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Procès David Vital : "Il n’y a ni corrompu ni corrupteur dans ce dossier", se défend François Caillé

Ecrit par Eric Lainé – le mercredi 11 février 2026 à 07H24

Hier, François Caillé a fait une longue démonstration à la barre pour convaincre ses juges que le volet des marchés publics truqués de la mairie de Saint-Paul ne tenait pas la route. Avant lui, Divene Nany, employé communal en charge des appels d’offre du parc automobile, l’a imité avec moins d'imagination.

Hier, François Caillé a complètement revisité les tenants et les aboutissants de l’enquête des policiers du STPJ jusqu’à la réduire à peau de chagrin. Les abus de biens sociaux, les opérations de blanchiment et surtout les soupçons de corruption qui pèsent sur lui par l’intermédiaire de David Vital et de l’employé communal en charge des marchés publics automobiles de la mairie de Saint-Paul ne seraient que le fruit d’une vaste méprise. C’est tout du moins ce que le capitaine d’industrie a tenté de démontrer à ses juges au fil d’un long monologue, distillé avec aisance et parfois aussi avec une certaine fermeté.

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Pour ce faire, François Caillé est remonté assez loin dans le temps. À cette période maudite du début des années 2010, quand le groupe familial a bien failli disparaître, acculé par des dettes abyssales qu’il se devait de rembourser sur dix ans à hauteur de 260 millions d’euros. "Personne ne croyait en ma capacité à redresser la situation, mais un président de tribunal et un procureur m’ont fait confiance", indique-t-il. Et de détailler : "Nous avons travaillé comme des chiens et, en 2014, le groupe a sorti la tête de l’eau. En 2015-2016, nous avons à nouveau gagné de l’argent et payé nos échéances, mais il en restait une dernière à régler à hauteur de 90 millions d’euros."

"Les marchés publics ne sont pas ma tasse de thé"

C’est dans ce contexte que le capitaine d’industrie dit avoir revu un grand monsieur, numéro 3 du groupe PSA, "qui m’avait sauvé en 2011". Au moment où les deux hommes se séparent, celui qu’il appelle "papa" et à qui il "voue une reconnaissance éternelle" lui aurait fait une confidence. À 11 000 kilomètres de La Réunion, il lui annonce presque solennellement que "le point faible de mon groupe est sa sous-performance en matière de marchés publics". François Caillé avoue "être tombé des nues, car les marchés publics ne sont pas ma tasse de thé. C’est un tout petit segment de marché sans rentabilité, tellement on accorde de remises".

Mais sitôt revenu sur son île, le patron du groupe éponyme vérifie l’information de son mentor. Comme de juste, "je constate que nous sommes archi nuls en marchés publics". À qui fait-il appel pour y remédier en ce mois de mars 2018 ? "À mon ami David Vital." Celui qu’il a connu "très jeune", quand il était président de la Patriote, que Joseph Vital en était l’entraîneur et que le petit David y jouait comme gardien de but.

"Vos équipes ne sont pas bonnes et même défaillantes"

À écouter François Caillé, tout devient limpide au moment où David Vital entre en jeu. Son ami et apporteur d’affaires, au réseau long comme le bras de la Plaine, assure qu’il est en capacité de l’aider. Et à qui fait-il appel pour lui livrer la clé de l’énigme des marchés publics perdus ? À Divene Nany, passé maître dans l’art des achats de véhicules à la mairie de Saint-Paul.

La rencontre entre les trois hommes se déroule dans l’appartement de David Vital, où est niché le siège de la société Prométhée. "Expliquez-moi pourquoi je perds tous les marchés publics ?", dit lui avoir demandé François Caillé. Divene Nany aurait eu cette réponse, formidable : "Vos équipes ne sont pas bonnes et même défaillantes. Vous êtes battus car vous n’êtes pas bons sur le critère du délai de livraison…"

François Caillé conquis par Divene Nany "qui m’a donné gratuitement l’explication"

Méfiant, François Caillé vérifie les dires de Divene Nany. "J’appelle mes équipes et elles me disent que c’est vrai pour Saint-Paul, mais aussi pour tous les autres marchés", raconte-t-il. Il est à la fois impressionné et conquis par Divene Nany, "qui m’a donné gratuitement l’explication". Mieux, grâce à celui-ci, le groupe Peugeot "rectifie le tir pour se mettre à niveau et ne plus avoir de notes éliminatoires". Et François Caillé d’annoncer fièrement à ses juges : "On recommence à gagner des marchés sans payer qui que ce soit… grâce à cette remise à niveau de Divene Nany qui porte ses fruits."

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Par contre, David Vital ne travaille pas gratuitement. Il bénéficie déjà au sein du groupe Caillé d’un contrat d’apporteur d’affaires de 2.750 euros par mois avec une voiture en sus. Mais ce n’est pas tout… Grande nouveauté à l’audience, François Caillé raconte comment, « toujours sous la pression d’améliorer les marchés publics », il a dû « passer un accord avec David Vital ». Pour que celui qu’il nomme affectueusement son « couteau suisse » creuse les méthodes de ses concurrents « en mettant ses équipes en place ». Quelles équipes sachant que David Vital semble travailler en solo ? Mystère.

"Il m’a dit que c’était compliqué et qu’il fallait que je le rémunère en cash"

En tout cas, François Caillé a dû lui accorder une belle rallonge. "Il m’a dit que c’était compliqué et qu’il fallait que je le rémunère en cash. C’est comme ça que je suis entré dans le système des fausses factures", semble regretter François Caillé. Des dizaines de milliers d’euros… Il soutient néanmoins que David Vital "a bien effectué cette mission en me donnant des informations pour améliorer mes résultats". Et le capitaine d’industrie d’annoncer : "Voilà le pacte que j’ai signé avec David Vital en 2019." "Il n’y a ni corrupteur ni corruption dans ce dossier. Je m’inscris en faux là-dessus, je n’ai pas donné d’argent pour acheter qui que ce soit…", répète-t-il à la barre.

La magistrate reprend le contenu de certains messages de David Vital qui en disent long sur les marchés publics présumés "pipés" de Saint-Paul. Et d’indiquer à François Caillé : "Vous ne pouvez pas nier l’évidence : Monsieur Nany a donné des informations en amont de leur publication…". Face à son insistance, François Caillé finit par perdre son sang-froid. "Qu’est-ce que ça m’apporte ? Ça change quoi à ma vie ?", s’agace-t-il d’abord. "Mais David Vital avait bien connaissance des lots", persiste la présidente. "D’accord, la loi les protège mais vous protégez une information sans intérêt. Je vous vois sceptique mais, moi, je ne vois pas ce que ça m’apporte", monte-t-il d’un cran.

"Je suis un peu excessif. Je m’emballe parfois…"

"C’est surprenant que vous disiez que la loi ne sert à rien au vu de votre situation professionnelle", coupe la présidente. "Je suis un peu excessif. Je m’emballe parfois", baisse d’un ton François Caillé. Interrogé sur les "huit bouteilles qui signifient en langage codé 8 000 euros", celui-ci a bien décodé le message mais "ignore à quel titre" David Vital lui a écrit qu’il fallait "les préparer".

Poursuivant sa version revisitée des faits examinés en garde à vue face aux policiers, François Caillé prétend que le message faisant référence à "un marché à 1,1 million d’euros" n’a plus rien à voir avec les appels d’offre de véhicules de la mairie de Saint-Paul de 2022. Il se serait finalement agi de terrains possiblement destinés à accueillir un futur supermarché.

Une histoire de terrain pour déminer des pots de vin

Au cours d’un de ses comptes-rendus mensuels, David Vital lui aurait parlé de cinq lots de terrain à 1,3-1,4 million d’euros, remisés "à 1,1 million d’euros sous réserve du versement d’une commission pour obtenir ce tarif préférentiel". François Caillé dit à ce propos : "J’ai accepté le principe d’une commission de 40 000 euros qui me paraît juste". Tirée par les cheveux, cette explication présente en tout cas l’avantage de se débarrasser d’une série de messages bien gênants.

Il y est question d’un "appel d’offre à 1,1 million d’euros" suivi d’un rendez-vous entre François Caillé, David Vital et Divene Nany "au BOTC après mon tennis ? À l’arrière, c’est discret. Ou alors à l’étage encore mieux", écrit le capitaine d’industrie. Quelques jours plus tard, David Vital écrit : "François. Je viens de négocier à 45 bouteilles. De 60, il est passé à 45. J’ai négocié ferme pour toi (..)" François Caillé lui répond : "Niet. Je t’ai dit 40 maxi. Je n’irais pas plus loin."

"Ce que disent David Vital comme Divene Nany est du pipeau intégral"

David Vital : "Je lui donne une moitié samedi ou pas ?" La négociation se termine ainsi : "Passe demain au siège, Nelly te donnera les 20 000." La remise de 1 500 euros dont Divene Nany a bénéficié sur son contrat de location d’un SUV en LOA ? François Caillé admet le lui avoir accordé. Pas pour le corrompre mais parce qu’il l’a "renseigné de façon tellement sympathique".

La présidente lui rappelle que des messages éphémères, qui lui ont été envoyés par Divene Nany mais à la fois enregistrés sur le portable de David Vital, confortent les soupçons portés à son égard. "Depuis deux jours, vous avez compris qu’il y a de grands acteurs dans ce procès. Et ce que disent David Vital comme Divene Nany est du pipeau intégral", balaie d’un revers de main François Caillé.

"Une simple réduction accordée par François Caillé parce que je l’avais mis sur les bons rails"

Divene Nany, quant à lui, est en peine quand il cherche à se défaire des accusations de corruption qui pèsent sur lui. "Les infos données sur le marché de 2018 ?" "Je n’en ai pas de souvenir", élude-t-il un peu facilement. "Les pénalités de retard non réclamées ?" "David Vital est intervenu" et puis "je venais de connaître François Caillé, je n’allais pas déjà me fâcher avec lui".

Son loyer en LOA remisé à hauteur de 1 500 euros ? "Une simple réduction accordée par François Caillé parce que je l’avais mis sur les bons rails", explique le fonctionnaire. Il est plus embarrassé quand il s’agit d’expliquer le pourquoi des informations confidentielles remises à David Vital ou encore l’existence de cadeaux comme un voyage à Maurice en famille de près de 4 000 euros et 5 000 euros en espèces. Le tout offert par David Vital.

La présidente interroge aussi François Caillé sur les fausses factures. Pas de chance, il a la mémoire qui flanche tout à coup. "Ce n’est pas moi qui les aie signées. J’avais donné des instructions à ma directrice générale…". Mais Nelly Darouèche n’en sait pas plus. Car, prévient-il, "je ne lui ai jamais dit de quoi il s’agissait. Le dossier Vital, c’est le dossier François Caillé".

"Pour ce qui a trait à David Vital, c’est le dossier de François Caillé"

S’il reconnaît avoir fait payer des fausses factures pour arranger David Vital en indélicatesse avec le fisc, François Caillé estime n’avoir pas commis d’abus de biens sociaux. Il avance deux arguments en ce sens : d’une part, "le contrat de David Vital était effectif et pas fictif" et il l’a "fait au profit de son entreprise sans détourner d’argent". Le capitaine d’industrie soutient qu’il "faisait un compte-rendu dans mon bureau une fois par mois mais malheureusement il n’y avait rien d’écrit".

Pour sa part, Nelly Darouèche, ex directrice générale du groupe, admet bien volontiers qu’il s’agit "de fausses factures et de fausses prestations" dont elle se dédouane grandement car "elles ne viennent pas de moi". "Pour ce qui a trait à David Vital, c’est le dossier de François Caillé", se déleste-t-elle. Elle n’en fait pas mystère : "Cette relation ne me plaît pas". Mais elle se tient à l’écart car "François Caillé m’a donné des instructions" et qu’il est "quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’admiration".

"Ce qui me vient : c’est filou et magouille…"

L’ex DG, redevenue secrétaire générale du groupe, n’en dit pas autant de David Vital. "Je ne peux pas avoir d’éloges pour lui car ce n’est pas mon monde." "Vous pourriez être impressionné par David Vital ?", poursuit la présidente. "C’est une énigme pour moi qu’il ait autant d’entregent…". "Comment définiriez-vous sa personnalité ?", insiste la magistrate. "Ce qui me vient : c’est filou et magouille…". "Il connaissait énormément de monde", indique la présidente en parlant au passé. "Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il me faisait peur, mais presque quelque part, tellement il me semblait avoir d’influence", conclut-elle sur le sujet.

Aux antipodes de ce qu’en pense François Caillé. "David est un garçon charmant, sympathique, qui sait s’y prendre… J’aime bien ce garçon. Quand il fait un cari bichique, il m’en apporte. On est plutôt proches, on a des relations amicales."

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