SPL Estival : Un avenir incertain malgré un sursis de six mois ?

Une véritable bataille de chiffres s'annonce dans les mois à venir. Bien que la SPL Estival ait obtenu l'ouverture d'une troisième période exceptionnelle de six mois dans le cadre de son redressement judiciaire, elle n'est pas pour autant sortie d'affaire.
SPL Estival : Le redressement judiciaire prolongé de six mois
Lors de l'audience de ce mercredi, l'administrateur judiciaire, Me Langet, a présenté son rapport au tribunal. L'enjeu financier pour maintenir l'équilibre de la SPL Estival est clair : il faudrait un apport supplémentaire de 2,2 millions d'euros par an (contribution forfaitaire d'exploitation) pour permettre à la délégataire de service public en charge des transports en commun des six communes de la Cirest de continuer à fonctionner normalement.
« L'engagement de la Cirest pour préserver l'activité »
Cependant, du côté de la Cirest, le montant annoncé ne semble pas être retenu en l'état actuel du dossier. « Ma présence au tribunal visait à montrer la confiance et l'engagement de la Cirest pour préserver l'activité », explique en préambule Patrice Selly, maire de Saint-Benoît et président de la Cirest. Évoquant les prochaines négociations autour du nouveau "contrat in-house" (future délégation de service public, NDLR) avec la Cirest, il a mentionné à nouveau une enveloppe de 1,1 million d'euros, le même montant évoqué en octobre de l'année dernière. « L'objectif est d'avoir un nouveau contrat en octobre prochain pour présenter un plan de continuation et permettre de rembourser le passif de l'entreprise », poursuit-il. Un passif estimé à plus de 3 millions d'euros.
Ce nouveau contrat devrait également avoir des conséquences sociales. « Nous avons un contrat à négocier, un rapprochement à opérer avec les syndicats et les salariés. Il reste encore des variables dans la renégociation avec la Cirest. Il y aura éventuellement des efforts à faire du côté des salariés », ajoute Me Badat, avocat de la SPL Estival. Tous espèrent présenter un plan de continuation d'ici à la prochaine audience, prévue pour la fin novembre.
« Le plan présenté n'est pas ambitieux. Il ne sauvera pas la société. »
Dans la salle des pas perdus, les salariés et syndicats venus en nombre ont une lecture bien différente du problème. « Le plan présenté n'est pas ambitieux. Il ne sauvera pas la société », prévient Éric Talassia de l'Union Régionale 974. « Nous avons des doutes sur le plan de redressement, sur la suite de la SPL. Il va y avoir de la casse sociale si la Cirest ne met pas plus d'argent », ajoute Joseph Magdeleine, secrétaire de FO Transport. Pour eux, il n'est pas question de payer les pots cassés laissés par l'ancienne direction de la SPL. « Les salariés n'ont pas pris l'argent. Il a été dilapidé. » Éric Talassia s'appuie sur le récent rapport de la Chambre régionale des comptes de La Réunion pour étayer ses propos, tout en promettant une suite judiciaire : « Nous allons lancer une alerte économique. Il faut absolument ouvrir une enquête rapidement. »
Dans le cadre de la nouvelle DSP à venir, un autre point fait tiquer les syndicats. « Le coût au kilomètre est beaucoup trop faible », indique Sarah Lambert, représentante syndicale FO élue au CSE de la SPL Estival. Elle est revenue une nouvelle fois sur la nécessité de renégocier ce point, qu'elle juge insuffisamment avantageux pour la SPL (le prix au kilomètre est sous-payé, selon le syndicat, NDLR). « Il n'est pas possible de tenir avec un tel contrat. C'est une banqueroute organisée », fulmine-t-elle. Dans le cadre du nouveau compte d’exploitation prévisionnel (CEP) présenté en CSE mardi dernier, le coût au kilomètre a été arrêté à 7,66 euros. « Mais un audit financier a préconisé un coût compris entre 11 et 15 euros. On ne comprend pas la logique. Le compte n'y est pas. Nous n'avons plus confiance. »
Plan social inévitable ?
D'autres points de friction sont à venir. Alors que les syndicats avaient obtenu de l'inspection du travail la revalorisation de leur point d'indice, représentant une enveloppe financière de plus de 670.000 euros pour la SPL – soit l'équivalent des économies réalisées par la baisse des salaires dans le cadre de l'amorce de la restructuration –, cette revalorisation a été dénoncée par la direction au 1er juillet. L'accord devra être renégocié. En attendant, la direction de la SPL pourra compter sur une entrée financière inattendue, le remboursement par l'administration fiscale de 861.000 euros de crédit de TVA.
En tout état de cause, le calcul est simple : d'un côté, l'administrateur judiciaire demande un effort de 2,2 millions d'euros à la Cirest au titre de la contribution forfaitaire d'exploitation. De l'autre, la Cirest ne propose aujourd'hui que 1,1 million d'euros. Un écart financier qui risque de trouver sa solution par la possible mise en place d'un plan social, au grand désarroi des 122 salariés de la SPL Estival.


