Procès des marchés truqués du Sidélec : Maurice Gironcel, qui plaide non coupable, pourrait écoper de cinq ans de prison ferme

Maurice Gironcel, le maire de Sainte-Suzanne et président du Sidélec, risque gros. Peu avant les réquisitions, l’homme politique n’avait pas choisi de revenir sur ses dires : il n’a pas demandé de pots-de-vin et n’en a jamais reçu.
« Je n’ai jamais réclamé quoi que ce soit à des entreprises », a affirmé Maurice Gironcel au tribunal lundi. « Et je n’ai jamais reçu de fonds d’entreprises. » Le président du Sidélec, et maire de Sainte-Suzanne, a continué de nier avoir participé ou initié un système de pots-de-vin dans le cadre de l’attribution de marchés publics relatifs à l’électrification rurale. Quand le procureur lui a rappelé que plusieurs prévenus en ont fait le récit, il a clamé : « C’est complètement faux. Il n’y a pas de schéma corruptif. »
« Je n’ai jamais demandé la modification de rapports d’appels d’offres », a-t-il continué de contester en bloc les faits de favoritisme et de corruption qui lui sont reprochés. Car, depuis l’enquête en 2022, le maire conserve la même version… ou presque. Si Maurice Gironcel a botté en touche quant aux accusations d’entente, ses cinq gardes à vue l’ont tout de même poussé à l’introspection. Il a reconnu à la barre avoir participé à deux réunions avec les entrepreneurs, s’étant « renseigné » entre-temps, chose qu’il niait jusqu’alors. « Les entreprises s’y plaignaient des dysfonctionnements du Sidélec. On n’a pas parlé d’autre chose », a-t-il argué à ce propos. « C’était une demande des entrepreneurs que je les reçoive. » Qui était présent ? Quand ont-elles eu lieu ? Là-dessus, le président du Sidélec a apporté des réponses se résumant à « Je ne sais pas », « je ne me rappelle pas » ou encore « ça ne me dit rien du tout », et s’est presque offusqué : « J’ai le droit à mon âge d’avoir des troubles de mémoire ! »
Des frères d’armes ?
De fait, Maurice Gironcel n’a pu que reconnaître avoir été au courant de l’entente depuis ses prémices. Pour autant, il ne l’a pas dénoncée, malgré ses obligations, en tant qu’élu, de le faire auprès d’un magistrat. « Mon objectif est de faire avancer les dossiers. Il fallait travailler et je comprends que mon DGS agisse dans l’intérêt général face à cette situation de blocage », a-t-il seulement apporté comme explication, confirmant s’être accordé avec Yves Gigan pour ne pas saisir l’Autorité de la concurrence. « C’est la première fois de ma vie que j’entendais parler d’entente. C’est peut-être parce que les entreprises étaient peu nombreuses sur ce marché. » L’édile a cautionné, à demi-mot, les mauvais agissements de son bras droit au Sidélec. Et est même allé plus loin : « Jusqu’à maintenant, j’ai toujours confiance en mon DGS. »
Une relation entre les deux prévenus que le Parquet national financier a corrélée, avec certitude, au passé politique des deux hommes. « Il n’a pas été embauché au Sidélec par compagnonnage mais pour ses compétences d’ingénieur », a réfuté Maurice Gironcel. Et ce, malgré la création de poste actée à son arrivée à la présidence de l’établissement public en 2014 pour y replacer son fidèle du parti communiste, dans le même temps qu’Yvan Dejean, toujours directeur de cabinet. « Avoir un DGS proche politiquement du président n’est pas rare, mais c’est une clé de compréhension utile dans ce dossier », soutient le Parquet national financier lors de ses réquisitions. Le système corruptif a-t-il été pensé par le binôme pour éviter à l’édile d’être mis en porte-à-faux, par ce conflit de marchés publics, vis à vis des 23 autres maires membres du Sidélec ? Alors même qu’il est l’une des dernières figures réunionnaises du Parti communiste ?
Sous le coup de la récidive
Le président du Sidélec n’a pas convaincu le Parquet national financier. « Il est le sommet de la pyramide. Il a fait preuve de clientélisme et s’est parallèlement déchargé sur ses proches collaborateurs », a avancé le procureur. Aussi, il requiert cinq ans de prison ferme à son encontre visant à sa « mise à l’écart sociale ». Pas de sursis, ni probatoire, ni simple, car le maire de Sainte-Suzanne s’inscrit dans une récidive légale. Cinq ans d’inéligibilité sont aussi réclamés, avec exécution provisoire, et une amende de 60.000 euros.
Les autres prévenus risquent, selon les réquisitions du PNF, des peines de prison allant d’un sursis intégral à des aménagements à domicile pour Yves Gigan et plusieurs chefs d’entreprise. Les amendes, elles, sont réclamées de 10.000 euros, pour les personnes physiques, à 250.000 euros, pour la société SGER2. Les interdictions de gestion d’une entreprise sont, elles, toutes demandées avec sursis intégral, pour ne pas « contraindre le marché au vu de son faible nombre d’entreprises ».
De son côté, l'avocat du syndicat, Me Thierry Gangate, réclame 3,5 millions d'euros de dommages et intérêts, de manière solidaire, à l'encontre de toutes les personnes qui seraient condamnées à l'issue du procès. Il requiert 25.000 euros pour le préjudice moral, l’image de marque du Sidélec ayant été entachée. Il annonce parallèlement poursuivre les sociétés déjà condamnées dans le dossier et leurs dirigeants sur le plan civil. Lors de sa plaidoirie, Me Morel, l’avocat de Jean-Michel Paroux, le directeur de Testoni Réunion, qui plaide coupable, l’a attaqué avec ironie en pointant du doigt « une partie civile qui se constitue face à ses complices ». Le conseil du gérant poursuit : "C'est un stress pour les prévenus, issue d'une demande complètement fantaisiste".


