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Pierrot Dupuy – L’incompétence du gouvernement mauricien face à la menace de plus en plus pressante de la marée noire

L’image est saisissante : un énorme bateau de 300m de long, le MV Wakashio, échoué sur les récifs à la pointe d’Esny, au sud-est de l’ile Maurice, et une immense nappe de fuel s’échappant du vraquier japonais battant pavillon panaméen en direction de la côte, au beau milieu des eaux turquoises du lagon. Les Réunionnais […]

Ecrit par zinfos974 – le samedi 08 août 2020 à 19H28

L’image est saisissante : un énorme bateau de 300m de long, le MV Wakashio, échoué sur les récifs à la pointe d’Esny, au sud-est de l’ile Maurice, et une immense nappe de fuel s’échappant du vraquier japonais battant pavillon panaméen en direction de la côte, au beau milieu des eaux turquoises du lagon.

Les Réunionnais le savent, cette région de Maurice est l’une des plus belles de l’ile soeur et ça nous fait mal au coeur de voir les dégâts irréparables qui sont en train d’être commis à la nature, aux récifs mais aussi aux poissons, aux oiseaux et à la flore de cette région. Juste à côté du Blue Bay National Marine Park et à quelques encablures de l’ile aux Aigrettes, une réserve naturelle protégée dont les responsables de l’ONG qui s’en occupent en sont réduits à capturer les oiseaux endémiques en voie d’extinction pour les mettre à l’abri de la marée noire, loin de là…

Déjà nombreux sont les poissons morts englués dans du mazout qui viennent s’échouer sur les plages.

Une pollution qui pourrait être dévastatrice pour tout l’océan Indien

 

 

Nous nous sentons bien sûr solidaires de nos frères mauriciens mais nous sommes également inquiets.

Il est en effet fort possible que si le bateau venait à se casser en deux, ce qui est plus que probable si on écoute les associations écologiques de l’ile soeur, la pollution arrive jusqu’à nos côtes. C’est d’ailleurs ce que laissait entendre Annick Girardin, depuis peu ministre de la Mer mais surtout ancienne ministre des Outremer, qui a affirmé que « si sa cargaison se répand, les effets seraient dévastateurs dans tout l’océan Indien. Les récifs et l’écosystème corallien, notre bien commun, seraient affectés durablement« .

Et il y a de quoi être inquiet car, si les cales du bateau étaient vides, le navire transportait quand même 200 tonnes de diesel pour sa propre consommation et 3.800 tonnes de fuel lourd. Largement assez pour provoquer une grosse marée noire…

L’incompétence du gouvernement

 

 

Comment en est-on arrivé là? Essentiellement suite à une incroyable incompétence des ministres en charge du dossier.

Revenons un peu en arrière. C’est dans la soirée du 25 juillet dernier que le bateau s’est échoué sur la barrière corallienne. Ce n’est pas hier. Ni avant-hier. Il y a très précisément un peu plus de 13 jours !

Et qu’a fait le gouvernement mauricien pendant ces deux premières semaines? Rien ou presque.

Ce n’est qu’il y a deux jours qu’un hélicoptère est venu prélever quelques tonnes de carburant, sur les 4.000 qui s’y trouvent, dans les cales du MV Wakashio. Pourquoi n’a-t-on pas vidé les cuves du navire avant? Pourquoi n’a-t-on pas essayé de le remorquer?

Comme d’habitude, dans un premier temps, le gouvernement a tenté de nier la réalité.

Les ministres ont tenté de nier l’évidence

Les deux ministres en charge du dossier ont tenté de nier l’évidence au début de la crise : « le Wakashio est stable, contrairement aux photos qui circulent sur les réseaux sociaux. Le vraquier ne sombre pas et ne va pas sombrer. Le processus pour l’opération de renflouage est en cours. Toutes les mesures sont prises par l’équipe de sauveteurs pour rééquilibrer le navire« .

Ces paroles prennent tout leur relief aujourd’hui qu’une fissure est apparue dans le flanc du bateau et que l’on évoque de plus en plus une possible rupture de la coque.

Le Premier ministre demande aux Mauriciens de prier…

Dans une conférence de presse qui vient de s’achever, le Premier ministre mauricien a annoncé que l’opération visant à pomper l’huile depuis le réservoir abîmé du vraquier avait déjà démarré. 

Selon lui, 250 tonnes d’huile ont déjà été pompées depuis le réservoir endommagé et l’opération va se poursuivre durant la nuit.

Néanmoins, Pravind Jugnauth a précisé qu’il n’était pas certain que l’opération de pompage pourra se poursuivre demain et lundi car la météo prévoit des houles de plus de 2,5 mètres. « Je dois préciser que c’est une opération délicate, risquée et complexe. On ne peut pas mettre la vie des gens en péril. Prions pour que le temps, même inclément, nous permettre de poursuivre le pompage de l’huile dans le réservoir abîmé », a-t-il souligné. 

S’il ne reste que la prière pour sauver le lagon de la marée noire, nos amis mauriciens ne sont pas sortis de l’auberge !

Le Premier ministre a aussi reconnu que le risque que le navire subisse d’autres dommages, et même qu’il se casse, était bel et bien réel. Il a néanmoins précisé que des dispositions avaient été prises pour que la partie abîmée du navire soit remorquée. 

La marée noire, détonateur d’une remise en cause du gouvernement et des élus ?

 

Parallèlement, le gouvernement a décidé de faire boucler la zone par la police et de menacer les milliers de Mauriciens qui ont répondu à l’appel à la mobilisation de diverses ONG et associations citoyennes d’une amende d’environ 2.500€ et de deux ans de prison. Officiellement, il l’a justifié par la nécessité de mettre en place une coordination et d’assurer le maintien de l’ordre. « Au cas contraire, il y a le risque de détruire davantage l’environnement« ,a-t-il déclaré.

Les mauvaises langues prétendent qu’en réalité, le gouvernement a peur que la contestation ne s’arrête pas au problème de la pollution mais que comme au Liban, ce drame ne soit le déclencheur d’une contestation beaucoup plus large du pouvoir et de ses élus.

Pourtant, cette mobilisation est très forte. Des rassemblements se produisent un peu partout, là où la pollution menace les côtes, de centaines de personnes souhaitant apporter leur aide. Certains offrent même leurs cheveux tandis que d’autres récoltent chez les coiffeurs tous les cheveux coupés pour en faire des sortes de brosses avec un grand pouvoir absorbant, dit-on.

L’opposition demande la démission de deux ministres, les réseaux sociaux celle du Premier ministre

L’opposition n’est pas en reste pour critiquer l’action, ou plutôt l’inaction du gouvernement. Les trois partis d’opposition se sont une nouvelle fois réunis aujourd’hui et, selon Paul Bérenger, « le niveau d’incompétence au sein du gouvernement peut nous amener vers d’autres catastrophes« . 

Les leaders des trois partis de l’opposition (PTr, MMM et PMSD) ainsi que le leader de l’opposition ont réclamé la démission du  ministre de l’Environnement Kavi Ramano et celle du ministre de la Pêche et du transport maritime Sudhir Maudhoo. Tandis qu’une pétition circule sur les réseaux sociaux réclamant celle du Premier ministre Pravind Jugnauth.

Paul Bérenger a fait leur réquisitoire et a annoncé que le principal chef d’accusation porté contre eux est tout simplement l’incompétence. Et selon lui, « c’est Pravind Jugnauth qui a nommé deux incompétents à des postes ministériels« , laissant comprendre que le Premier ministre avait aussi une part de responsabilité dans l’histoire.

Le leader du MMM a rappelé que le Premier ministre et ses deux ministres avaient déclaré jusqu’ici que tout allait bien. Mais là, 12 jours après, on apprend que Maurice n’a pas les équipements nécessaires. Et encore moins l’expertise voulue ! Pour lui, il faut une enquête pour établir ce qui s’est réellement passé.

Et si on en profiter pour négocier le retour des Réunionnais bloqués à Maurice ?

En attendant, Pravind Jugnauth s’est enfin décidé à solliciter l’aide de la France et le préfet Jacques Billant a décidé de mobiliser tous les moyens dont nous disposons.

Peut-être aurait-il pu en profiter pour exiger du gouvernement mauricien, en contrepartie, qu’il autorise les centaines de Réunionnais bloqués à l’ile Maurice depuis plusieurs mois à cause de la crise du Covid à rentrer chez eux. Et lui demander également de rapatrier les centaines de Mauriciens bloqués à La Réunion et qui ne peuvent rentrer du fait de la fermeture des frontières de Maurice…

 

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