Pourquoi Jérôme Filippini, « préfet antimafia », a-t-il quitté la Corse ?

L’ancien préfet de La Réunion, engagé contre la mafia insulaire, quitte ses fonctions en Corse. Le Monde révèle les dessous d’un départ précipité, sur fond de tensions politiques et de désaccords avec le gouvernement.
Son départ, officialisé en conseil des ministres mercredi 23 juillet, est présenté comme un choix personnel, mais les circonstances décrites par Le Monde révèlent un climat tendu, marqué par des désaccords avec les élus locaux et une certaine gêne à Paris face à son positionnement offensif contre le crime organisé.
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Surnommé le « préfet antimafia », Jérôme Filippini avait multiplié les signaux forts contre les réseaux criminels implantés sur l’île. Le Monde raconte notamment un épisode marquant, en mars dernier, lorsqu’il s’est joint à une manifestation citoyenne à Ajaccio. Depuis une camionnette, mégaphone à la main, il avait appelé la société corse à rompre l’omerta. Une posture saluée par certains militants, mais qui aurait agacé jusqu’au ministère de l’Intérieur, où son attitude a été perçue comme trop militante.
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« Joué les cow-boys »
Toujours selon le journal, le préfet avait également provoqué des remous en signalant à la justice une vente immobilière litigieuse à Ajaccio, entraînant l’ouverture d’une enquête pour détournement de fonds publics. Ce recours à l’article 40 du code de procédure pénale aurait tendu encore davantage ses relations avec plusieurs élus, déjà crispés par ses prises de position sur l’urbanisme.
En Corse, Jérôme Filippini laissait entendre que « l’État a parfois fermé les yeux » sur certaines réalités. Ce franc-parler, jugé utile par des collectifs comme A Maffia nò, a vita ié, a été perçu comme une ligne rouge franchie par d’autres, notamment chez certains responsables de la majorité municipale d’Ajaccio, qui l’accusent d’avoir « joué les cow-boys ».
L’ancien préfet, qui avait auparavant exercé à La Réunion, quitte désormais la préfectorale pour rejoindre la Cour des comptes. Un point d’arrivée qualifié par une source citée par Le Monde comme « loin d’être une promotion ». Il sera remplacé fin août par Éric Jalon, actuel directeur général des étrangers en France.


