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Avortements forcés à La Réunion : le scandale des "Outre-mères"

Ecrit par S.F – le mercredi 28 mai 2025 à 14H23
Outre-mères Le scandale des avortements forcés à La Réunion Sophie Adriansen & Anjale Vuibert

Plus de cinquante ans après le scandale des avortements forcés à La Réunion, les victimes attendent toujours reconnaissance et réparation.

En 1971, à La Réunion, trente-six femmes portent plainte après avoir subi des avortements et des stérilisations forcés à la clinique de Saint-Benoît, dirigée à l'époque par le docteur David Moreau. Elles sont loin d'être les seules victimes : des milliers de femmes réunionnaises auraient été concernées, à une période où l'avortement était encore considéré comme un crime en France. Malgré les plaintes, ces victimes n'ont jamais obtenu réparation.

Lire aussi : Des femmes réunionnaises victimes d'avortements et de stérilisations contre leur volonté


Le cas d’une victime fait éclater l’affaire


C’est grâce au témoignage poignant d'une jeune fille de 17 ans originaire de Trois-Bassins que l'affaire éclate en 1970. Souffrant d'une grave hémorragie due à un avortement mal réalisé, elle est examinée par le docteur Roger Serveaux, médecin généraliste et président de la Croix-Rouge. Celui-ci décide d’alerter les autorités judiciaires et dépose plainte contre X.


Un procès controversé mais pas de justice pour les victimes

Après plusieurs mois d’enquête et d’instruction, un procès est organisé, visant trois médecins et un infirmier de la clinique orthopédique de Saint‑Benoît accusés de « manœuvres abortives ». Les peines prononcées vont de deux ans d’emprisonnement avec interdiction temporaire d’exercer à la relaxe pure et simple. David Moreau, directeur de l'établissement et également maire de Saint-Benoît ainsi que vice-président du Conseil général, est reconnu civilement responsable mais échappe à toute sanction pénale.
Paradoxalement, seules deux des nombreuses femmes plaignantes recevront une compensation, non pas pour elles-mêmes, mais pour leurs maris, considérés comme les seuls lésés par la perte des fœtus.


Tombées dans l’oubli


Cette affaire, longtemps restée dans l'oubli, a été remise en lumière par des travaux de recherche, des documentaires et ouvrages rappelant la gravité de ces violences médicales et l’urgence de reconnaître les victimes.

En 2017, Françoise Vergès publie " Le Ventre des femmes : Capitalisme, racialisation, féminisme ", livrant une analyse critique des politiques reproductives françaises dans les DOM. L’ouvrage met en évidence les politiques de stérilisation et d'avortement forcés, souvent pratiqués sans consentement, sous prétexte de lutte contre la "surpopulation” dans les Outre-mer et notamment à La Réunion.


Marquée par cette lecture, l’écrivaine Sophie Adriansen s’empare du sujet. En collaboration avec l’illustratrice réunionnaise Anjale, elle publie un roman graphique, "Outre-mères, Le scandale des avortements forcés à La Réunion", construit comme une enquête autour du personnage fictif de Lucie. Cet ouvrage rappelle avec force l’importance du devoir de mémoire.


Parmi les femmes victimes, estimées à des milliers, peu ont vu leur identité rendue publique. L'une d'elles, Mme Robert, a témoigné à visage découvert dans le documentaire Les 30 courageuses de La Réunion, une affaire oubliée, réalisé par Jarmila Buzkova. Mme Robert y a raconté avoir été opérée pour une appendicite, mais s'être réveillée avec son enfant retiré sans son consentement.
Les autres plaignantes, pour la plupart des femmes noires ou d'origine indienne, souvent pauvres et illettrées, ont témoigné anonymement ou sous pseudonyme.


Toujours aucune reconnaissance officielle

Depuis le procès de 1971, les victimes attendent toujours une véritable reconnaissance officielle et des réparations. Malgré des révélations médiatiques régulières et des tentatives politiques, comme celle en 2018 d'une trentaine de députés réclamant la création d'une commission d'enquête parlementaire, aucune initiative n’a abouti à ce jour.


Aujourd’hui encore, malgré ces témoignages et ces initiatives parlementaires, le scandale des stérilisations et des avortements forcés à La Réunion n'a pas encore reçu de reconnaissance juridique ou de réparation officielle. Les victimes attendent toujours une reconnaissance pleine et entière de ces violations de leurs droits fondamentaux.

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