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Petite-Île : "J'ai vu dans son regard la violence dont elle fait preuve"

Une Petite-Îloise va passer 18 mois derrière les barreaux pour avoir agressé son compagnon avec des ciseaux, en récidive de faits bien plus graves. À la barre du tribunal de Saint-Pierre, elle a tenté de faire croire à la légitime défense face à un compagnon violent, mais son naturel impulsif est vite revenu au galop pour démontrer le contraire.
Ecrit par Gaetan Dumuids – le jeudi 11 mai 2023 à 09H15

Mercredi 3 mai dernier, une nouvelle dispute éclate dans l'appartement de Corinne* situé à Petite-Île. Le voisinage est habitué aux altercations entre elle et son compagnon Teddy*, qui dégénèrent souvent en violences. Cette nuit-là, les pompiers interviennent à nouveau, car l'homme a reçu un coup de ciseaux dans le bras, ce qui lui vaut 5 points de suture et un jour d'ITT.

Les gendarmes arrivent un peu plus tard, appelés par Corinne, qui veut dénoncer des violences. Après son passage à l'hôpital, Teddy est placé en garde à vue. Très vite, les enquêteurs constatent que le couple a un passé de violences et qu'ils ne devraient pas être ensemble en vertu d'une décision de justice.

En effet, en mai 2022, Corinne a été condamnée pour séquestration et violences sur Teddy. Il avait dû sauter par la fenêtre pour s'échapper. Elle avait été condamnée à 3 ans de prison, dont six mois ferme. Corinne avait l'interdiction de l'approcher, mais n'avait pas respecté ce jugement du tribunal.

Deux jours après ces faits, Corinne se présente à la gendarmerie afin de porter plainte contre Teddy pour violences. C'est finalement elle qui se retrouve en garde à vue. Teddy doit, quant à lui, être jugé en correctionnelle prochainement pour des faits de violences réciproques.

Elle affirme vivre une relation toxique

Face aux juges, Corinne va garder la tête basse et s'exprimer doucement. Elle explique que c'est Teddy qui a fait pression pour revenir dans sa vie, quitte à faire un scandale sur son lieu de travail. Elle a fini par céder.

Corinne affirme que le soir des faits, son compagnon l'avait attrapée par le cou et avait menacé de la tuer si elle le trompait. Il l'aurait ensuite frappée à plusieurs reprises. La trentenaire assure qu'elle lui aurait demandé de partir munie de ciseaux pour sa défense. Teddy l'aurait alors attrapée par les cheveux et le coup de ciseaux serait intervenu par accident à ce moment-là.

En larmes face aux magistrats, elle annonce que la relation avec lui est terminée définitivement. Elle prétend vouloir déménager, même en métropole, pour ne plus avoir de contact avec lui. Ses larmes redoublent lorsque les juges évoquent son passé très difficile.

Le regard change du tout au tout

Alors que la prévenue séchait ses larmes, Me Sameïdha Mardaye, qui représente Teddy, va lui poser une question sur une incohérence relevée. Corinne va alors se tourner vers l'avocate, le regard devenu noir, et répondre d'un ton menaçant.

Un changement de comportement que la robe noire va relever durant sa plaidoirie. "Quand elle s'est retournée, j'ai vu en une fraction de seconde dans son regard la violence dont elle fait preuve. Ne vous fiez pas à sa mise en scène, c'est une véritable actrice."

Me Mardaye va ensuite rappeler les sévices que son client a subis lors de cette relation et qu'après réflexion, il avait décidé de se constituer partie civile. Surtout, elle précise que Teddy est absent car "l'humiliation est trop forte."

"La prévenue inverse les rôles"

La procureure allait à son tour démonter l'argumentaire de la prévenue, soulignant que Corinne domine Teddy, plutôt chétif et au caractère effacé. "La prévenue inverse les rôles de manière très évidente, à tel point qu'on avait l'impression que c'était le procès de la victime", ajoute la parquetière avant de requérir 18 mois de détention et la révocation de 2 ans de sursis.

"On dit qu'elle inverse les rôles, mais elle a reconnu tous les faits. Elle essaye juste de donner du sens à ce qui s'est passé", argue de son côté Me Stefan Wandrey, qui défend Corinne. Il ajoute que les violences étaient réciproques ce jour-là et sont "sans aucune mesure" avec la condamnation précédente. Il souhaite que sa cliente puisse effectuer sa condamnation sous bracelet électronique.

Finalement, le tribunal va la condamner à une peine de 12 mois de détention et révoquer 6 mois de son sursis.

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