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Secours en montagne : la Cour des comptes préconise une facturation des interventions et des sanctions "des comportements à risques"

Ecrit par Gignoux Sébastien – le mardi 3 mars 2026 à 06H11
Photo PGHM (DR)

A l’occasion d’une enquête pour le Sénat sur l’organisation du secours en montagne, la Cour des comptes remet sur le tapis une préconisation qui fait débat et souvent évoquée à La Réunion : la facturation des interventions.

L’engouement populaire pour les activités de montagne en France s’est accompagné, ces dix dernières années, d’une augmentation considérable du nombre d’intervention de secours : + 44 % depuis 2015. Des interventions souvent héliportées, et donc coûteuses : en moyenne, 10.780 euros par secours, soit 107 millions d’euros pour l’année 2024, précise la Cour des comptes dans un rapport d’enquête destiné à la commission des finances du Sénat publié le 11 février dernier.

Outre la flambée des interventions et des coûts associés, notamment sur l’emploi de vecteurs aériens, les magistrats financiers déplorent "la concurrence entre services" et "un manque de cohérence dans l’organisation et l’implantation des unités." En France hexagonale, les secours sont gérés par le PGHM, le CRS montagne, le SDIS ou le SAMU, qui se retrouvent parfois en concurrence sur certains territoires.

"Tensions résiduelles" avec le SDIS

Un constat qui ne concerne pas directement La Réunion, où cette activité est une compétence exclusive du Peloton de gendarmerie de haute montagne, accompagné des moyens aériens de la section aérienne de la gendarmerie. Il y a bien quelques "tensions résiduelles" avec le SDIS qui dispose d’un GRIMP (groupe d’intervention en milieu périlleux), mais ces situations sont "relativement rares", notent les magistrats financiers.

La Cour souligne en revanche que 15 % des alertes sont passées via le numéro à dix chiffres du PGHM, alors que ce dernier "n’est plus supposé être utilisé." "Si une telle organisation permet des gains de temps", reconnaît la Cour, "elle aboutit aussi à des difficultés dans la centralisation des informations et peut occasionner des interventions en doublon. Aussi, une meilleure intégration du CODIS ainsi que son information systématique à la réception de l’appel et a posteriori est nécessaire", remarquent les magistrats.

Les secours en hausse de + 42 % à La Réunion en six ans

Cela dit, La Réunion n’est pas exempte de la hausse massive des interventions constatée au niveau national : de 548 en 2018, on est passé à 776 interventions en 2024, soit une augmentation de 42 % sur la période. Ce qui la place au 2e rang des PGHM de France en termes d’activité, derrière celui de Chamonix.

On apprend au passage que les secouristes du PGHM de La Réunion sont parmi les plus "rentables" de la gendarmerie, avec 60 interventions en moyenne par secouriste, quand la médiane se situe à 22 interventions.

La Réunion n’échappe donc pas à cette question des coûts et aux enjeux de financement que la Cour des comptes souligne, compte-tenu de l’attrait massif que représente la montagne, notamment une activité trail largement démocratisée. Aussi, les magistrats financiers recommandent, à l’horizon 2027-2028, une rationalisation des dispositifs, une prévention accrue, mais aussi une remise en cause du principe de gratuité des secours.

La gratuité remise en question

En effet, alors que le coût moyen d’une intervention a bondi de 55 % par rapport à 2012, la Cour des comptes considère "légitime de remettre en question le principe de gratuité des secours en montagne, aujourd’hui en vigueur et fondé juridiquement, et qu’une réflexion doit être engagée en vue d’une évolution". 

S’inspirant de certains voisins européens, la Cour suggère trois scénarios de facturation totale ou partielle. Celui d’une facturation des secours pour des situations ou publics spécifiques (organisateurs de compétition, requérants étrangers, domaines skiables...), un système "à l’italienne" avec une tarification encadrée selon l’activité ou le type d’intervention ou enfin un modèle "à la suisse ou à l’autrichienne", avec un système assurantiel et une facturation, totale ou partielle, des secours.

Une remise en cause du principe de gratuité des secours qui devrait encore faire débat dans les prochains mois. La Cour des comptes recommande enfin une évolution de la réglementation "pour sanctionner plus aisément les comportements à risque et les recours abusifs aux services de secours", dans le cadre de ce qu’on appelle notamment "les interventions de confort."

Lire aussi : Blessures, chutes, noyades, disparitions… la randonnée en montagne ne s’improvise pas

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