Revenir à la rubrique : Faits divers

Saint-André : un couple de Thénardier faisait vivre un enfer à une enfant de 12 ans

Ecrit par Eric Lainé – le vendredi 12 décembre 2025 à 06H10

Coups de manche à balai, brimades, privations et humiliations… C’est le régime d’exception auquel était soumise une enfant de 12 ans au sein du foyer familial par sa propre mère et son beau-père. Un couple qui a respectivement écopé de 18 mois de prison avec sursis probatoire et de deux ans de prison ferme. L’improbable récit d’un calvaire qui s’est étiré tout au long du mois d’octobre 2025.

Léa (1) était battue, humiliée et désemparée au point d’avoir des idées suicidaires comme l’indique une lettre retrouvée dans sa chambre. C’est dans ces conditions que cette jeune Saint-Andréenne de seulement 12 ans, a fini par se confier au Conseiller principal d’éducation (CPE) puis à l’infirmière de son collège au début du mois de novembre. Une enquête a immédiatement été ouverte par la police. Et le couple, composée de la mère et du petit père de cette gamine à peine entrée dans l’adolescence, s’est retrouvé en garde à vue.

L’ambiance sous le toit familial est devenue détestable après que la mère ait donné naissance à son troisième enfant, issu du couple nouvellement formé avec Vincent G., lui-même père de deux enfants. L’événement, qui aurait dû amener de la joie au sein de la famille recomposée, s’est mué en cauchemar pour Léa.

Incontinente, elle doit laver son petit linge à la main sur une roche

Car parallèlement à l’arrivée du nouveau-né, sa mère n’a pas supporté les soubresauts liés à l’entrée de sa fille dans l’adolescence. Les disputes fleuries de noms d’oiseau et d’expressions bien gratinées se sont soldées par des claques et des coups de savate de la part d’une mère excédée par le poids d’une maternité naissante. Parallèlement, la détresse de Léa est d’autant plus exacerbée qu’elle souffre d’une maladie plutôt rare qui se manifeste par d’ingérables incontinences.

En plus des brimades et des violences, Léa a droit à un lot de petites et de grandes humiliations. Elle est contrainte de se retrancher seule dans sa chambre. Quand les autres enfants regardent la télé, confortablement installés sur la banquette du canapé, elle est obligée de rester assise à l’écart sur une petite chaise de camping. Quand elle souille bien involontairement ses dessous, elle n’a pas accès à la machine à laver. Elle a pour ordre de laver ses sous-vêtements à la main sur un morceau de roche à l’extérieur de la maison.

Des gifles en plein visage et fouettée avec une branche

Excédée, la mère finit par confier l’éducation de Léa à son compagnon. Les choses se gâtent pour elle. Car il emploie la manière forte. Il lui distribue des gifles en pleine figure. Parfois aussi, il s’empare d’un morceau de branche pour la fouetter. Le point d’orgue de cet infernal huis clos familial se déroule le 4 novembre dernier.

Prise de court, Léa dissimule sa culotte souillée dans sa chambre. Vincent G. s’en aperçoit. Il s’isole dans la chambre avec la gamine pour l’interroger. Elle se rebelle en parole. Il l’insulte puis la frappe. Pas avec les mains ou un fouet de substitution comme d’habitude mais avec le manche en bois d’une pelle.

Le manche à balai se brise sur elle

Les coups pleuvent sur sa cuisse gauche mais aussi sur un bras qu’elle place en protection. Vincent G., un grand gabarit, tape comme un sourd au point de briser le manche en bois. A la barre, le couple n’en mène pas large. La mère, sous contrôle judiciaire, avoue avoir été dépassée par les événements. A demi-mots, elle reconnaît avoir perçu que sa fille était battue par son compagnon. Mais elle n’a rien fait pour l’en empêcher. Et puis elle aussi admet avoir levé la main sur Léa.

La présidente rapporte le souhait de sa fille : « Je veux continuer à voir ma maman car je l’aime. » La mère esquisse quelques sanglots qu’elle s’empresse d’étouffer. Pour sa part, Vincent G. reconnaît « les gifles et les coups » tout en minimisant sa responsabilité : « J’ai fait beaucoup d’efforts mais elle était fatigante et l’école appelait sans cesse sa mère. »

Auxiliaire de vie et tortionnaire d’une gamine

« Elle avait des problèmes éducatifs. Pensez-vous que votre comportement pouvait lui venir en aide ? », poursuit la magistrate. Le prévenu répond par la négative, l’air penaud. Il indique qu’elle était « un peu rejetée ». Comme d’habitude, le tribunal s’intéresse au parcours personnel des prévenus.

Les magistrats découvrent stupéfaits que Vincent G. est auxiliaire de vie auprès de personnes âgées et/ou handicapées. « N’est-ce pas en contradiction d’aider les gens dans un cadre professionnel alors que vous frappez une enfant à la maison ? », interroge la présidente. « Ce n’est pas bien », concède le prévenu, un brin fataliste.

Des condamnations ponctuées de séjours en prison

Surprise encore quand le tribunal constate que Vincent G. a un casier judiciaire auréolé de dix condamnations. Il y a des délits routiers sur fond d’alcool à répétition qui témoignent d’une addiction pour laquelle il est toujours en soins. Ce qui ne l’a pas empêché d’être éméché quand il a été arrêté par la police pour les violences sur sa belle-fille.

Surtout, Vincent G. a été condamné en 2016 pour vol avec violence. Puis, en 2020, il a écopé de quatre ans de prison dont 18 mois avec sursis pour des violences volontaires avec enlèvement et séquestration. Sorti de prison en mai 2022, il a replongé pour escroquerie et abus de confiance. Cette fois, il est sorti de détention pas plus tard que le 6 janvier 2024.

« Votre employeur sait que vous avez un tel casier judiciaire ? »

Face à un palmarès aussi éloquent, les juges paraissent sidérés qu’il soit en charge de personnes vulnérables. « Pour qui travaillez-vous en tant qu’auxiliaire de vie ? », s’inquiète la présidente. « Pour une société qui fait de la sous-traitance pour les hôpitaux », explique Vincent G. « Votre employeur sait que vous avez un tel casier judiciaire ? », insiste la présidente. « Oui car il m’a demandé le bulletin numéro 2 de mon casier judiciaire sur lequel il y a toutes mes condamnations », précise le prévenu. Un ange passe dans la salle.

L’avocate mandatée par l’Arajufa pour représenter Léa fait l’amer constat qu’elle « est une enfant de 12 ans dont le seul tort est d’être vulnérable car elle souffre d’une incontinence. Au lieu de lui offrir un cadre stable et sécurisant, ils l’ont rendue responsable de ses problèmes », déplore-t-elle.

« Quel parent peut infliger tout ça à une enfant de 12 ans ?

Même si la prévention court sur un peu plus d’un mois, le conseil atteste que les violences durent depuis plus d’un an. « Quel parent peut infliger tout ça à une enfant de 12 ans ? Ce comportement est inhumain. » conclut-elle avant d’implorer le tribunal d’entendre sa voix.

Le substitut du procureur rappelle que « l’enfance est une période précieuse qui fait grandir un enfant en quête de sécurité physique et psychologique. Ce qu’il n’y avait pas dans cette famille ». La magistrate précise que la petite fille a eu 10 jours d’ITT et que le beau-père est en état de récidive.

« Le couple a réagi par la violence en reproduisant des schémas… »

La magistrate requiert 30 mois de prison ferme avec un maintien sous mandat de dépôt à son encontre. Pour la mère, inconnue de la justice, elle réclame deux ans de prison avec sursis probatoire. En défense, l’avocate parle d’une « famille dépassée par la situation qui a cherché de l’aide auprès de médecins ». Une tentative infructueuse qui aurait conduit le couple « à réagir par la violence en reproduisant des schémas… »

Finalement, Vincent G. a écopé de deux ans de prison ferme et sa compagne de 18 mois de prison avec un sursis probatoire de deux ans. Il lui est fait obligation de recevoir des soins, de trouver un travail, d’indemniser la victime et de suivre un stage parental. Elle s’est engagée à ne plus vivre avec Vincent G. et de vivre aux côtés de ses enfants. Si possible avec Léa qui reste pour l’heure en foyer d’accueil.

Etiquettes : Saint-André | Tribunal

Dans la même rubrique

0💬
Tri :