Rififi au comité de la ligue moto sur fond d'affaire de mœurs

En novembre dernier, le numéro 2 du comité directeur de la ligue moto de La Réunion a été définitivement condamné pour agression sexuelle sur mineure de plus de 15 ans. L'arrêt de la cour d'appel de Saint-Denis et le ministère des sports dans une mesure de police administrative ont fait obligation à Pascal R. de ne plus entrer en contact avec des mineurs. Une affaire qui crée des tensions au sein de la ligue...
Une affaire de mœurs provoque de sérieux remous au sein de la ligue réunionnaise de moto, présidée par Samuel Rivière. Restée longtemps secrète, elle a d'abord été portée à la connaissance du ministère des sports, de la jeunesse et de la vie associative. Celui-ci a été informé par la justice de la condamnation en correctionnelle de Pascal R., premier vice-président de la ligue et dirigeant du club A.P.S.C Magma, à six mois de prison avec sursis pour agression sexuelle sur mineure de plus de 15 ans, en décembre 2023. Cette peine s'est accompagnée d'une interdiction d'entrer en contact de manière habituelle avec des mineurs pendant cinq ans et l'intéressé a naturellement été inscrit au Fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes (Fijais).
Caresses intimes
Lors d'une soirée d'anniversaire en octobre 2021, l'homme de 58 ans a profité de la fatigue passagère d'une jeune fille de 17 ans pour la rejoindre alors qu'elle était seule dans une pièce, allongée sur un canapé. Sous prétexte de la réconforter, il lui a prodigué un massage sur le nez avant de glisser ses doigts sur son cou puis de jouer avec ses oreilles. Il lui a ensuite caressé avec vigueur un sein à travers ses vêtements. Les dénégations du mis en cause ont été jugées “peu crédibles” par les magistrats au contraire de la version de la victime dont les déclarations ont été précises et constantes tout au long de l'enquête.
Interdit de contact avec les mineurs par “jeunesse et sport” et la justice
Alerté, le ministère des sports et de la jeunesse - très attentif à cette problématique et qui a d'ailleurs nommé, il y a presque un an, un agent dédié aux questions de violences sexuelles envers les mineurs à La Réunion - a réagi en prenant une mesure de police administrative. Le 11 juin dernier, Pascal R. a ainsi été suspendu pendant une période de six mois de ses fonctions au sein de la ligue, mais aussi du club dont il assure la présidence. Si cette sanction générale est limitée dans le temps, le ministère précise qu'elle est “sans limitation de durée” à l'égard des mineurs.
Pour sa part, Pascal R. a fait appel de sa condamnation judiciaire. Il a été de nouveau jugé par la chambre des appels correctionnels de Saint-Denis en septembre dernier. L'arrêt rendu le 14 novembre 2024 a confirmé la décision prise en première instance. Elle devient donc exécutoire. Entretemps, l'intéressé a continué d'exercer ses fonctions de président de club et “de participer fin 2024 à plusieurs manifestations comme le Super Motard de Saint-Paul et de tenir son rôle de Team manager pour son club”, précise un membre de la ligue.
Comme d'autres personnes du comité directeur, mais aussi des dirigeants de clubs, il a été abasourdi en prenant connaissance du premier courriel de la fédération. Depuis, des voix s'élèvent. Plusieurs passionnés de compétitions moto ne comprennent pas “pourquoi le président Samuel Rivière a laissé faire son premier président quand bien même il est proche de lui”.
Le courriel qui a mis le feu aux poudres
Chronologiquement, la Fédération Française de Motocyclisme (FFM) a été alertée de la sanction administrative du ministère des sports et de la jeunesse le 24 décembre dernier avant qu'elle adresse il y a un mois un courriel à l'intéressé, mais aussi à la ligue et au premier chef à son président, sous la signature de son directeur général.
Le message porté est clair :
“Cette mesure de police administrative vise vos missions d'encadrement lors d'épreuves, d'entraînements ou toute autre activité en lien avec le sport motocycliste lorsque des mineurs y participent, ainsi que toute interaction que vous pourriez avoir avec ce public cible dans le cadre de vos fonctions de dirigeant de moto-club ou de tout autre mandat lié au sport motocycliste”.
Le courriel de la fédération fait dire à plusieurs interlocuteurs interrogés par Zinfos974 que le président de la ligue moto ne pouvait pas ignorer ce qui se passait. “C'est dommage que M. Rivière ait tout fait pour que ça ne se sache pas et qu'aucune mesure au plan local n'ait été prise pour faire appliquer les sanctions”, déplore un autre motard averti et impliqué dans le milieu de la compétition depuis des dizaines d'années. “Il ne faut pas oublier qu'il y a énormément de mineurs dès l'âge de 7-8 ans qui participent au cross et au Super motard, des jeunes garçons, mais aussi des jeunes filles. Il lui est donc impossible de ne pas entrer en contact avec des mineurs que ce soit en tant que vice-président de ligue ou président de club. Pour moi, cette sentence l'empêche d'exercer de telles fonctions à 100%”, pointe-t-il.
“Le président de la ligue a fait la sourde oreille”
Un autre cadre dirigeant est affligé “qu'un des officiels de la ligue soit frappé d'une telle interdiction alors qu'il fait partie d'une organisation par essence proche de mineurs et qu'il continue de côtoyer des enfants”. Il rappelle qu'il a pris “une part active aux manifestations de la ligue en fin de saison et qu'il est sur les plannings de l'année 2025”. Et de préciser : “Il est mentionné dans les règlements comme directeur de course dans les deux premières compétitions officielle de l'année.” Il s'agit de la compétition d'endurance de cross tout terrain de Ravine-à-Malheur du 9 février et de la première manche du championnat de motocross du 2 mars prochain.
Comme d'autres, ce membre du comité directeur estime que “le président de la Ligue a fait la sourde oreille”. Passionné de sports mécaniques, il redoute que “cette affaire mette la discipline en danger quand la préfecture l'apprendra”. Il n'est pas faux de préciser que le code de procédure pénal stipule que “la violation ou la simple tentative de violation d'une interdiction d'exercer une activité professionnelle ou bénévole impliquant un contact habituel avec des mineurs peut être punie de trois ans de prison et de 45.000 euros d'amende”.
“Il aurait dû m'informer dès qu'il a été sanctionné”
Pour recueillir le positionnement de la ligue et comprendre l'absence de réactivité que certains dénoncent, Zinfos974 a contacté le président Samuel Rivière. Celui-ci indique avoir été “averti pour la première fois de la situation de Pascal par un courrier de la Fédération en date du 10 janvier 2025” alors qu'il se trouvait “en vacances en métropole”. Samuel Rivière a alors envisagé d'attendre son retour le 20 janvier pour en parler avec son premier vice-président sachant, dit-il, qu'il “n'y pas d'activité avant le mois de février”.
Depuis, les deux hommes se sont vus pour en parler. Le président dit avoir pris pleinement la mesure de l'affaire dont il n'avait jamais été alerté auparavant. Samuel Rivière ne cache pas son embarras sachant que son plus proche collaborateur au sein de la ligue ne lui ait jamais rien dit. “Il aurait dû m'informer dès qu'il a été sanctionné par la justice. Je l'ai d'ailleurs dit à Pascal. Comme je n'étais pas au courant, je n'ai donc pas pu réagir, car je ne lis pas dans une boule de cristal”, indique-t-il. Il reconnait encore qu'il ne l'aurait “pas mis premier vice-président en mars 2024 s'il m'avait parlé de ça”. Il entend par “ça” la condamnation en correctionnelle de Pascal R pour agression sexuelle sur mineur de plus de 15 ans intervenue dès décembre 2023, synonyme d'épée de Damoclès au-dessus de sa tête quant à l'interdiction déjà prononcée par la justice de ne plus entrer en contact avec des mineurs.
“Je ne vais pas officier cette saison”
Samuel Rivière, qui se dit “droit dans ses (mes) baskets”, annonce qu'une assemblée générale extraordinaire se tiendra prochainement pour entériner le retrait de son premier vice-président. Il précise encore que Pascal R ne sera “pas directeur de course” le 9 février à Ravine-à-Malheur. Et jusqu'à nouvel ordre. Néanmoins, il explique que les choses pourraient changer ultérieurement “s'il arrive à faire une demande pour effacer l'interdiction de son casier judiciaire”.
Joint également au téléphone, Pascal R estime qu'il s'agit d'une “affaire personnelle." “Ça me pénalise et je suis en train de régler ce problème”, poursuit-il. Par contre, comme tout au long de la procédure, il n'en démord pas : “Je n'ai rien à me reprocher.” Et de préciser : “Je suis quelqu'un de tactile, je joue souvent avec les oreilles, mais je n'ai pas touché ses seins.”
Vis-à-vis de la ligue, il laisse entendre qu'il a été transparent : “Je ne me cache pas, j'assume, mais j'ai attendu les documents définitifs du tribunal.” Le futur ex-premier président confirme qu'il va se mettre “en marge” de ses activités à son club et à la ligue. “Je ne vais pas officier cette saison”, clarifie-t-il. Il espère que cette mesure ne sera “pas définitive”. Il compte entamer des démarches “pour demander d'enlever mon inscription au Fijais”.
Aux dernières nouvelles, la Fédération française de motocyclisme, embrayant à un deuxième courriel du ministère des sports et de la jeunesse, a envoyé un message encore plus clair à la ligue et à Pascal R pour signifier que ce dernier a “interdiction stricte d'occuper tout poste de direction au sein d'un moto-club et/ou d'un organe déconcentré de la FFM”.


