"Quai de croisière au Barachois" : derrière les annonces, ce que promet vraiment Gaëlle Lebon pour relancer l'économie à Saint-Denis

Jeudi 12 février, à la brasserie Roland-Garros, Gaëlle Lebon a placé l’économie au cœur de l’ouverture de sa campagne municipale. Devant la presse et une partie de son équipe, la candidate a présenté une "stratégie de relance économique" centrée sur les commerces, les entreprises et le tourisme, affirmant vouloir sortir Saint-Denis d’une gestion qu’elle juge "timorée". Mais entre annonces ambitieuses et flou sur les moyens de réalisation, le discours soulève-t-il autant d’espoirs que de questions ?
Elle refuse le "déclin". Frontalement et fermement. "On ne peut pas améliorer durablement le social si on ne développe pas puissamment l’économie", affirme-t-elle, avant de dérouler un raisonnement sans détour. Une ville qui ne crée pas de richesse ne peut pas redistribuer. Une ville qui ne soutient pas ses entreprises appauvrit ses habitants. Une ville qui ferme des commerces crée du chômage." Pour Mme Lebon, ce "déclin" du centre-ville n’a rien d’inéluctable : "Ce n’est pas une fatalité. C’est simplement le résultat de choix politiques."
Refuser le déclin, assumer la rupture
Candidate de l'Assemblée dionysienne (ex-candidate RN et Reconquête) déclarée à la mairie de Saint-Denis, elle revendique une posture de rupture avec l’équipe municipale actuelle dirigée par Ericka Bareigts. "Je refuse l’idée que notre centre-ville devienne un no man’s land", martèle la candidate. Saint-Denis doit redevenir un moteur économique pour ses habitants, un moteur d’emploi pour sa jeunesse."
Autour d’elle, les membres de son équipe déclinent cette vision. L’architecte Mageswari Permale pointe "un urbanisme sans vision", évoquant "des terrains en friche et des bâtiments abandonnés" qui "contribuent à la dévalorisation de l’image de Saint-Denis". Le foncier, selon l’équipe Lebon, doit devenir "un outil de développement de production et non pas de spéculation".
Commande publique, entreprises locales et guichet unique
Au cœur du projet, la commande publique a une place de choix. "À Saint-Denis, la commande publique représente des millions d’euros chaque année, et trop souvent elle profite à des entreprises extérieures", déplore la candidate. Sa proposition est claire : "Chaque entreprise qui remportera un marché public municipal devra intégrer des Dionysiens en insertion. Ces clauses sociales seraient inscrites noir sur blanc dans le cahier des charges".
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Autre mesure phare, la création d’un guichet unique municipal pour les entreprises. "Aujourd’hui, elles sont seules face aux huissiers, aux procédures, aux dettes", décrit-elle, promettant "un accompagnement administratif, un soutien juridique et une médiation avec les créanciers".
Mobilité et "coma circulatoire"
Sur la mobilité, son diagnostic est sévère. "Saint-Denis est devenu la capitale du coma circulatoire", appuie Gaëlle Lebon. Embouteillages, stationnement dissuasif, multiplication des ronds-points... "Ce n’est pas seulement un inconfort, c’est un frein économique majeur."
Elle promet donc une "refonte intelligente du boulevard Sud", la suppression de certains ronds-points, des parkings relais et un retour à un projet de tramway, qu’elle défend comme "un transport moderne, structurant, écologique et efficace". "Relancer l’économie sans régler la mobilité, c’est construire une maison sur du sable", tranche-t-elle. Concrètement, pour y remédier, la candidate propose la suppression de plusieurs ronds-points jugés accidentogènes et congestionnants, au profit de voies plus directes, de ponts ou d’axes express destinés à fluidifier les flux.
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Une approche qui tranche avec les orientations observées au niveau national, où la tendance est plutôt à la suppression de feux tricolores au profit de ronds-points, censés apaiser la circulation et réduire les accidents. Reste que ces choix techniques, lourds en investissements et aux impacts urbains durables, n’ont pas été accompagnés d’études de trafic ni de chiffrages précis, laissant ouverte la question de leur efficacité réelle à moyen et long terme.
Tourisme et grands projets : ambition maximale, chiffrage minimal
La candidate assume aussi des projets structurants, au premier rang desquels un quai de croisière au Barachois. "Saint-Denis vit depuis trop longtemps le dos tourné à l’océan", affirme-t-elle, dénonçant une "aberration géographique, économique et historique". Selon elle, "chaque escale, ce serait des centaines de milliers d’euros injectés localement".
Le projet serait notamment financé par "une combinaison de fonds européens, de l’État, de la Région et de partenariats privés", la ville jouant "un rôle de facilitateur et de pilote stratégique". Si ce n'est une photo générée par l'intelligence artificielle, aucun montant précis ni calendrier détaillé, encore moins de précisions écologiques ou structurelles, n’ont été avancés, laissant en suspens la faisabilité concrète de ces annonces.
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Même constat pour le quartier Océan, qualifié de "blessure humaine avant d’être urbaine". Gaëlle Lebon fustige "des millions d’euros gaspillés" et promet un quartier "vivant, productif et utile". Là encore, l’ambition est claire, la traduction opérationnelle reste à préciser.
Entre volontarisme et effets d’annonce ?
"Nous n’allons pas faire de demi-mesure", promet l'ancienne candidate aux Législatives (RN et Reconquête), affirmant que "Saint-Denis n’est pas en panne par fatalité, elle est bloquée par des choix politiques mauvais". Reste que l’ampleur des projets présentés, conjuguée à l’absence de chiffrages détaillés, interroge sur la capacité à passer du discours à la réalisation.
Dans une campagne "proche du terrain et des Dionysiens", où les effets d’annonce ne suffisent plus, la candidate devra désormais démontrer que cette stratégie globale peut s’incarner dans un cadre budgétaire, écologique et institutionnel solide. C’est sans doute là que se jouera la crédibilité de son projet. Car à Saint-Denis, plus encore que les slogans, ce sont les preuves de réalisme qui feront la différence dans une ville où de nombreux projets sont lancés.


