Plus de 40 cambriolages en 6 mois ! Ils ne faisaient pas le poids face aux enquêteurs…

Un jeune majeur, un tacon de mineurs envoyés au charbon (oups !), et deux femmes qui revendaient les produits des larcins. Ce qui a fichu en rogne le président Molié, qui prit longuement le temps d’expliquer aux deux seuls accusés présents, pourquoi le recel était plus puni que le vol lui-même, clair et sans bavures :
"Accepter des produits que vous savez avoir été volés, c’est encourager de jeunes délinquants à s’enfoncer dans leurs méfaits. C’est exactement comme si vous leur disiez d’y aller. Voilà pourquoi la peine que vous encourez est plus lourde ; vous incitez à la délinquance". C’était on-ne-peut plus clair.
Un inventaire à la Prévert
Plus de 40 cambriolages en moins de 6 mois, de Saint-Denis à Sainte-Clotilde, entre 2012 et 2013 ; avec, à chaque fois, des procédés se ressemblant tant qu’il ne pouvait s’agir que des mêmes monte-en-l’air. Repérage des lieux par plusieurs jeunes gars, plusieurs jours de suite, témoins à l’appui ; et puis la cambriole où l’on fait main basse sur tout ce qui semble avoir quelque valeur à la revente : télévisions, appareils photo, ordinateurs, bijoux, pistolets à air comprimé, clefs SFR 3G… Les objets volés étaient remis contre menue monnaie à deux dames de la place ; certains étaient expédiés à Madagascar au frère d’une de ces deux dernières. Le reste revendu pour trois fois rien.
Mais là où les revendeuses vont commettre l’erreur du siècle, c’est qu’elles vont refourguer les bijoux à "un acheteur d’or" ayant pignon sur rue… rue de Grand-Chemin. Comme les voleurs du même nom, si j’ose dire mais je ne dis rien.
Après quelques recoupements, nos pandores vont mettre la main au collet de tout ce petit monde ; des délinquants qui n’auront de cesse de mentir, se recouper dans leurs déclarations aussi franches qu’un âne qui recule, de se contredire, sinon rejeter la faute sur les copains. Du classique, quoi !
L’attitude des prévenus a bien failli horripiler cet homme si impassible, adepte de l’humour pince-sans-rire, qu’est le président Molié. Les prévenus d’abord, dont certains absents alors que l’affaire remonte à loin ; un avocat ensuite, absent au début de l’audience. Ce qui a poussé le président à commencer sans attendre sa présence : « Avait qu’à être là à l’heure ! Si on doit l’attendre… il sera là à midi ».
Raté : il est arrivé à 10 heures.
"Vous êtes musicienne ?"
Poussés dans leurs derniers retranchements, ils ont tout avoué, la façon d’agir, le guetteur en poste, la bonne occasion, la revente à n’importe qui, surtout à "l’acheteur patenté". Comme si un tel manège pouvait rester longtemps dans l’ombre. Parce qu’en plus, saisissant les bonnes occasions, nos Arsène-Lupin-pays agissaient en plein jour, quand les victimes s’absentaient.
Ça, c’est de la haute voltige !
Où l’on apprend les vaines tentatives de l’une des commanditaires-receleuses pour essayer de rester dans l’ombre : elle se faisait accompagner chez le "racheteur officiel" par une copine assez nunuche pour dire que la vendeuse, c’était elle. Pour que le nom de l’autre n’apparaisse pas trop souvent sur les registres. San Antonio appelait ça "se raccrocher aux branches comme les singes".
Question : le "racheteur en titre" n’a donc pas eu le nez assez creux pour avertir de lui-même la police ? Faut croire que les épidémies successives de grippe lui gâtaient le flair.
Épisode comique… L’une des receleuses s’est plusieurs fois contredite devant les enquêteurs et, ce matin, a dit encore autre chose. Le président : "Vous êtes musicienne ? - Non ! - Vous nous jouez un nouvel air de flûte traversière aujourd’hui, alors…" Le tout, mimiques à l’appui…
Les mineurs ont déjà eu affaire au tribunal pour enfants. Quant aux trois adultes jugés ce matin, leurs peines sont échelonnées : 6 mois avec sursis pour le plus jeune ; 10 mois avec sursis et 1.500 euros d’amende pour la première des receleuses ; 18 mois avec sursis et 3.000 euros pour celle qui semble avoir été la principale incitatrice.


