Saint-Denis : à la Sodiparc, des bus (hybrides) et des abeilles

Installer des ruches au cœur d’un dépôt de bus, en pleine zone urbaine et industrielle, c'est possible. Au Chaudron, à Saint-Denis, la Sodiparc a installé six ruches en collaboration avec Bee Run Apiculture qui entend rappeler que la biodiversité ne se limite pas aux espaces naturels. Une trentaine d'autres sociétés de l'île ont déjà passé le pas.
Six ruches ont récemment été installées sur le site de la Sodiparc, au Chaudron, en partenariat avec l’association Bee Run Apiculture. Comme une trentaine d’autres entreprises de La Réunion, le transporteur urbain a choisi d’intégrer un rucher à son environnement de travail, dans une démarche mêlant sensibilisation, observation environnementale et engagement écologique.
« Bee Run Apiculture est une association qui existe depuis bientôt cinq ans et qui œuvre pour préserver la biodiversité réunionnaise, en particulier autour de l’abeille pays », explique Thomas Raas, cofondateur et chargé de mission de la structure. « Une de nos principales activités consiste à installer des ruches en entreprise. Aujourd’hui, nous avons une trentaine de sites sur l’île, pour environ quatre-vingt ruches.»
Des abeilles aussi à l’aise en ville
La présence d’abeilles dans un environnement urbain dense n’a, selon l’association, rien d’exceptionnel. « Une abeille peut aller butiner à au moins un kilomètre et demi autour de la ruche. Même en zone urbaine, elle va trouver de la disponibilité alimentaire et du nectar », souligne Thomas Raas. « Finalement, sur des sites comme Saint-Denis, les ruches peuvent très bien se développer. »
Fraîchement installées sur le site du Chaudron, les colonies devront encore être observées dans le temps. « On espère qu’elles vont bien se porter, et on va le découvrir progressivement », précise-t-il.
Au-delà de la production de miel, l’objectif principal reste la sensibilisation. « Notre idée n’est pas d’avoir le plus de ruches possible, mais de toucher le plus grand nombre de personnes, notamment en entreprise », insiste Thomas Raas. Bee Run Apiculture mène également des actions auprès des écoles, des hôpitaux et du grand public.
Le miel produit sur site est majoritairement destiné à l’entreprise d’accueil. « La majorité des miels générés sur site reviennent à l’entreprise, dans des quantités sur lesquelles on s’engage », indique-t-il. Les surplus issus d’autres ruchers sont revendus afin de financer les actions associatives.

La ruche comme sentinelle environnementale
À la Sodiparc, l’installation du rucher répond aussi à une logique d’observation de l’environnement. « L’idée était d’avoir des sentinelles de la qualité de l’air », explique Gérard Françoise, PDG de la Sodiparc. « Nous avons appris que les abeilles pouvaient jouer ce rôle de bio-indicateur. »
Le projet a été construit avec un bureau d’études afin de réunir les conditions nécessaires à l’implantation du rucher sur un site industriel et commercial. « Nous sommes à une cinquantaine de mètres d’un espace naturel (la ravine du Chaudron NDLR), tout en étant en pleine zone urbaine. L’objectif est de pouvoir analyser la qualité de l’air », précise le dirigeant.
À terme, le dispositif pourrait être étendu. « Aujourd’hui, nous avons quatre ruches, et prochainement huit nouvelles seront installées, notamment sur le parking du Grand Marché, en plein centre-ville de Saint-Denis », annonce Gérard Françoise.

La consommation électrique de 60 foyers
L’installation du rucher s’inscrit dans une stratégie plus large portée par la Sodiparc. Le même jour, l’entreprise a inauguré une centrale photovoltaïque sur la toiture de son siège. La production est équivalente à la consommation de 50 à 60 foyers, selon l'entreprise. D’autres équipements sont prévus, notamment des ombrières photovoltaïques sur le parking du site.
Sur le plan du transport, la société poursuit le renouvellement de son parc. « Plus de la moitié de nos bus sont aujourd’hui hybrides », précise Gérard Françoise. Un bus 100 % électrique est également en circulation depuis l’an dernier, même si son autonomie reste contrainte par les spécificités climatiques locales. « À La Réunion, environ 60 % de la batterie est utilisée pour la climatisation, ce qui empêche pour l’instant une exploitation sur une journée complète », explique-t-il.
La Sodiparc affirme néanmoins son choix en faveur des mobilités collectives. « Il faut arrêter de dire que les transporteurs sont des pollueurs. Plus les gens prennent le bus, moins il y a de véhicules individuels. Le transport public participe à la décarbonation », défend le dirigeant.

Un appel aux entreprises
Pour Bee Run Apiculture, l’expérience menée au Chaudron montre que l’installation de ruches est possible dans des contextes très variés. « Il faut un site sécurisé, mais en zone urbaine, il n’y a pas de contre-indication », rappelle Thomas Raas. « Et c’est bien un miel produit à Saint-Denis. »
Le message est passé aux autres entreprises réunionnaises : en ville ou en forêt, les abeilles peuvent trouver leur place.


