Quand le curé de Sainte-Suzanne se moque des autres religions

Jean-François Laco aime la lumière. Celle de Dieu, dont il parle dans sa récente homélie du dimanche de Pentecôte, mais aussi celle que procurent les images qu'il publie en nombre sur les réseaux sociaux Facebook ou TikTok.
Sur sa page You Tube, qui compte 2.580 abonnés et 241 vidéos publiées, le curé de la paroisse de Sainte-Suzanne a récemment réalisé l'une de ses meilleures audiences (6.200 vues affichées ce mardi 4 juin) avec la captation vidéo de son homélie du dimanche de Pentecôte. Et pour cause : ce prêtre aux allures de prédicateur bavard, qui aime manier l'humour en créole, chanter et inviter un orchestre à sa messe, s'est particulièrement illustré le 19 mai dernier dans un prêche où il s'en est pris à celles et ceux, dont ses paroissiens, qui pratiquaient plusieurs cultes. Une habitude très ancrée à La Réunion.
Tour à tour, ceux qui font le Cavadee, les servis kabaré ou même ceux qui posent chez eux, en guise de décoration, des statuettes du « monsieur assis avec in bèl ventre » sont rappelés à l'ordre : « lé pa pou nou », martèle Jean-François Laco.
A deux reprises, le curé se fait même imitateur pour railler les « monsieur Aboudou et madame Abada » qui offrent leurs services de voyance sur les flyers distribués dans les boîtes aux lettres. Rires assurés dans l'assistance, conquise par avance par l'homme d'Eglise, qui inonde son compte TikTok d'images de plats en préparation, comme une tête de cochon ou un poisson pêché par ses soins. La gourmandise n'est plus un péché capital, ni même un vilain défaut.
« Il n'y a qu'une communauté qui a réagi »
On imagine aisément les réactions qu'auraient suscité les plaisanteries du père Jan-François Laco si elles avaient été l’œuvre d'un imam. Pour autant, certains Réunionnais n'ont pas apprécié la sortie du curé de Sainte-Suzanne et le lui ont fait savoir. « Il n'y a qu'une communauté qui a réagi, qui se sent toujours stigmatisée. C'est dommage, si on a une ouverture d'esprit », évacue le père Laco, sans nommer « la communauté » dont il parle. « On fait un amalgame avec ce que j'ai dit et le fameux vivre-ensemble. Le rôle d'un prêtre, c'est de dire : on vous montre le chemin à suivre, mais si toi, tu veux faire ta pratique, libre à toi. Moi, je ne suis pas là pour interdire, mon rôle est de rappeler ce que te dit la parole de Dieu. »
Pour se défendre, le prêtre fait valoir ses amis malbar, bouddhistes ou musulmans, et regrette que l'on « mélange le cultuel et le culturel ». « On veut nous pousser en procès. Je suis dans mon rôle de pasteur, à exhorter mes chrétiens sur la parole de Dieu. Si on regarde la vidéo de l'homélie en entier, on se dit : Il est dans son église en train de prêcher à la Pentecôte pour rappeler aux chrétiens la fidélité à Dieu », estime le catholique.
Celui-ci regrette que des passages de son homélie ont été extraits de la vidéo et publiés sur les réseaux sociaux, déclenchant le plus souvent des rires gras et des commentaires du même tonneau. « On prend un extrait, on le sort du contexte. C'est une pratique courante maintenant. Mais remettez les choses dans l'homélie de la Pentecôte. Quand je parle d'un seul Dieu, c'est aussi la fidélité », insiste-t-il. Reste que ses railleries sur les tatouages ou les piercings témoignent surtout d'un profond décalage entre un discours religieux moralisateur et une large frange de la population réunionnaise, jeune et multiculturelle.
Suite à la parution de notre article, l'administrateur de la page You Tube du père Laco a semble-t-il restreint l'accès de la vidéo de l'homélie du dimanche de Pentecôte. Nous vous en proposons un autre extrait ci-dessous.


