Refondation de Mayotte : Philippe Naillet interpelle Manuel Valls sur l’accumulation des plans

Lors d’une audition parlementaire qui s'est tenue ce mardi 10 juin 2025 à l’Assemblée nationale, le ministre des Outre-mer Manuel Valls a présenté le projet de loi de programmation pour la refondation de Mayotte. Le député de La Réunion Philippe Naillet a saisi l’occasion de dénoncer les promesses successives de l’État, rarement tenues, face aux crises multiples que traverse l’île aux parfums.
En ouverture de son intervention, Philippe Naillet (PS), député de la 1ère circonscription de La Réunion, a rappelé la succession de plans gouvernementaux visant à répondre aux difficultés structurelles de Mayotte : "Plan de développement de Mayotte 2006-2010, schéma d'aménagement régional en 2011, agenda social en 2013, plan Mayotte 2025, contrat de convergence 2019-2022, plan de relance en 2021, plan Mayotte Debout en 2024 et maintenant la refondation de Mayotte… Les Mahoraises et les Mahorais sont épuisés et fatigués par l'annonce de plans successifs qui s'accumulent depuis 20 ans", a-t-il martelé.
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Le député a dénoncé l’écart entre les annonces gouvernementales et la réalité vécue par les habitants de Mayotte, durement touchés par le cyclone Chido. Il a souligné que "le bilan matériel et humain de Chido a été aggravé par le sous-développement de l'île", et que ce nouveau projet de loi risquait de n’être qu’un énième effet d’annonce, "s’il ne traite pas véritablement des difficultés croissantes auxquelles font face nos concitoyens".
Des constats accablants sur le terrain
Revenant d’une mission parlementaire en mai dernier à Mayotte, Philippe Naillet a livré un état des lieux sans détour : 77 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, l’île manque d’eau potable, et les infrastructures sont en ruine. À l’hôpital de Mamoudzou, les files d’attente s’étendent dans les couloirs. "Le service de médecine ne dispose que de 50 lits pour 350.000 habitants", a-t-il signalé.
Le système éducatif est également à bout de souffle : dans la moitié des 221 écoles recensées sur le territoire, les cours se déroulent en alternance faute de salles suffisantes.
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Le député a aussi dénoncé "l’absence de calendrier d’alignement des prestations sociales", "la persistance de dispositifs dérogatoires injustes", et un flou persistant sur les moyens réels alloués aux services publics.
Pour Philippe Naillet, "les Mahorais ne demandent pas un traitement de faveur mais simplement l’application du droit commun", dans le respect de l’égalité républicaine.
Manuel Valls : "La promesse d’égalité n’a pas été tenue"
Face à ces critiques, le ministre des Outre-mer Manuel Valls a reconnu les retards accumulés : "Il y a un sentiment d’éloignement et d’injustice entre l’Hexagone et les Outre-mer. Cela fait plusieurs décennies que la promesse d’égalité n’a pas été tenue depuis la départementalisation de 1946".
Tout en assumant une part de responsabilité collective, y compris pour son passage à Matignon entre 2014 et 2016, Manuel Valls a assuré que ce nouveau projet de loi vise à franchir un cap : "Ce texte porte une programmation de 3,9 milliards d’euros pour soutenir le développement de Mayotte". Il a précisé qu’un amendement voté au Sénat impose la présentation au Parlement, d’ici fin 2025, d’un plan détaillé et annualisé.
Santé, convergence sociale, immigration : des réponses chiffrées
Sur la santé, le ministre a indiqué que 80 % des activités du Centre hospitalier de Mayotte avaient repris après le passage du cyclone. Quatre centres médicaux de référence sont désormais opérationnels, complétés par une unité sanitaire mobile. Mais il a reconnu que "les travaux de rénovation se heurtent à des blocages dans la passation de marchés publics".
Concernant la convergence sociale, il a annoncé un calendrier précis : le SMIC à Mayotte atteindra 87,5 % du niveau national en 2026, puis 90 % en 2027, 92,5 % en 2028, 95 % en 2029, pour parvenir à 100 % en 2031. "Ce n’est pas un cadeau : c’est une nécessité. Mais cela doit se faire dans le respect de la soutenabilité économique", a-t-il défendu.
Sur la sécurité et l’immigration, Manuel Valls a été ferme : "La question de l’immigration clandestine conditionne beaucoup des problèmes à Mayotte". Deux nouveaux radars à longue portée seront installés entre fin 2025 et début 2026 pour renforcer le contrôle maritime. L’objectif est d’atteindre 35.000 éloignements par an, un "mur de fer" assumé par le gouvernement.
Mayotte, un territoire "à reconstruire"
Manuel Valls a également répondu aux inquiétudes de plusieurs députés, notamment Estelle Youssouffa et Anchya Bamana, élues de Mayotte. Il a assuré que "la priorité a été de stabiliser la situation après Chido", tout en pointant des signes encourageants : la relance du réseau de transport Caribus, l’arrivée de navires de croisière, ou encore le démarrage des travaux de l’usine de dessalement d’Ironi Bé.
"La reconstruction ne pouvait pas commencer au premier trimestre 2025, mais elle est bel et bien en cours", a-t-il affirmé, ajoutant que l’acquisition du foncier pour une troisième retenue collinaire sera finalisée fin 2025.
Vers une refondation sous haute surveillance parlementaire
Alors que le projet de loi entre dans sa phase d’examen à l’Assemblée nationale, Philippe Naillet a réaffirmé la volonté du groupe socialiste d’y contribuer de manière constructive : "Notre groupe souhaite améliorer la copie du Sénat, dépasser les incantations vaines et mettre en œuvre l’égalité réelle", a-t-il insisté.
Le gouvernement, de son côté, affirme vouloir aller au bout de cette refondation, avec des actions concrètes à court et moyen terme. Mais la vigilance des parlementaires reste entière.


