Sécurité sociale : la Cour des comptes alerte sur un risque de crise de liquidité dès 2027

Dans sa synthèse 2025, la Cour des comptes tire la sonnette d’alarme sur l’état des finances sociales. Alors que le déficit s’aggrave, les capacités d’emprunt sont sous tension et l’agence qui gère la trésorerie n’exclut plus une crise de liquidité à brève échéance.
« Une trajectoire des comptes sociaux hors de contrôle » : c’est le constat sans appel dressé par la Cour des comptes dans son dernier rapport sur l’application des lois de financement de la sécurité sociale. Le déficit des régimes obligatoires de base et du Fonds de solidarité vieillesse (FSV) a atteint 15,3 milliards d’euros en 2024, un dérapage de 4,8 milliards par rapport aux prévisions. Et la situation ne fait qu’empirer : pour 2025, le déficit bondirait à 22,1 milliards, avec une projection à 24,1 milliards en 2028.
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La Cour relève que « le point de bascule est atteint dès 2025 », c’est-à-dire que la capacité de financement de la Cades, l’organisme chargé d’amortir la dette sociale, est désormais dépassée. Conséquence directe : c’est l’Acoss, bras armé de la sécurité sociale pour la trésorerie, qui absorbe la dette nouvelle. Une situation dangereuse. « Le niveau de dette croissant qui pèse ainsi sur l’Acoss contrevient à la mission de cette agence », insiste la Cour, qui ajoute que cela « conduit à un risque de plus en plus sérieux de crise de liquidité » pouvant survenir dès 2027.
Ce scénario noir s’explique par plusieurs facteurs : d’abord un ralentissement des recettes – moins de TVA, moins de cotisations sociales – et des hypothèses trop optimistes sur la croissance ou la masse salariale. Ensuite, une dépense qui continue de s’emballer, en particulier dans la branche maladie. En 2024, celle-ci porte à elle seule 90 % du déficit (13,8 milliards). L'Ondam, censé encadrer les dépenses de l'assurance maladie, a été dépassé pour la quatrième année consécutive.
Face à cela, les mesures d’économie annoncées – 5,2 milliards d’euros en 2025 – sont jugées « d’un montant sans précédent » mais reposent sur des bases fragiles. La Cour souligne que l’« efficacité des dépenses doit être fortement améliorée » et appelle à des réformes structurelles pour retrouver une trajectoire crédible.
Parmi les pistes évoquées pour éviter un défaut de paiement : prolonger la durée de vie de la Cades au-delà de 2033. Mais là encore, les magistrats financiers préviennent : « Une telle mesure ne résoudrait pas le problème de fond résultant de la dégradation continue des soldes de la sécurité sociale. »
Le message est clair : sans correction rapide et vigoureuse, le système social français pourrait buter sur ses propres limites de financement, non pas dans un avenir lointain, mais d’ici deux ans.
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