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Scandale des “outre-mères" : Enceinte de son 5e enfant, “ma mère avait subi un avortement et une stérilisation forcés”

Ecrit par Prisca Bigot – le mercredi 28 mai 2025 à 14H20

Solange est la fille d'une des “30 courageuses de La Réunion”. Parmi des milliers, ces femmes avaient eu la force de porter plainte contre les médecins qui avaient pratiqué un avortement et une stérilisation sans leur consentement dans la clinique du docteur Moreau à Saint-Benoit dans les années 60.

Sans le travail de la réalisatrice Jarmila Buzkova, qui a mis en lumière le scandale des avortements et stérilisations forcés dans les années 60 à La Réunion, Solange n'aurait jamais su ce qui était arrivé à sa mère. “ J'ai appris l'histoire par le biais de la réalisatrice du film qui m'a appelée un jour pour savoir si je connaissais monsieur et madame Sery”. La mère de Solange, soutenue par son mari, avait trouvé le courage de porter plainte.

Lire aussi : Avortements forcés à La Réunion : le scandale des "Outre-mères"

"Elle souffrait du dos"

Nous sommes dans les souvenirs de Solange en 1966 ou 1967. La famille habitait à l'époque à Saint-Denis. Solange avait 10 ans. Son père travaillait dans un cabinet d'architecture et sa mère s'occupait des enfants. “Elle souffrait du dos”, se rappelle Solange. “Elle est allée chez le médecin et s'est retrouvée à Saint-Benoit. Quand elle est revenue, ma mère avait subi un avortement et une stérilisation forcés”.

Une déchirure que sa mère a gardée pour elle. “J'avais le sentiment qu'il se passait quelque chose, mais sans savoir réellement, parce qu'à l'époque on ne racontait pas aux enfants. Je savais qu'elle était enceinte, mais on nous avait juste dit que le bébé n'avait pas survécu, pas qu'elle avait subi un avortement”.

"Une aberration calculée et organisée"

Plus de 50 ans après le procès, “une mascarade d'après ce que j'ai vu dans le documentaire”, Solange déplore que cette “page noire de La Réunion” soit si peu connue. "On ne l'apprend pas dans les livres d'histoire", observe Solange.

“Faire avorter des femmes sans leur accord, c'est cruel. Ça a été une aberration calculée et organisée, on peut dire”, résume-t-elle le scandale qui a touché des milliers de femmes réunionnaises. “Ces femmes ont souffert dans leur chair et dans leur cœur”.

Quelle réparation ?

C'est ainsi que Solange a accepté de témoigner dans le film "Les 30 courageuses de La Réunion, une affaire oubliée" qui raconte comment, dans un contexte anti-nataliste dans les Outre-mer, des actes chirurgicaux pourtant illégaux à l'époque ont été commis par des médecins. Pour Solange, elle-même mère de deux enfants, “il faut en parler pour ne pas oublier, pour que ça ne se reproduise pas”. En parler même en famille. “Ce n'est pas un sujet tabou. Nous sommes les victimes”.

Pour autant, Solange reste dubitative sur la question de la réparation. “Les enfants de la Creuse, on en a beaucoup parlé et pourtant les victimes sont toujours en vie et quand je vois ce qui s'est passé, je suis dégoûtée pour eux”.

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