St-Leu: Guerre ouverte entre le gérant d'Hippopotamus et la SRPP

Jean-Thierry Bénard, gérant de la société Tamarins Portail SARL et co-gérant des restaurants Hippopotamusn, n'en démord pas, il est victime d'une "véritable magouille" de la part de la SRPP. Les faits remontent à décembre 2006 et l'histoire va virer au cauchemar. Jean-Thierry Bénard est à l'époque gérant d'une station-service Shell au Port - dans le giron de la SRPP - et décide de s'intéresser à la concession de service public des aires de services de la Saline-Aval et de Saint-Leu-Le Portail. Il se rapproche de la SRPP et de son directeur de l'époque, Philippe Durand, pour la définition d'une collaboration en vue de l'obtention de ces marchés. La SRPP et Jean-Thierry Bénard s'entendent pour que ce dernier réponde aux appels d'offres, avec comme fournisseur de carburant la SRPP. "On a travaillé, avec mon architecte, pendant 9 mois sur le projet pour répondre à la DSP (délégation de service public)", explique Jean-Thierry Bénard.
S'en suivent des échanges de courriers et des réunions de travail entre les services de l'Etat, la Région Réunion et les partenaires (CBO Territoria, mairies de Saint-Leu et Saint-Paul). Le 31 août 2007, Jean-Thierry Bénard dépose les "enveloppes scellées contenant les dossiers de consultation officiels" en son nom et en qualité de concessionnaire pour répondre à la DSP sur les aires de la Saline et du Portail auprès de la DDE. Des offres avec comme fournisseur de carburant exclusif, la SRPP. Si pour la zone de la Saline l'offre a été rejetée, pour la Zac du Portail elle a été retenue. C'est à partir de cette période que les problèmes vont commencer pour Jean-Thierry Bénard.
"Je me suis fait spolier"
"Ils se sont appropriés le projet", lâche-t-il. "Ils" ce sont les responsables de la SRPP de l'époque. Car, contre toute attente, ils informent Jean-Thierry Bénard le 8 novembre 2007 que la concession leur est attribuée.
Pourtant, dans le courrier signé du 30 août 2007 - accompagnant le dépôt de l'offre pour la DSP de la ZAC du Portail -, la SRPP est très claire: "Nous vous remercions d'avoir bien voulu retenir la candidature de la SRPP qui apporte son soutien technique à "Tamarin-Aval" et "Tamarin-Portail", ses partenaires, qui ont choisi d'investir en tant que concessionnaires sur les aires de service de la route des Tamarins", explique ce courrier signé conjointement par le directeur général de la SRPP, Philippe Durand, et Jean-Thierry Bénard, gérant des sociétés Tamarins Aval et Portail.
La SRPP, qui n'a jamais remis d'offre pour la Zac du Portail, en son nom propre, se voit malgré tout propulsée concessionnaire pour 25 ans. "C'est à ce moment que je me suis fait spolier", lâche amèrement Jean-Thierry Bénard.
"Après ça on m'a mis une pression horrible", explique-t-il. Constatant l'erreur manifeste sur l'attribution de la concession, Jean-Thierry Bénard cherche à avoir des explications auprès de Philippe Durand. Au lieu de lui assurer la concession, la SRPP va se contenter de "l'associer" au contrat pendant les 25 prochaines années.
"On lui a bien fait comprendre que cette solution n'était pas négociable", explique Me Frédéric Cerveaux, avocat de Jean-Thierry Bénard. "Il s'est retrouvé pieds et poings liés car M. Bénard était en contrat de location-gérance avec une station-service de la SRPP. Soit il acceptait, soit il dégageait", ajoute-t-il.
Obligé de s'engager dans les investissements
La SRPP se retrouve donc titulaire de la concession par les services de l'Etat "sans jamais avoir remis une offre pourtant obligatoire et incontournable à une telle obtention", souligne Me Cerveaux. De son côté, Jean-Thierry Bénard est engagé financièrement dans la ZAC du Portail - suite à la souscription de prêts nécessaires à la mise en oeuvre du contrat de concession - et entreprend les constructions immobilières et l'aménagement de la ZAC du Portail.
Pis, les plans retenus lors de l'attribution de la concession ont totalement changé et nécessité des investissements supplémentaires. "Des changements effectués sans que soit modifiée la DSP", peste Jean-Thierry Bénard. Par la suite, la SRPP va autoriser Jean-Thierry Bénard à se substituer à elle pour la réalisation des investissements nécessaires via trois sociétés : la Tamarins Portail Immobilier (ndlr : TPI pour la réalisation des investissements immobiliers), la Tamarins Portail Service (ndlr : TPS pour l'exploitation et la gestion de la station-service) et la Tamarin Portail Hippopotamus (ndlr : TPH pour l'exploitation et la gestion de l'activité restauration).
En tout Jean-Thierry Bénard va investir plus de 6 millions d'euros entre les aménagements nécessaires à l'édification de la station-service et du local de restaurant. "Dès le début de l'exploitation de la station-service, M. Bénard se rendra compte que les éléments économiques fournis par la SRPP pour la définition de son offre ne sont pas conformes à la réalité (…). Des pertes financières sont constatées (…). Asphyxié, M. Bénard va dénoncer ce montage bancal qui l'a placé dans une situation de dépendance totale vis-à-vis de la SRPP", explique Me Cerveaux.
La SRPP met fin à son contrat de gérance et demande son expulsion devant le juge des référés
Puis, la SRPP va tout d'abord mettre fin au contrat de location gérance avec la TPS suite à des "résultats non atteints", selon Me Cerveaux, en mars 2011. La logique selon l'avocat et son client aurait voulu que la SRPP s'attaque ensuite à la société TPH et son restaurant Hippopotamus de la Zac du Portail... La démarche a été payante, la SRPP ayant obtenu gain de cause devant le juge des référés. Ce dernier a rendu une décision d'expulsion, confirmée en appel début octobre. Pour cela la SRPP s'est appuyée sur le fait que Jean-Thierry Bénard n'avait pas le titre de concessionnaire.
Mais pas question pour Jean-Thierry Bénard de baisser les bras. Pour lui, sa société Tamarin Portail Service est la seule - à l'époque - à avoir déposé les offres pour cette DSP (voir plus haut le document). Jean-Thierry Bénard et son avocat ont décidé de porter l'affaire devant le tribunal administratif de Saint-Denis et le tribunal de commerce de Saint-Pierre. Devant le tribunal administratif, Jean Thierry Bénard a décidé d'attaquer la Région et l'Etat. Il veut faire annuler le contrat de concession de la ZAC du Portail.
Mais chose étrange, Jean-Thierry Bénard a fait une demande officielle auprès de la CADA (Commission d'accès aux documents administratifs) pour obtenir la totalité des documents relatifs à la DSP de la ZAC du Portail. "Tout a disparu que ce soit à la Région, du côté de l'Etat ou de la DDE. Qu'est-ce qui s'est passé à cette époque pour que l'ensemble des documents disparaisse mystérieusement dans la nature ?", s'interroge-t-il.
En attendant, la procédure au tribunal de commerce suit son cours. Jean-Thierry Bénard ne bougera pas de la ZAC du Portail et le restaurant Hippopotamus continuera de fonctionner normalement. Devant les tribunaux, il réclame désormais à la SRPP le remboursement intégral des investissements réalisés sur la ZAC du Portail, en plus des dommages et intérêts au titre de l'indemnité d'éviction. Un préjudice global établi à plus de 8 millions d'euros.
Le feuilleton judiciaire entre Jean-Thierry Bénard et la SRPP ne fait que commencer.


