Cour des comptes : la dépense publique française en "roue libre"

La Cour des comptes tire la sonnette d’alarme sur la dégradation rapide des finances publiques françaises. Après une année 2024 marquée par un déficit public record de 6 % du PIB, 2025 s’annonce cruciale pour éviter un décrochage durable par rapport aux autres économies européennes.
Le constat est sans appel. Dans son rapport thématique sur les finances publiques début 2025, la Cour des comptes dresse un tableau inquiétant : le déficit public s’est creusé de 20 milliards d’euros en 2024 pour atteindre près de 175 milliards d’euros, soit 6 % du PIB. Ce niveau, proche de celui enregistré en 2021, annule les maigres progrès réalisés depuis la sortie de la crise sanitaire et place la France en décalage total avec ses voisins européens, qui ont amorcé une réduction significative de leurs déficits.
En 2023 déjà, le déficit s’était établi à 5,5 % du PIB, bien au-delà des prévisions. Mais la situation s’est encore aggravée l’année suivante. Ce dérapage s’explique par plusieurs facteurs, à commencer par des recettes fiscales décevantes. La TVA et l’impôt sur les sociétés ont rapporté nettement moins que prévu, notamment en raison d’une révision à la baisse de la croissance. En parallèle, les dépenses publiques, jugées en "roue libre" par la Cour des comptes, ont continué d’augmenter, sans les mesures d’urgence liées aux crises sanitaire et énergétique pour en justifier le coût.
La dérive des dépenses des collectivités locales a joué un rôle clé dans cette détérioration. L’absence de mécanismes de contrôle ou de participation au redressement budgétaire a laissé libre cours à une hausse incontrôlée des dépenses de fonctionnement. Les administrations sociales, de leur côté, ont également dépassé les objectifs, notamment sous l’effet d’une revalorisation des retraites basée sur l’inflation passée et d’un marché du travail en détérioration qui a creusé les comptes de l’Unédic.
2025 : un redressement sous contrainte
Face à cette situation, l’année 2025 s’annonce déterminante. Le gouvernement s’est fixé un objectif de déficit de 5,4 % du PIB, mais ce redressement repose quasi exclusivement sur des hausses de prélèvements obligatoires, sans réel effort d’économies structurelles. Certaines des hausses prévues, comme la remontée de la taxe intérieure sur la consommation d’électricité (TICFE), sont présentées comme temporaires, ce qui reporte une partie de l’effort sur les années suivantes.
Selon la Cour des comptes, cet ajustement limité pourrait s’avérer insuffisant. Si le plan budgétaire et structurel à moyen terme (PSMT) est respecté, il faudrait réaliser un effort d’ajustement de 110 milliards d’euros d’ici 2029 pour ramener le déficit sous la barre des 3 % du PIB. Mais en cas de scénario moins favorable, où seulement la moitié des efforts serait réalisée, la dette publique pourrait dépasser les 125 % du PIB en 2029 et atteindre 130 % dès 2031.
Une crédibilité en jeu
Cette situation fragilise la position budgétaire de la France au sein de l’Union européenne. Seule grande économie de la zone euro à ne pas envisager de retour proche sous le seuil des 3 % de déficit, la France voit son ratio de dette stagner à des niveaux élevés. La charge de la dette, qui pourrait devenir le premier poste de dépenses publiques d’ici 2029, représente un autre sujet de préoccupation majeur. En 2025, les intérêts de la dette atteignent déjà près de 59 milliards d’euros, un chiffre en constante augmentation sous l’effet de la hausse des taux d’intérêt.
Dans ce contexte, restaurer la crédibilité des engagements budgétaires devient une priorité absolue pour éviter une explosion incontrôlée de la charge de la dette. La Cour des comptes appelle à un ajustement rigoureux et durable, qui devra toutefois préserver le potentiel de croissance à long terme et ne pas accentuer les fractures sociales.


