Procès du député Ratenon : 6 mois de prison avec sursis requis, délibéré le 13 février

Mis en cause dans une affaire de conduite en état d'ivresse, le député Jean-Hugues Ratenon a comparu devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis ce mardi. Entre dénégations et témoignages accablants, l'élu de la 5ᵉ circonscription clame son innocence. La défense a plaidé la relaxe, le doute devant profiter au parlementaire.
Chemise claire et pantalon bleu ciel, le député de la 5ᵉ circonscription s'est présenté tout sourire au tribunal correctionnel de St-Denis, entouré par son comité de soutien. Le quinquagénaire qui n'avait pas hésité à charger les métropolitains qui lui auraient infligé un traitement de défaveur, forces de l'ordre et personnel soignant, s'est pourtant entouré de deux avocats... métropolitains : Me Eric Hessler, avocat au Barreau de Mamoudzou, et Me Jade Dousselin du Barreau de Paris.
Pendant plus d'une heure, Jean-Hugues Ratenon a répondu aux nombreuses questions du président Duchemin qui a procédé à une instruction concise du dossier. Comme il l'avait déjà fait lors de la conférence de presse qui avait fait suite à l'accident qui l'amène à la barre du tribunal aujourd'hui, le prévenu a soutenu que c'est à cause "d'un endormissement précédé d'un malaise" qu'à 1h du matin ce 24 juillet 2024, son véhicule s'est soudain arrêté sur la voie de droite de la RN2, tous feux éteints.
Un endormissement précédé d'un malaise puis, le trou noir
La conductrice qui arrivait à environ 105 km/h avait percuté le véhicule de devant. Cinq jours d'interruption temporaire de travail lui ont été prescrits. Partie civile au procès, la victime raconte comment elle a découvert un homme somnolent au volant. Jean-Hugues Ratenon avait été pris en charge par les pompiers et conduit à l'hôpital de St-Denis. "Il n'était pas en mesure de souffler", précise le président de l'audience en détaillant les faits.
Conduit au CHU de Bellepierre, Jean-Hugues Ratenon avait refusé les prélèvements sanguins qui lui avaient été proposés. "Je ne me souviens de rien, raconte-t-il à la barre. J'ai eu une journée intense et ensuite, je me suis retrouvé au CHU. Je n'avais pas bu. À aucun moment, on ne m’a demandé de prise de sang pour les tests. Sinon je l’aurais fait. Je n’ai rien à me reprocher".
"Les procès-verbaux affirment le contraire, tacle le président Duchemin, tout comme la conduite en état d'ivresse est attestée par les gendarmes dépêchés sur les lieux". Les militaires décrivent dans leur rapport un homme énervé, agressif et arrogant qui sent l'alcool, aux explications embrouillées et répétitives, les yeux voilés, le regard brillant. "Les gendarmes vous ont prévenu de ce que vous risquiez en refusant de faire les tests, poursuit Stéphane Duchemin. Je n'ai eu aucun contact avec des gendarmes", assure l'intéressé.
"Quand j’ai utilisé le terme soumettre, il m’a répondu « moi, on ne me soumet à rien""
Le témoignage des militaires appelés à la barre pour apporter leur version des faits est pourtant sans appel : "j’étais d’astreinte. Dans la nuit, mon gradé de permanence m’a dit qu’on devait aller au CHU pour faire des prélèvements sanguins sur un élu de la République. Vers 2 h 30 du matin, nous prenons pris attache avec le médecin qui nous demande une réquisition, car monsieur Ratenon refuse les prélèvements sanguins. Je vais le voir. Je lui explique la situation lui proposant de souffler et de faire un test salivaire. Quand j’ai utilisé le terme soumettre, il m’a répondu : « moi on me soumet à rien".
Les gendarmes précisent enfin avoir fait abstraction du statut de député "afin de traiter monsieur Ratenon comme une personne normale". L'inverse n'est malheureusement pas vrai puisque le parlementaire a refusé de prendre et de signer sa convocation pour être auditionné lorsque celle-ci lui a été présentée. "Si je ne me souviens de rien, c'est que les scènes décrites par les gendarmes n'ont jamais existé", persiste l'Insoumis en jurant la main sur le cœur.
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Jean-Hugues Ratenon jure qu'il dit la vérité
Après la plaidoirie de Me Fabian Gorce pour les intérêts de la conductrice, la procureure de la République a requis une peine de 6 mois de prison avec sursis simple, 1.000 euros amende et une suspension de 9 mois du permis de conduire, ainsi qu'une amende contraventionnelle de 300 euros.
La procureure Véronique Denizot a précisé avoir fait le choix "très rare de faire citer des témoins". La magistrate a justifié ce choix en faisant référence à la conférence de presse du parlementaire au cours de laquelle il avait remis en cause les institutions et fait des amalgames "désagréables" en citant notamment "du copinage entre francs-maçons".
La défense a plaidé la relaxe, chargeant tour à tour les gendarmes ayant "une perception des choses qui n’est pas conforme à la réalité", l'officier de police judiciaire dont le rapport "ne fait que trois lignes" ainsi qu'une pression de la hiérarchie, "ce qui montre des manquements dans cette procédure".
Les plaidoiries se sont achevées sur cette déclaration ubuesque : "le gendarme n'a pas menti, mais les faits retranscrits ne sont pas conformes à la réalité".
Le tribunal rendra sa décision le 13 février prochain.


