamment sur le mobile, puisque les gendarmes lui avaient dit qu'ils avaient déjà interpellé le mineur et que ses affaires volées allaient lui être restituées.
Malgré les différentes preuves, il maintient n'avoir pas prémédité cette expédition punitive pour donner une leçon à la victime.

Malheureusement, pour Emmanuel, certains vont justifier leur participation par la peur que ce dernier suscite chez eux. Lui assure qu'il ne voulait que forcer Luc à s'excuser auprès des gens qu'il a volés, mais n'a forcé personne à se joindre à lui.

Parmi les prévenus, Expédite, la tante de la victime, a participé à cet épisode de violence en raison des problèmes qu'il lui a causés. Elle a envoyé une vidéo des violences à sa fille accompagnée d'un smiley amusé.

Étonnamment, ce sont les plus jeunes qui ont eu le plus conscience que quelque chose de mal se produisant. Ils étaient choqués de l'ambiance de fête qui régnait. "On aurait dit Noël", a expliqué l'un d'eux lors de son audition.

Après des heures de débats, la procureure a requis une peine de 3 ans de prison, dont deux avec sursis pour Emmanuel. Les peines varient de 4 mois à 2 ans pour les autres prévenus, à l'exception des plus jeunes pour lesquels des heures de travaux d'intérêt général sont demandées.

La décision a été mise en délibéré et renvoyée au 22 juin.

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