Sainte-Rose : la fraude dépasse le million d’euros

La commune a voté hier son budget primitif, plombé par les lourds détournements opérés par son ex-directeur financier. Sans remettre en question les chantiers et actions déjà engagés, Michel Vergoz ambitionne de redresser les comptes dès cette année, au prix d’économies et d’une réorganisation dont le DGS, Philippe Admeth, fait les frais.
Devant une salle du conseil municipal comble – hormis les sièges de l’opposition, restés vides depuis quasi le premier jour de la mandature – c’est un Michel Vergoz offensif qui a mené les débats hier. Une seule grosse affaire à l’ordre du jour : le vote du budget primitif, arrêté à 29,6 millions d’euros, dont 16,3 millions en fonctionnement et 12,8 millions en investissement. Un budget plombé par les détournements opérés par l’ancien directeur financier, Florent Colibry.
Une bombe dont l’ampleur et les véritables contours n’ont été révélés que récemment. Première étape : la publication en janvier dernier par la Chambre régionale des comptes (CRC) de son rapport sur la gestion communale depuis 2017. Si elle salue un haut niveau d’investissement (le plus élevé par habitant à l’échelle régionale), la juridiction financière appelle dans le même temps la commune à « renforcer la qualité de ses comptes » afin de « limiter les risques avérés qu’elle peut rencontrer en matière de gestion ». Une mise en garde prémonitoire.
La CRC met alors en lumière un premier détournement de près de 60 000 euros opéré par l’ancien responsable via quatre factures fictives pour la livraison d’équipements de restauration scolaire, entre juillet 2023 et février 2024. Des équipements jamais livrés, car ils n’ont tout simplement jamais existé. Les services techniques n’avaient soumis aucun besoin pour cette commande et le service de restauration scolaire n’a jamais réceptionné lesdits équipements. « La commune a ainsi mandaté des factures d’équipement sans aucune contrepartie », indique le rapport.
Des virements sur le compte de son épouse
Comment une telle fraude a-t-elle pu durer si longtemps sans être détectée ?
Embauché en 2018, l’ancien directeur financier avait également la main sur la présentation des comptes, qu’il a réussi à maquiller au fil des années.
L’alerte viendra de la Direction générale des finances publiques (DGFip) lors d’un contrôle, en mai 2024. Un mandat avait été réglé sur un compte bancaire ne correspondant pas à celui de la société émettrice. Le RIB utilisé s’est avéré différent de celui enregistré sur les factures initiales. « L’examen du règlement des factures litigieuses a permis de constater que les références bancaires avaient été falsifiées et que les virements ont été effectués vers les comptes d’une autre entreprise ainsi que de particuliers, dont l’épouse du responsable financier », précise le rapport.
Le contrat du DGS non renouvelé
Sans attendre, l’ancien directeur financier a été licencié sans préavis ni indemnités et deux plaintes ont été déposées par la commune pour escroquerie et détournement de fonds publics, en juillet et septembre 2024. Le responsable du service informatique a quant à lui été mis à pied à titre conservatoire, en attendant sa comparution devant le conseil disciplinaire du Centre de gestion (CDG), prévue le mois prochain.
Le directeur général des services, Philippe Admeth, n’est pas épargné. Michel Vergoz a annoncé hier que son contrat ne serait pas renouvelé à l’issue de son détachement, fin août. La mairie s’est rapprochée de sa commune d’origine, Saint-Benoît. Le maire déplore « ne pas avoir été alerté » sur ces dérives à haut niveau.
Mais les mauvaises surprises ne s’arrêtent pas là pour la ville. Un audit réalisé par un cabinet d’expertise indépendant a réévalué, fin février, le montant total de la fraude à 671 000 euros, répartis sur 111 mandats frauduleux. Un chiffre communiqué lors de la présentation des orientations budgétaires de la commune, la semaine dernière.
Et ce n’est pas tout : une « surchauffe » de près de 700 000 euros a également été constatée au sein des dépenses à caractère général, passées de 2,3 à 3 millions d’euros l’an dernier. En croisant certaines factures, la fraude dépasse désormais le million d’euros.
Une Mercedes achetée sur un faux projet de réhabilitation
Parmi les mandats frauduleux : l’achat de deux fourgons jamais livrés pour un montant de 55 000 euros, ou encore l’acquisition d’une Mercedes « grand luxe » achetée pour 155 000 euros sur les bases d’un mandat portant sur la… réhabilitation du plateau noir de Piton Sainte-Rose. Un marché totalement fictif, monté de toutes pièces par l’ancien responsable financier.
Le maire dénonce une défaillance du contrôle externe, pointant notamment le service de gestion comptable (SGC) de Saint-André, mais aussi les concessionnaires impliqués.
Depuis la révélation du scandale, la mairie prône la « transparence » et a mis en place des mesures pour sécuriser les finances. Aucun euro ne sort désormais de la ville sans avoir été visé par le maire. Il a notamment signé une facture la semaine dernière pour un montant de… cinq euros de piles.
Une nouvelle plainte dans les tuyaux
Michel Vergoz vise un retour à l’équilibre financier d’ici la fin de l’année. Il a appelé hier ses services et élus à « ouvrir les robinets au juste débit ».
« C’est un coup de frein, pas un stop. On ne va pas nous arrêter comme ça », martèle Michel Vergoz, dénonçant un « coup de patte dans le dos, mafieux, de la part d’escrocs en culotte courte. Mais je vais faire face (...) Nous allons chasser les coupables et leurs complices. » La commune envisage de déposer une nouvelle plainte pour recel de détournement public concernant la fameuse Mercedes.
Le retour à l’équilibre s’effectuera sans hausse des impôts, reconduits aux mêmes taux hier, « sans rien retirer aux acquis de nos agents communaux et sans stopper les chantiers en cours, notamment dans les écoles de Piton. Nous compterons d’abord sur nous-mêmes », assure le maire. Le chèque carburant est également reconduit. La mise en route de nouveaux chantiers est en revanche mise en pause.
Ce jeudi, les maires de l’Est ont rendez-vous avec la DGFip à la Cirest. Le ton risque de monter autour de la table.



