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Plaidoyer pour une refondation démocratique

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 22 avril 2022 à 09H08

Le 10 Avril 2022, au soir de l’annonce des résultats du premier tour du scrutin relatif aux élections présidentielles, nous avons assisté à un vrai coup de tonnerre à plusieurs titres.

Ce n’est pas uniquement en raison du déferlement d’une vague rouge à La Réunion et dans la plupart des îles d’Outre-Mer, reflet fidèle du sens d’un vote toujours exprimé à contre-courant de celui de la Métropole. Nonobstant, bien plus, parce que l’attention de la population a été attirée par plusieurs faits non mis en évidence avant la tenue des élections. Au nombre de ces faits, même si la « sondocratie » avait subodoré, pour ne pas dire induit un résultat mettant « face à face » les 2 finalistes que nous connaissons, à savoir notre Président sortant face à une des représentantes des courants d’extrême droite en France, elle s’est trompée sur tout le reste. De la même façon, ni la « sondocratie », ni la plupart des médias n’ont vu venir le soudain et brutal affaissement d’un électorat de la droite traditionnelle, littéralement aspiré par le vote en faveur des candidats portant une promesse d’ultra droitisation de la vie politique. De la même manière, personne n’a vu la capacité du leader de la « France Insoumise » à se placer en troisième place. Par ailleurs, avec 12 candidats en lice, on a bel et bien assisté à l’urgence du vote utile. « Trop démocratie tuant la démocratie », nous n’osons pas imaginer ce qu’il en serait advenu si d’autres candidats avaient réunis, autour d’eux, les conditions nécessaires pour se présenter. Enfin, même si les ambitions portées par le candidat de « Reconquête » n’ont pas porté atteinte à la percée de la candidature portée par le canal historique de son camp, sa croyance en un résultat plus honorable fut nettement contrariée puisque l’électorat a privilégié l’expérience au noviciat.

Ceci étant dit, nous pouvons mieux analyser les résultats qu’en les percevant comme des blessures citoyennes, comme autant de plaies béantes faites à notre idéal démocratique.

Au nombre de ces blessures citoyennes, figurent donc 4 états de l’opinion publique, la peur d’abord, la haine ensuite, le rejet également pour en finir avec l’indifférence que d’aucuns qualifient traditionnellement comme étant l’abstention. Une abstention de plus en plus forte à chaque scrutin, de plus en plus inquiétante aussi, et, face à laquelle aucune mesure véritablement sérieuse n’est prise afin de l’amoindrir durablement, ne serait-ce que parce qu’elle contrecarre la concrétisation de la devise républicaine !

Nous voyons donc que le camp de la peur a choisi le Président sortant, un Président qui a affronté 3 crises majeures (gilets jaunes, COVID 19 et actuel climat de guerre en Europe), selon son électorat, du mieux que possible, un électorat convaincu que la solution vaccinale était la plus juste et la plus raisonnable. Un Président sortant plébiscité par les nantis, les grands patrons, celles et ceux qui ont un actif à protéger, celles et ceux qui ont peur de perdre quelque chose devant l’incertitude de ce qui nous attend. Un Président qui a su rassurer les milieux plutôt aisés (https://www.lejdd.fr/Politique/presidentielle-2022-comment-emmanuel-macron-mise-sur-la-resilience-face-a-la-guerre-4097254) qu’il était le plus à même d’apporter les garanties nécessaires et suffisantes à une nation France en quête de prestige à l’international et en demande de sécurité au plan national, quitte à ce que son électorat ne porte pas plus d’attention aux restrictions de certaines de nos libertés, qu’il se dit prêt à sacrifier en tant que de besoin.

Secundo, pour l’essentiel, comme en témoignent les nombreux discours et agissements des tenants de cette posture (https://www.liberation.fr/france/2015/02/27/islamophobie-homophobie-la-compilation-des-derapages-fn_1210335/), nous avons vu les partisans de la haine de l’Autre (https://basta.media/Face-a-une-nebuleuse-de-groupes-promouvant-la-haine-un-Observatoire-national), qui se reconnaissent dans le fait majeur que l’extrême-droite (historique comme émergente) soit la seule à même d’apporter une vraie solution à tous les problèmes du quotidien, de ces fins de mois difficile tout comme de ces foulards qui s’affichent trop ostensiblement pour ces nostalgiques d’une France du siècle dernier, uniforme dans son apparence et forte dans sa posture, au risque de tomber dans la caricature.

Il va donc, de soi, que lorsque les frontières de l’Europe sont submergées par ces vagues d’immigration successives, lorsqu’elles ne proviennent pas de l’Ukraine, elles sonnent le rappel des troupes autour de l’idée redoutable magique du « grand remplacement » (https://observatoire-immigration.fr/grand-remplacement/) qui agit comme un égrégore nourrissant les pires fantasmes d’un imaginaire collectif uni contre la présence des étrangers, lesquels sont responsables de tous les maux d’une Nation qui afficherait sa préférence (priorité) aux autres qu’aux siens propres. Ce courant de pensée, dans l’opinion publique, est aujourd’hui majoritaire et grand gagnant des Présidentielles, que l’on veuille ou pas.

Tertio, le camp du rejet qui a porté au pinacle la candidature de la France Insoumise, qui a rassemblé, autour d’elle, tous les esprits déçus par une politique « macroniste » perçue comme dirigée contre le peuple, et, dont les effets se sont traduits par l’expansion d’un climat de méfiance généralisée du prochain dans un contexte intenable d’un peuple à genoux, d’un peuple qui se sent plus que jamais divisé entre les actifs d’un côté et « celles et ceux qui ne sont rien car ils ne font rien » de l’autre côté. La seule candidature de gauche, (http://www.slate.fr/story/222278/france-insoumise-union-populaire-jean-luc-melenchon-presidentielle-gauche-francaise-opa-boussole) qui a refusé de se soumettre à la logique, du diktat des primaires, car vécue comme pernicieuse et dévastatrice, a donc profité, à plein, du vote utile car il ne suffit pas d’être écologiste pour défendre la nature tout comme il ne suffit pas d’appartenir à la classe ouvrière pour être en mesure de défendre ses aspirations les plus profondes. De la même manière, le rejet à l’égard des partis traditionnels en mal de modernisation, a profité à cette candidature d’extrême gauche promettant de rompre avec les us et coutumes actuels en dotant La République d’une nouvelle façon de penser son rapport au peuple, un peuple qui se sent abandonné à lui-même, quand il n’est pas stigmatisé en raison d’un certain nombre de paramètres propres à la visibilité de certains des citoyens de la commune et toute aussi indivisible « Nation France », qu’elle n’est plurielle.

En quatrième lieu, vient donc le camp des indifférents, des gens qui, quoiqu’il arrive, pensent, depuis fort longtemps ou depuis peu, que la politique ne sert à rien tant ils ont affaire à des « kleptomanes » d’une démocratie qui installe, à échéance déterminée et selon un cycle périodique défini, des représentants du peuple, au pouvoir, sans qu’ils ne puissent être en mesure d’exprimer leur constance à la fidélité de la foi des électeurs en eux. Leur incapacité à se remettre en cause ne faisant que conforter les indifférent(e)s dans leur choix de rester le plus loin possible des urnes, lesquelles ne rempliraient pas leurs promesses d’un monde meilleur, plus fraternel et plus juste. Ces indifférents peuvent appartenir à la sphère complotiste, marqueur qu’ils ont, en partage, avec une part substantielle de l’électorat de l’extrême droite.  Aussi, ils pensent donc être inutiles dans leur participation à un processus démocratique dont les dés seraient pipés et le jeu joué d’avance, avec ou sans leur consentement. Ils privilégient, en majorité, les manifestations de rue en guise de protestation qu’ils ne croient au pouvoir des urnes. Ce faisant, sans le savoir ou tout en le sachant, c’est selon, ils participent à l’augmentation de la défiance grandissante envers les politiques et à leur délégitimation constante (https://www.conseil-constitutionnel.fr/nouveaux-cahiers-du-conseil-constitutionnel/abstention-defaillance-citoyenne-ou-expression-democratique), tout en nous rappelant qu’il y a urgence à agir sur les leviers de la refondation démocratique de notre pays tout autant qu’il y a l’urgence climatique ou l’urgence humaine selon laquelle « tout citoyen doit être fier de son appartenance française, non plus comme un concept ou uniquement sur le papier, mais, bien par le triomphe de son esprit d’hospitalité qui emporte autant de devoirs que de droits ». Nous ne finirons pas cette réflexion sans nous poser la question de savoir si voter demeure une affaire individuelle ou collective (https://www.college-de-france.fr/media/campus-innovation-lycees/UPL7274641546996283336_Classe_de_premiere___Chapitre_10.pdf).

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