Pourquoi ces émeutes?

Les images des émeutes de La Réunion touchent tous les Réunionnais, où qu’ils se trouvent. Notre tristesse est grande et nous amène à nous demander, pourquoi on en arrive là.
Ces émeutes étaient prévisibles et la situation ne va pas s’améliorer parce que certains apprentis sorciers ont voulu manipuler le peuple Réunionnais afin d’asseoir leur pouvoir. En effet, certains veulent faire disparaître la classe moyenne réunionnaise qu’ils préfèrent exiler en métropole ou à l’étranger afin d’asseoir leur pouvoir. Mais ceux qu’ils ont voulu garder auprès d’eux, ou plutôt "à leur service", se retournent contre eux.
Dans un premier temps j’essayerai de désigner les "trois" responsables de cette situation, tous trois largement aidés par ce que j’appellerai la "sale mentalité réunionnaise". Ensuite, j’essayerai de donner ma vision de l’avenir proche de la Réunion. Enfin, je laisse à chaque lecteur de soin de choisir sa réponse face à cette crise. Je donnerai la mienne en conclusion.
1- Selon moi il y a trois coupables : les "grandes familles et les grands patrons réunionnais", l’Etat français et les hommes politiques réunionnais.
1.1- Les "grandes familles et les grands patrons réunionnais"
Je ne désignerai pas une famille en particulier, elles sont nombreuses mais suivent le même schéma de pensée. Pour ces familles riches, dont la richesse et le pouvoir sont souvent d’origine douteuse (corruption, pratiques mafieuses,…), il n’est pas souhaitable de promouvoir le développement d’une élite réunionnaise non-issue de leur "cercle". Ils préfèrent embaucher des métropolitains plutôt que des Réunionnais issus de familles plus modestes aux compétences avérées. Ils ne veulent pas de ces jeunes diplômés qui n’ont pas d’autre choix que de s’exiler en métropole ou à l’étranger.
Le raisonnement est simple, il vaut mieux embaucher un métropolitain. En effet, un métropolitain a de fortes chances de rentrer à terme en métropole, il ne menace donc pas leur pouvoir. Et si ce métropolitain décidait de rester, il est moins déshonorant pour eux d’être concurrencé par un métro parce que dans la mentalité réunionnaise, le métro est "mieux que le réunionnais". Etre commandé par un métro ça passe, mais voir le fils de leurs anciens employés de maison leur parler d’égal à égal, c’est inacceptable ! Pour le jeune diplômé d’origine modeste, le secteur privé à La Réunion c’est donc presque impossible, sauf dans les emplois subalternes (avec piston ou autre…pour certaines filles).
1.2- L’Etat français
Rien n’est fait pour que les Réunionnais puissent rentrer à la Réunion. Heureusement, le jeune diplômé peut entrer dans la fonction publique. Mais lorsqu’il réussit le concours, il est très difficile de rentrer. Selon un ancien ministre de l’intérieur… "quand on rentre chez soi trop tôt on a tendance à ne plus travailler"... J’entends aussi souvent dire que lorsqu’on est fonctionnaire, on doit accepter la mobilité, qu’un Breton ne peut pas forcément rentrer en Bretagne, un Basque au Pays-Basque…
Je suis d’accord, il faut bouger. Mais la situation d’un Réunionnais ne doit pas être traitée de la même manière que celle d’un Breton. Lorsque le Breton perd un membre de sa famille et qu’il est en poste à Paris, il saute dans sa voiture et peut être sur place en quelques heures. Ce n’est pas notre cas…
Le Réunionnais doit bouger, mais il faut trouver un système qui lui permette de passer plus de temps sur son île, pourquoi pas un système d’alternance 6 ans à La Réunion, 8 ans en métropole pour les volontaires ?
Toute cette classe moyenne de fonctionnaires est dans sa grande majorité tenue loin de notre île. Le jeune de 16 ans qui a cassé des magasins a peut-être un grand frère qui a étudié, qui est fonctionnaire, qui aurait pu le raisonner s’il était sur place, qui aurait pu lui dire : 3si tu travailles à l’école, tu pourras par exemple t’épanouir dans la fonction publique, tu auras un bon travail. Tu devras accepter de quitter notre île temporairement mais tu pourras revenir régulièrement et partager tes expériences". Mais au lieu de ça, le jeune de 16 ans se dit : "mon frère a étudié sérieusement à l’école, il a finalement pu entrer dans la fonction publique mais n’a aucune chance de rentrer, il vit dans le froid, ses enfants ne connaissent rien de notre culture et il va finir seul, au milieu de gens qui le considéreront toujours comme un étranger, triste vie, moi je casse et j’ai rien à perdre !".
L’état est donc responsable parce qu’il contribue également à tenir éloignée la classe moyenne réunionnaise, mais je le soupçonne aussi de contribuer à maintenir aux postes d’élus des gens médiocres.
1.3- Les hommes politiques
Les hommes politiques de la Réunion ont un niveau que je qualifierais de "pas terrible". Ils tirent leur pouvoir et les nombreux avantages qui en découlent… des suffrages, bien entendu. Pour les obtenir ils s’appuient sur :
- quelques familles riches avec qui ils pourront poursuivre leurs magouilles mais chacun sait de à quoi je fais référence…
- la grande majorité d’électeurs avec qui ils entretiennent un système de dépendance. Il y a ceux à qui ils ont donné un emploi (à la mairie,…), ceux qui ont un poste d’employé grâce à leurs "amis" (les grands patrons réunionnais) et ceux qui n’ont rien et à qui ils distribuent un peu d’argent à l’approche des élections.
Ces hommes politiques ne veulent pas que la classe moyenne diplômée et exilée rentre à la Réunion. Ces jeunes auraient tendance à leur jeter à la figure les nombreuses preuves de leur incompétence et à menacer leurs postes. Ces jeunes auraient certainement une autre approche de la politique, du moins je l’espère, et en tout cas les hommes politiques craignent ce retour.
Ces "trois coupables" entretiennent donc un système qui a pour conséquence de vider la Réunion de sa classe moyenne diplômée.
2- Ma vision de l’avenir proche de la Réunion.
En maintenant éloignée la classe moyenne, à la Réunion il ne restera à terme que 2 blocs de Réunionnais qui ne se comprennent pas et qui finiront par détruire notre chère île et faire souffrir ceux qui se trouvent piégés au milieu.
2.1- Le bloc des "pauvres"
Comme je l’ai expliqué plus haut, nos "coupables" veulent maintenir à la Réunion des gens qui sont dépendants d’eux. Ces gens modestes voient tous les jours ces grandes familles étaler leur richesse avec arrogance. La classe moyenne, qui aurait pu faire tampon, représenter l’espoir d’une vie meilleure accessible, ayant tendance à disparaître (ils partent en métropole, au Québec, en Australie pour un aller simple…), ces gens modestes n’ont plus d’espoir.
Pour l’instant ceux qui sont tenus par les miettes qu’on a bien voulu leur distribuer ne bougeront pas, par peur, mais ceux qui n’ont déjà plus rien à perdre vont se révolter, de plus en plus souvent, et de plus en plus durement.
2.2- Le bloc des "riches"
Depuis des générations, ces familles riches et puissantes exploitent la misère des Réunionnais. Ils n’ont pas voulu comprendre qu’une classe moyenne et diplômée qui aurait pu, avec eux, développer la Réunion, était arrivée à maturité. Ils ont préféré entretenir un système (certains groupes ne recrutent que des métros ou les "enfants de bonne famille" aux postes à responsabilité ) qui a poussé cette classe moyenne à quitter la Réunion. Ces "puissants" ont gardé avec eux ceux qu’ils ont pris pour "leurs nouveaux esclaves", pensant qu’ils pourraient continuer à les exploiter à peu de frais. Mais de nos jours, les contrôles sont plus sévères, les maires ne peuvent plus embaucher autant qu’ils voudraient, "aider" leurs amis à obtenir des marchés publiques aussi facilement. Le nombre de ceux qui n’ont rien augmente, la bombe va leur exploser à la figure, plus vite qu’ils ne le pensaient. Ces émeutes ne sont selon moi qu’un début, malheureusement.
2.3- Ceux qui se retrouvent au milieu
Il y a aussi à la Réunion des gens qui n’y sont pas pour grand-chose. Le petit employé qui retrouve sa voiture brûlée, le petit commerçant qui découvre son échoppe dévastée, le fonctionnaire à la retraite qui a passé plus de 30 ans en métropole loin des siens…ils n’y sont pas pour grand-chose, mais ils peuvent agir et sont souvent coupables de lâcheté.
Le petit employé de mairie ou du privé, au lieu de se dire qu’il a obtenu ce poste uniquement au mérite, devrait avoir l’honnêteté de se dire qu’il a eu soit beaucoup de chance, soit un gros "coup de piston". Cette démarche le conduirait certainement à regarder différemment les "oubliés" du système. J’en viens à ce qui manque énormément à notre peuple, la solidarité !
A eux de rejeter ce système. Battez-vous pour que ces hommes politiques qui vous donnent des miettes fassent revenir vos enfants à qui ils devront donner plus que des miettes. Patrons, prenez le risque d’aider des Réunionnais à gravir les échelons, même si un jour ils doivent vous dépasser. Si vous ne laissez pas la place, vous serez balayés par d’autres.
3- Réponse face à la crise
Chacun doit se regarder dans une glace, chercher sa part de responsabilité et faire ce qu’il faut pour régler la situation.
Pour réussir il y a une condition : les Réunionnais doivent tourner le dos à leur sale mentalité (jalousie, arrogance, individualisme) et se montrer enfin solidaires. Le problème vient essentiellement de nous, les métropolitains sont là où ils sont parce que certains d’entre nous ont bien voulu qu’il en soit ainsi. Il serait inacceptable de s’en prendre à eux, le racisme n’est pas une solution. Et de grâce, ne recommencez pas à accuser vos coupables préférés. J’entends ici et là que les émeutiers seraient uniquement des Mahorais… soyons sérieux, arrêtons de nous bercer d’illusions, prenons nos responsabilités.
Vous qui êtes sur place, il vous appartient d’agir et vite. Je vous laisse établir votre stratégie. Il y a plein de gens capables à la Réunion, laissez-les s’exprimer.
Quant à moi, et c’est ma conclusion, pour l’instant je ne ferai rien. Dans le contexte actuel, si je bouge, ceux que je chercherai à aider me poignarderont, pour se faire bien voir de ceux qui les exploitent.
Si vous ne faîtes pas en sorte que je rentre, moi je resterai en métropole, triste de ne pas voir ma famille, mais soulagé de ne devoir ce que j’ai qu’à mon travail et à mon courage face aux nombreuses portes qui me sont fermées en raison de ma couleur.
J’aime la Réunion, mais si vous qui êtes sur place ne faites rien pour nous faire rentrer à la maison, je ne vois pas pourquoi je verserais des larmes pour vous. Certains exploitent la misère, d’autres ont la lâcheté de se taire et se rendent ainsi complices de la mort à petit feu du peuple réunionnais. Un peuple où la classe moyenne a disparu est voué à la disparition.
Un jour, si vous ne faites rien, être Réunionnais n’aura plus beaucoup de sens.
Certains tireront à boulets rouges sur ce texte que j’ai eu l’audace ou la bêtise d’écrire. Moi je vous dis, utilisez plutôt votre énergie pour casser ce système qui étouffe notre île. En attendant, moi je vous dis bon courage parce qu’en étant là où vous me forcez d’être, ce n’est pas moi qui vais pouvoir éteindre le feu que vous avez allumé. Si un jour vous avez l’honnêteté de reconnaître que sans nous vous ne vous en sortirez pas, venez nous chercher et sauvons ensemble notre peuple. Sinon, tant pis, moi je serai enterré loin de mon île qui m’a abandonné.
Un Réunionnais de la classe moyenne qui ne peut pas rentrer et qui s’interroge sur ce qui nous a menés si bas. Baisse sur 40 produits ! Vous faites pitié, il n’y a donc que ça qui ne va pas ? Mangez des miettes, bon appétit !


