Réponse à Richard Yung

Vous avez adhéré au PSU en 1968. Le hasard d’une formation dispensée par Peuples et Cultures m’avait amenée à Grenoble, alors fief de l’étoile montante Michel Rocard, en juillet 68. Cette rencontre avec le bouillonnement d’idées et la générosité qui animaient la jeunesse occidentale à cette époque fit naître en moi une sympathie pour les partis de gauche en général et la gauche française en particulier.
Vous avez adhéré au parti socialiste en 1974. Vous étiez de cette génération de Français qui aspirait alors à changer le monde et dans laquelle les jeunes des ex-colonies, dont j’étais, voyaient des partenaires potentiellement plus justes et plus fraternels que leurs aînés. Quelles désillusions !
Votre courrier paru dans le Quotidien de La Réunion du 04 juillet 2011 est une illustration supplémentaire de l’hypocrisie dont peut être capable un élu socialiste, donc de gauche, dont l’attachement présumé aux valeurs républicaines est vite oublié dès lors que vous quittez les frontières de l’Hexagone. Il est vrai que vous êtes actuellement en campagne auprès des électeurs français de l’étranger. Et que tout peut vous paraître permis pour être réélu. Y compris les mensonges et les demi-vérités - qui sont pires que les mensonges - pour donner aux Réunionnais une description totalement faussée de ce qui se passe à Madagascar.
Comment vous, qui êtes un parlementaire, pouvez-vous absoudre d’une simple phrase - "Il est exact que ce processus (de prise de pouvoir par Rajoelina) n’a pas respecté la Constitution et prête à critique. Mais ceci s’est passé il y a deux ans et demi et l’on ne voit pas que l’on puisse revenir en arrière"- un coup d’Etat suivi de la suspension des députés élus ainsi que de vos homologues sénateurs malgaches ?
Comment pouvez-vous cautionner par un mensonge grossier, en leur accordant une représentativité qu’elles n’ont pas, ce que vous appelez "des institutions de transition" alors que vous savez fort bien que les mouvances Ratsiraka, Zafy et Ravalomanana n’y sont représentées que par quelques dissidents non mandatés par leurs mouvances respectives ?
Comment pouvez-vous justifier le fait que l’on interdise au citoyen Ravalomanana le droit de revenir dans son pays tout en le jugeant par contumace pour des accusations que vous vous faites un plaisir de vous faire l’écho – "malversation et pour avoir fait tirer sur des manifestations" - mais sans préciser qu’il conteste ces accusations et demande une enquête internationale neutre ?
Comment pouvez-vous mettre la responsabilité de la prolongation de la crise sur le seul Marc Ravalomanana en passant sous silence les reniements répétés de signature d’Andry Rajoelina et son refus persistant d’une véritable transition afin de pouvoir contrôler les futures élections ?
Au lieu de vous attacher aux nombreuses raisons pour lesquelles le Parlement Européen a voté l’application de sanctions - raisons longuement énumérées dans chacune des trois résolutions qu’il a adoptées depuis mars 2009 et dans lesquelles les atteintes aux libertés fondamentales sont détaillées – et d’en être solidaire en tant que républicain et homme de gauche, vous les mettez en cause en laissant entendre que le Parlement Européen serait mal informé et qu’il devrait envoyer une mission sur place ! Quel mensonge et quel mépris pour vos compatriotes Réunionnais que vous induisez sciemment en erreur! Et quelle grave accusation envers l’ambassadeur, chef de la Délégation européenne en poste à Antananarivo et son équipe qui seraient donc, selon vous, incapables de transmettre à leur hiérarchie des informations fiables ? Accuseriez-vous également Louis Michel, coprésident de l’assemblée paritaire Union Européenne - pays ACP d’avoir récemment réitéré sa condamnation du régime putschiste sur la base d’informations erronées ?
Les prisonniers politiques sont actuellement au nombre de 97. Reporters sans frontières a dénoncé les dizaines de médias fermés et les atteintes aux libertés de presse et d’expression. Toute manifestation des opposants est réprimée par la force. Il est possible de vous en envoyer des images ou des vidéos, mais peut-être n’y tenez-vous pas. Car en définitive, vous n’êtes plus un idéaliste, soucieux de liberté. Vous êtes devenu, l’âge et le goût du pouvoir aidant, très réaliste : parce que vous estimez que "Rajoelina ayant la situation bien en main" il faudrait faire fi des principes. Les principes républicains seraient donc sacrés pour les Français mais contournables pour les Africains et les Malgaches. Et ce que vous garantissez comme des "élections présidentielles et législatives libres et transparentes" devraient, selon vous, être organisées rapidement. C’est-à-dire organisées par les seules autorités de fait actuelles, elles seules décidant qui peut être candidat à la présidence et qui ne le peut pas, en l’absence de médias pour faire entendre la voix de l’opposition. Vous n’accepteriez pas que des élections, même au niveau local, se tiennent dans ces conditions dans votre pays. Mais vous estimez que ce serait assez bon pour les Malgaches.
Alors, qu’y a-t-il réellement en jeu ? Votre réélection comme sénateur des Français à l’étranger ? Ou plus grave encore, le financement d’élections plus importantes à venir ? Car nul n’ignore plus que les partis de droite comme de gauche ont utilisé les largesses de certains régimes africains pour financer leurs campagnes électorales.
Mais le comble de la malhonnêteté est atteint quand vous cachez vos véritables objectifs derrière votre "pitié pour le peuple malgache" !
Le procédé est tout simplement nauséabond !
Francine Ravelontsoa


