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"Que ma mort serve" : une marche blanche pour Alexandre Galaor et son message poignant sur l’hôpital public

Ecrit par Gaetan Dumuids – le mercredi 11 mars 2026 à 06H56

Une marche blanche sera organisée samedi 14 mars à Saint-Pierre en hommage à Alexandre Galaor, interne en médecine qui a mis fin à ses jours. Au-delà de l’hommage, ses proches souhaitent que les mots qu’il a laissés avant sa mort ouvrent un débat sur la souffrance des étudiants en médecine et sur l’état du système hospitalier.

Un jeune médecin en devenir qui rêvait de soigner et qui, avant de mettre fin à ses jours, a laissé derrière lui un témoignage implacable sur la réalité de l’hôpital. C’est ce message qu’évoquent aujourd’hui les proches d’Alexandre Galaor, dont la mémoire sera honorée lors d’une marche blanche organisée à Saint-Pierre samedi prochain.

Le rassemblement partira de l’UFR de médecine pour rejoindre le CHU Sud, où un temps de recueillement et de témoignages est prévu. Les parents du jeune interne souhaitent que cet hommage soit aussi un moment de parole pour celles et ceux qui vivent ou ont vécu les mêmes difficultés.

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Car Alexandre Galaor n’a pas seulement laissé une lettre d’adieu. Il a aussi rédigé un texte dans lequel il raconte son parcours et dénonce les dérives d’un système hospitalier qu’il juge profondément dégradé.

« Que ma mort serve »

Dans un courriel programmé avant son geste, l’interne formule une demande explicite : « j’ai une seule dernière volonté, que ma mort serve aux combats pour un meilleur système de santé. » Il demande également que la cause de sa mort soit clairement évoquée, refusant selon ses mots de « couvrir ce système malade ».

Ses écrits reviennent d’abord sur son parcours personnel. Alexandre Galaor raconte une vocation née très tôt et un rêve simple : devenir médecin pour soigner les autres. « J’écris ces mots pour témoigner de mon rêve de devenir médecin et de ma réalité dans le milieu », écrit-il.

Élève brillant, il poursuit des études de médecine avec détermination. Mais il décrit rapidement la confrontation entre ce rêve et la réalité du terrain.

La découverte d’un système hospitalier sous tension

Au fil de ses stages, Alexandre Galaor raconte avoir découvert des services en sous-effectif permanent, des équipes épuisées et des patients souvent pris dans une organisation saturée.

Il décrit aussi le rôle ambigu des étudiants hospitaliers, censés apprendre mais souvent utilisés pour combler les manques de personnel. Selon lui, cette situation transforme les externes en « main-d’œuvre pas chère ».

Dans certains services, il évoque également un climat de pression et d’humiliation. Des supérieurs hiérarchiques peuvent, écrit-il, rabaisser les étudiants sous couvert d’apprentissage. Ces expériences, explique-t-il, ont progressivement fragilisé sa santé mentale.

« Pour la première fois, j’ai été dépressif », réalise-t-il.

La souffrance des soignants

Au-delà de sa situation personnelle, Alexandre Galaor a décrit une souffrance plus large au sein du système hospitalier. Il évoque des infirmiers épuisés, des équipes sous pression et des services débordés. Dans certains cas, indique-t-il, les soignants eux-mêmes craquent face à la charge de travail.

« Burn-out, reconversion professionnelle et suicide explosent dans le monde de la santé mais personne n’en parle », affirme Alexandre.

Il critique également la logique de rentabilité qui s’impose selon lui à l’hôpital public, avec une pression constante sur les lits et les admissions. « La rentabilité n’a pas sa place à l’hôpital », estime-t-il.

Un appel à regarder la réalité

Dans ses textes, Alexandre Galaor aborde aussi d’autres failles du système : la situation de la psychiatrie, le manque de moyens dans certains services ou encore les difficultés d’accompagnement pour les internes en situation de handicap.

Lui-même évoque un parcours marqué par la dépression et plusieurs hospitalisations. Il explique avoir tenté de poursuivre ses études malgré la maladie, parfois au prix d’efforts qu’il décrit comme « surhumains ».

Au fil des pages, son témoignage devient un plaidoyer pour une prise de conscience collective. « Je ne demande pas de pitié mais juste de la considération », écrit-il. « Non pas pour ma personne mais pour tous ces soignants qui prennent soin de vous dans un système de santé mortifère. »

Un hommage et un moment de parole

La marche blanche organisée à Saint-Pierre se veut donc à la fois un hommage et un espace d’expression. Les parents d’Alexandre Galaor invitent citoyens, étudiants et professionnels de santé à s’y joindre. L’objectif est de rappeler qui était le jeune interne, mais aussi de permettre à celles et ceux qui le souhaitent de témoigner de leur propre vécu. Car derrière ce drame personnel, beaucoup dénoncent une souffrance plus large.

Et les mots laissés par Alexandre Galaor résonnent aujourd’hui comme une interpellation adressée au monde hospitalier : « J’espère que mon suicide permettra de mettre en avant le suicide des soignants. »

Etiquettes : Hôpital | Médecins

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