Solidarité avec Mayotte : les initiatives se multiplient dans l'Ouest

Particuliers, entreprises et associations sont sur le pied de guerre depuis le premier jour. À Saint-Leu ou Saint-Paul, les collectes de vêtements ou de premières nécessités s'organisent, même si la question de l'acheminement vers Mayotte reste encore floue.
« On a déjà reçu pas mal de choses et ça arrive tout le temps », souligne Florence, de la boutique Chez Odette et Gisèle en centre-ville de Saint-Leu. Dans la réserve, couches, lait en poudre, produits d'hygiène et boîtes de conserve commencent à prendre un peu de place « mais on a encore de l'espace. Les gens déposent aussi dans le commerce voisin, donc pas mal de gens viennent donner », poursuit la commerçante.
Au même moment, Emmanuelle pousse la porte du magasin les bras chargés de dons. Si les vêtements sont collectés ailleurs, notamment dans les magasins de la chaîne Superpolygonne, « On a déjà fait tourner un mail au travail pour rassembler des dons donc je vais sans doute revenir bientôt. Là, j'ai surtout déposé des kits d'hygiène, mais aussi des alèses et de la nourriture », poursuit la donatrice. Le fruit de cette collecte sera ensuite versé à l'association Hyppocampe. Lancés par le militant saint-leusien Karim Juhoor, les dons se multiplient depuis que les premières images de l'île aux parfums sont parvenues jusqu'à La Réunion.
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« On est passé par toutes les émotions »
Au Port, la solidarité est aussi à l'ordre du jour. À l'appel de la Délégation de Mayotte à La Réunion, dépendant du Conseil départemental de l'île aux parfums, plusieurs associations se sont fédérées pour couvrir tout le territoire. Pour l'Ouest, c'est la FSCOI Ouest (Fédération solidarité communautés océan Indien) et l'ASC (association sportive et culturelle) de la rivière des Galets. « Là, on va déposer des vêtements à des femmes dialysées à Clinisud. Elles sont arrivées à La Réunion sans affaires », explique Bibi-Fatima Anli, la présidente de la FSCOI.
L'objectif de cette territorialisation de l'aide vise aussi à « être des référents identifiés pour encourager la mobilisation autour de nous », poursuit la présidente. Avec ses parents à Mayotte, cette mobilisation est aussi une mission personnelle. « Ils sont dans le Sud, mais c'est encore la partie la plus isolée même si elle semble moins touchée. On a réussi à savoir qu'ils vont bien grâce à des connaissances dans le village, mais je n'ai toujours pas entendu le son de leurs voix. Si on se mobilise, c'est aussi car ce sont nos proches qui sont là-bas. On est passé par tous les états depuis le cyclone. Dès qu'on a mis un téléphone sur les réseaux, les gens nous appelaient pour avoir des nouvelles de leurs proches. Aujourd'hui ça va beaucoup mieux. En regroupant les demandes par villages ou quartiers, on peut recouper les informations sur l'état de chacun, mais ça reste dur », poursuit Bibi-Fatima.
Des Réunionnais solidaires
Depuis le début de la collecte, les dons ne manquent pas. « On est débordé. Je vais encore récupérer des colis et la dame m'a dit de ramener une camionnette », plaisante Dhikrati Anli, la sœur de Bibi-Fatima et présidente de l'ASC-RDG. « Même si on ne peut pas contraindre les gens à donner des choses plutôt que d'autres, on encourage plutôt le don de denrées alimentaires et de kits d'hygiène. On va essayer de mieux communiquer pour cibler les besoins. Et surtout, on préfère se référer à la Délégation qui est en lien avec les élus de là-bas », demande Dhikrati.
Cette opération a reçu le soutien de la mosquée du quartier, qui sert aussi de relais pour la collecte. « La vraie question, c'est comment les choses vont se passer dans les prochains jours, avant que les bateaux arrivent », s'agace Mahramoudou Souffou, le président de l'association du lieu de culte. Les images de la distribution d'une boîte de thon et de sardines avec une bouteille d'eau font réagir ce dernier. « Il va vite falloir distribuer plus de nourriture avant qu'on voie des tensions, comme avec le carburant ».
Si les choses commencent à bouger, l'annonce de la demande d'un certain nombre d'enseignants qui souhaitent être rapatriés sur l'île ou dans l'Hexagone met en colère Bibi-Fatima. « C'est vraiment mal perçu. On aimerait beaucoup accueillir nos familles, nous aussi, mais l'option n'est pas sur la table. Pour les autres, qui ne sont pas profs, comment fait-on ? On les laisse dans les ruines de leurs maisons ? », demande la Portoise. Cette dernière enfonce aussi le clou concernant la gestion de l'après-cyclone par l'État. « Si on se mobilise comme ça, c'est qu'on n'a pas été rassuré par son action. Cela commence enfin à arriver, mais après combien de temps ? ».
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