Philippe Naillet : “Allons chercher l’argent là où il est, chez les très très riches”

Un an après sa réélection, le député socialiste Philippe Naillet dresse un bilan d'étape de son action parlementaire et alerte sur les enjeux de la rentrée, marquée selon lui par l’austérité budgétaire. Il adresse un avertissement à François Bayrou : en l’état, il votera la censure.
“Je suis fidèle à ce que j’ai dit en campagne : protéger les Réunionnais et ceux qui souffrent.” Un an après sa réélection à l’Assemblée nationale, Philippe Naillet, député PS de la 1ʳᵉ circonscription, revendique une opposition claire aux politiques de rigueur qui s’annoncent pour la rentrée. Dans une conférence de presse tenue ce lundi, il a dressé un bilan de son activité parlementaire et posé les jalons d’une rentrée qui s’annonce sociale et très politique.
Vie chère : “S’attaquer aux causes structurelles”
Depuis sa réélection en juillet 2024, Philippe Naillet indique avoir proposé 287 amendements, signé 2.643 autres, et participé à 84 % des votes solennels. Il met en avant l’obtention du maintien de 250 millions d’euros, initialement menacés dans le budget de l’Outre-mer après la chute du gouvernement Barnier, une “première victoire” qu’il attribue à un long travail de terrain, de rencontres et d’échanges avec Manuel Valls.
Parmi les textes qu’il défend, celui sur la vie chère, porté par les socialistes, devrait revenir à l’ordre du jour à la rentrée. Il plaide pour s’attaquer “aux causes structurelles du coût de la vie” : encadrement des prix et des marges pendant les crises, transparence imposée aux grands groupes par territoire et activité, création d’une autorité de la concurrence pour l’Outre-mer, plafonnement à 25 % de la part de marché dans la grande distribution.
Trois priorités pour la rentrée
Le député socialiste fixe trois priorités pour la rentrée : la lutte contre la vie chère, le logement et la lutte contre le “plan d’austérité de Bayrou”.
Sur le logement, le député s’alarme d’une baisse de 200 millions d’euros sur la mission Outre-mer, “qui finance la production et la réhabilitation de logements sociaux. Je ne laisserai pas passer ça alors qu’il y a 50 000 demandes non traitées à La Réunion”.
Le parlementaire déplore aussi que “certains maires ne jouent pas le jeu”, en matière de logement social.
Le CIOM (Comité interministériel des Outre-mer) de septembre devra, selon lui, sortir de la logique du “catalogue façon La Redoute” pour se concentrer sur des choix concrets : “Où construire ? Comment protéger les populations face au dérèglement climatique ?”
Lutter contre les narcotrafiquants
Face à la montée des “narcotrafiquants”, il a interpellé le ministre de l’Intérieur “pour donner plus de moyens aux services douaniers, l’arrivée d’un scanner mobile basse intensité est un premier pas.”
À ses yeux, “il y a un risque sur ces trafics. Ici, il y a des gens qui ont du pouvoir d'achat et, face au chômage, c’est le danger d’un système économique où des gens vivent de ça. Je ne veux pas d’une économie parallèle basée sur la drogue.” Le député a voté la loi contre le narcotrafic, “parce qu’il faut être responsable, même si cette loi est imparfaite.”
Pour une taxation des ultra-riches
Face au “plan stop-dette” annoncé par le Premier ministre, Philippe Naillet prévient : “En l’état, il se terminera par un stop à Bayrou. Il n'est pas acceptable que les efforts soient demandés aux malades, aux retraités, alors qu'ici un retraité sur deux vit avec moins de 850 euros bruts par mois, et aux demandeurs d'emploi, comme si les gens étaient volontaires pour être au chômage.”
“On ne peut pas protéger les très, très riches et en même temps demander des sacrifices à ceux qui n’ont rien. Ce n’est pas acceptable”, martèle-t-il, appelant à remettre en débat la taxe sur les très hauts patrimoines et d’instaurer la taxe Zucman, qui prône une “taxation de 2 % pour ceux qui ont plus de 100 millions d’euros. Ils doivent contribuer.”
Le député socialiste conteste l’argument de l’exil fiscal, rappelant qu’après le rétablissement de l’ISF sous François Hollande, “seuls 0,25 % des contribuables avaient quitté la France.” Il renvoie la faute aux choix du président de la République : “Ses choix fiscaux depuis 2017 privent l’État de 60 milliards d'euros de recettes fiscales par an.”
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Un risque de mouvement social ?
Interrogé sur le risque selon lui d’un nouveau mouvement social, le député met en garde : “Bien sûr qu’il y a un risque. Le gouvernement, la macronie et Bayrou sont des irresponsables. Attention au sentiment d’injustice. Chacun a bien compris, à son niveau, qu'on va protéger les très, très riches, et qu’on va s’en prendre à ceux qui souffrent. C’est insupportable. Il est normal que les gens ne se laissent pas faire. Mais avant cela, à nous députés, à nous parlementaires, de nous opposer à tout cela à l'Assemblée nationale.”
Train de vie des députés : “Ne pas se tromper de débat”
Interrogé sur l’appel d’une partie grandissante de l’opinion à ce que les élus participent eux aussi à l'effort d’économies, notamment en baissant leur rémunération, le parlementaire appelle à “ne pas se tromper de débat.”
“J’entends, et oui, il faut faire aussi des économies sur le train de vie des parlementaires et des élus en général. Je ne cherche pas à me protéger, mais avant d’être député, j’étais cadre dans un grand groupe où je gagnais plus que ce que je gagne aujourd’hui. Oui, il faut montrer l’exemple, mais ne nous trompons pas de débat.”
À ses yeux, “le vrai sujet, c’est celui du rééquilibrage de la fiscalité. Quand un Français moyen est taxé en moyenne à 50 %, les très, très riches le sont à 25 ou 27 %. Il faut rééquilibrer la fiscalité. L’impôt doit être un outil de justice sociale.”
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“Les réponses du RN sont libérales”
Philippe Naillet s’inquiète également de la progression du Rassemblement national, y compris dans l’hémicycle : “Sur la loi Duplomb, contre laquelle j’ai voté, le RN et son député à La Réunion ont voté pour. Depuis 2022, les réponses du RN sont des réponses libérales. Avec eux, il n’y a pas grand-chose qui changerait.”
Le NFP (Nouveau Front Populaire) “n’a pas trahi ses électeurs”, selon lui. “Nous votons ensemble 90 % du temps”, répond-il, questionné sur une éventuelle scission de la gauche dans l'hémicycle.


